KWS : comptes rendus de lecture sur la Science-Fiction

Bruno Pochesci : l'Amour, la mort et le reste

nouvelles fantastiques, 2018

chronique par Philippe Paygnard, 2018

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L'Amour, la mort et le reste est le premier recueil de nouvelles de Bruno Pochesci. Ce dernier a déboulé dans la littérature de genre en 2013 avec "les Retournants", un texte court paru dans la revue Galaxies. Trois ans plus tard, il signe son premier roman, Hammour, publié par Rivière blanche, et la novella Scories en 2018 aux éditions 1115.

S'il fallait trouver un point commun aux seize nouvelles présentées ici, c'est une approche très personnelle et très variée de la mort qui finirait par sortir du chapeau. En effet, la majorité des textes proposés interroge sur la mortalité, une mort déclinée sous toutes ses formes de la plus basique et irrémédiable à celle moins naturelle qui engendre spectres, fantômes, damnés et autres zombies.

Au caractère fantastique ou horrifique de ses récits, Bruno Pochesci ajoute une dose d'humour qui se révèle le plus souvent efficace. On peut ainsi apprécier le retournement de situation final de "Zombie walk" ou la version inversée d'un Dracula qui craint la nuit dans "Dosta !".

Certains textes ont parfois des aspects lyriques, à commencer par "l'Île miroir", construit autour de l'idée que l'enfer, c'est l'autre, et qui décrit un étrange face-à-face du héros avec lui-même. On retrouve cette poésie du quotidien dans "Surclassement" ou dans "Quelque chose d'un ange".

Le morceau de choix du menu proposé par Bruno Pochesci est bien évidemment cette collaboration avec Jean-Pierre Andrevon intitulée "Jusqu'à tout recommencer". On y suit le destin d'un homme mourant de Béthanie, un petit village de Judée, qui croise la route d'un prophète. En bref, c'est l'histoire de Lazare de sa résurrection jusqu'à la fin du monde. C'est le voyage sans fin d'un juif errant à travers le temps et à travers le globe, en passant par Auschwitz-Birkenau. C'est le récit de sa décision finale de tout recommencer.

Mais le plus intéressant de toutes ces nouvelles est très certainement "les Retournants", premier texte publié de Bruno Pochesci, où l'on découvre l'imaginaire de l'auteur encore néophyte. Reprenant le thème classique des défunts revenant à la vie,(1) Pochesci propose une version où les morts-vivants ne sont ni agressifs, ni cannibales, juste un peu revanchards, surtout face à des vivants qui veulent les renvoyer ad patres.

Chaque nouvelle contribue à la construction de cet auteur très “mauvais genres” que semble être Bruno Pochesci, et il n'y a guère qu'un texte où l'humour est trop poussé, le trait trop gros et dont le personnage principal manque singulièrement de finesse, qui ne parvient ni à convaincre ni à émouvoir. En dehors de ce petit faux pas, chaque récit porte en lui assez d'originalité ou d'inventivité pour être intéressant.

Amusantes, impertinentes, effrayantes, excessives, c'est en ces termes que l'on peut qualifier les nouvelles de Bruno Pochesci. Elles sont tout cela et plus encore, sauf ennuyeuses, et c'est un plaisir de découvrir un nouvel auteur au style original.

Philippe Paygnard → Keep Watching the Skies!, nº 83, novembre 2018


  1. Joliment traité en 2004 par Jean-Pierre Andrevon dans Zombies ou un Horizon de cendres.

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