KWS : comptes rendus de lecture sur la Science-Fiction

Edgar Rice Burroughs : Tarzan chez les singes (le Cycle de Tarzan – 1)

(Tarzan of the apes, 1912)

roman d'aventures (et de Fantasy)

chronique par Philippe Paygnard, 2019

par ailleurs :
 

La mutinerie de l'équipage du Fuwalda transforme le destin tout tracé de John Clayton, Lord Greystoke, et de sa femme en tragédie épique pleine de dangers mortels. Abandonnés sur une côte perdue d'Afrique, ils vont devoir lutter pour survivre aux attaques des animaux sauvages, parmi lesquels une tribu de grands singes n'est pas la moins redoutable. La naissance d'un petit John Clayton III, la folie et la mort prématurée de son épouse, laisse un Lord anglais aux frontières du désespoir jusqu'à l'affrontement final avec Kerchak, le chef de la horde simienne.

Les éditions P.R.N.G.(1) se sont fait une spécialité de rééditer les classiques de la littérature populaire libres de droits. On trouve ainsi à leur catalogue tout aussi bien l'Éternel Adam de Jules Verne que l'Horloge des siècles d'Albert Robida. Mais l'auteur phare de leur collection "Science-Fiction" reste à l'évidence Edgar Rice Burroughs. En effet, ont déjà été republiés une bonne partie des cycles de Mars (avec ses héros John Carter et la princesse Dejah Thoris), de Pellucidar (avec l'explorateur David Innes) et de Caspak (et son monde perdu). Il semble donc tout naturel que l'éditeur régionaliste propose l'œuvre majeure du romancier américain dans une version intégrale reprenant à terme les vingt-six volumes des aventures de Tarzan. D'ailleurs, l'illustration de couverture de ce Tarzan chez les singes n'est autre que le dessin original de Clinton Peetee pour the All-story magazine d'octobre 1912 où parut le premier chapitre de Tarzan of the apes. Car la genèse du seigneur de la jungle a, à l'origine, été publiée sous forme de feuilleton à l'époque où les pulp magazines permettaient à des auteurs tels que H.P. Lovecraft, Seabury Quinn, Poul Anderson et bien d'autres de faire leurs premières armes ou de développer leur talent. C'est dans les pages de ces pulps que naquirent des héros comme le Zorro de Johnston McCulley, le Doc Savage de Lester Dent, le Conan le Barbare de Robert E. Howard et une foultitude d'autres dont l'incontournable Tarzan d'Edgar Rice Burroughs.

Pour apprécier au mieux cette lecture du premier opus des aventures de Tarzan, il faut d'abord faire table rase du passé. Il est donc nécessaire d'oublier les Tarzan de cinéma, qu'ils soient incarnés par Elmo Lincoln, par Johnny Weissmuller ou par Alexander Skarsgård. Malgré tous leurs efforts, aucun d'entre eux n'a réussi, à l'écran, à allier la bestialité de l'homme-singe et la noblesse du Lord anglais qui constituent les deux facettes indissociables du personnage imaginé par Edgar Rice Burroughs. À la rigueur, on peut conserver en mémoire les versions dessinées de Burne Hogarth, Russ Manning ou Joe Kubert, qui parvinrent assez souvent à traduire en images la dualité de ce héros extraordinaire qu'est Tarzan.

Une fois cette mise en condition réalisée, il n'est pas inutile de se souvenir que Tarzan chez les singes a été écrit à la veille de la Première Guerre mondiale, dans une société où la colonisation était une réalité acceptée et même défendue par certains intellectuels, dans un monde où le politiquement correct n'était pas la norme et où une personne de couleur n'avait pas les mêmes droits qu'un individu de “race blanche”. Se plonger dans Tarzan chez les singes, c'est un peu comme relire Tintin au Congo de Hergé ; il faut admettre le fait que tous les Noirs soient potentiellement belliqueux et cannibales par nature, endossant le rôle des orcs et autres gobelins des romans de Fantasy.

Car c'est bien à la pure Fantasy qu'appartiennent les aventures de Tarzan avec ce bébé élevé par Kala, guenon de la tribu des grands singes, tout comme Romulus et Remus, futurs fondateurs de Rome, ou Mowgli, du Livre de la jungle de Rudyard Kipling, furent éduqués par une louve. Le singe sans poil qu'est Tarzan échappe à la mort, sauvé par l'amour maternel de Kala et grâce à cette intelligence supérieure qui lui permet d'apprendre à lire l'anglais sans le parler et à se servir d'outils tels qu'un lasso et un couteau pour affronter les dangers qui hantent les forêts africaines.

Il ne faut pas chercher, dans le récit des aventures de Tarzan, le moindre esprit documentaire ; c'est plutôt celui des contes de fées que l'on peut croiser dans ce Tarzan chez les singes. On y reconnaît ainsi le preux chevalier en la personne de Tarzan, et cette princesse en détresse que peut être Jane Porter, enlevée ici par Terkoz, un grand singe entreprenant, et qui sera plus tard, dès le deuxième volume, kidnappée par les mystérieux habitants d'Opar.

Même si Tarzan passe de l'état d'animal à peine humain à celui d'homme civilisé, en apparence, et ceci grâce au lieutenant d'Arnot, il reste à jamais le seigneur de la jungle. S'il semble l'abandonner à la fin de Tarzan chez les singes, pour retrouver Jane à Baltimore, Edgar Rice Burroughs le ramène dès l'épisode suivant dans son Afrique de Fantasy, là où une cité perdue renferme des trésors d'or pur gardés par des hommes-bêtes et de splendides prêtresses. Tarzan chez les singes n'est que la porte d'entrée de cet univers de Fantasy qui intégrera, au fil des vingt-cinq tomes à venir, la vallée cachée de Pal-ul-don, hantée par des reptiles et des humanoïdes dotés de queues, ce monde au centre de la Terre qu'est Pellucidar où cohabitent humains et dinosaures, et bien d'autres lieux et créatures appartenant au merveilleux.

Tarzan chez les singes est un livre à découvrir sans a priori, non pas en tant que roman d'aventures exotiques ayant pour héros un enfant sauvage, mais comme l'œuvre de pure Fantasy qu'il est et restera à jamais.

Philippe Paygnard → Keep Watching the Skies!, nº 85, août 2019

Lire aussi dans KWS une autre chronique de Tarzan chez les singes par Sébastien Cixous


  1. Abréviation de Princi Negue, le Prince Noir, Edward de Woodstock, figure de la guerre contre les Français au xive siècle, qui peut se considérer comme autant gascon qu'anglais. —NdlR.

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