KWS : comptes rendus de lecture sur la Science-Fiction

Edmond Hamilton : l'Empereur de l'Espace (Capitaine Futur – 1)

Edmond Hamilton : À la rescousse (Capitaine Futur – 2)

(Captain Future and the Space Emperor & Calling Captain Future, 1939 & 1940)

romans de Science-Fiction

chronique par Noé Gaillard, 2017

par ailleurs :

La couverture fort réussie de ce premier titre de la série Capitaine Futur devrait vous donner une idée du contenu... Mais vous connaissez sans doute ce capitaine sous son autre nom, du temps où il figurait en dessin animé au programme des après-midi des mercredis de votre enfance : Capitaine Flam. En bon lecteur curieux, j'ai pris la peine d'aller voir la date de copyright de l'édition originale : 1939-40. Surprise : je n'étais pas né. Que vient donc faire une telle vieillerie dans notre xxie siècle ? Eh bien rassurez-vous, elle est à sa place d'une part dans la collection "Pulps" (pour traduire la mauvaise qualité du papier sur lequel ces histoires étaient publiées), et — malgré toute votre science de lecteur de SF qui sait comment s'achèvent les histoires — d'autre part dans votre bibliothèque à côté des autres Hamilton. Il s'agit de l'aventure d'un “super” héros, non solitaire. Aventure pleine de rebondissements qui vous interdisent de lâcher le livre. Si vous voulez comparer, pensez à Bob Morane, à Pierre Dac et Francis Blanche, ou à un héros qui serait entre Tintin et Spirou. Capitaine Futur est le fils d'un savant exceptionnel tué par un méchant-chanmé et qui a décidé de combattre tous les méchants qu'on lui désignera. Il est accompagné, secondé par trois “créatures” : Otto, qui peut se transformer à volonté, Grag, un robot métallique, et Simon, le cerveau en boîte. Dans ce premier épisode, on trouve les classiques du genre : la jeune héroïne qu'il faut sauver des griffes des méchants et pour qui le héros éprouvera un penchant certain (elle s'appelle Joan Randall), la planète colonisée (Jupiter), ses indigènes (verts), ses mines de métal radioactif, sa faune menaçante, sa civilisation antique et ceux qui veulent l'exploiter au mieux de leurs intérêts... C'est dense, et le confort de lecture est à mon avis garanti par le plaisir manifeste du traducteur, Pierre-Paul Durastanti. Ah ! l'usage de jolis mots comme ruffian ou olivâtres !

Ne croyez surtout pas, ayant lu le premier volume de cette série, les avoir tous lus. Peut-être préférerez-vous cette couverture à l'autre. Je le concède, cette histoire est bâtie comme la précédente... Et j'avoue attendre un troisième épisode avec impatience pour traquer les variantes, mais ce qui nourrit les épisodes est différent. Et l'humour — très second degré — de ces récits transparaît mieux. On imagine facilement Curt Newton (le capitaine Futur) rencontrer avant Stanley le fameux Dr Livingstone et le saluer de la même façon, je présume. Cette fois, le Cerveau (Simon Wright), Grag le robot et Otto l'androïde vont devoir aider le géant roux à combattre l'infâme Dr Zarro. On notera pour les nostalgiques des versions télévisuelles que cette aventure apparaît plus tard dans la série. Ce méchant veut comme les autres s'emparer du pouvoir. Il prétend être le seul capable de mettre fin à la menace que représente une sorte de trou-noir-avale-tout qui s'approche du Système solaire. Joan Randall est là aussi, et, pour la tirer des mains des méchants, Curt doit batailler ferme, d'autant plus qu'elle adopte quand il ne faudrait pas un comportement dit “féminin” — rassurez-vous, elle se rattrape. Bien sûr, en bon amateur de SF, rien ne vous surprendra... mais vous ne devez pas oublier que ce que vous lisez date de la fin de la première moitié du xxe siècle. On peut donc considérer que le passage qui amène le capitaine Futur dans la mer des Sargasses cosmique est une première et non une copie. Je parlais d'humour et je voudrais noter à ce propos que le capitaine Futur est bien souvent appelé aussi le “sorcier de la science” ; n'est-ce pas une belle manière d'auto-dérision pour de la Science-Fiction ? Ses aides sont baptisés les Futuristes, et ils n'ont, c'est évident, rien à voir avec Filippo Tommaso Marinetti et ses amis. En complément de lecture, je ne saurais trop vous recommander d'aller voir au rayon BD de votre bibliothèque si vous disposez de quelques albums signés Pierre Christin et Jean-Claude Mézières, les créateurs de Valérian et Laureline...

Je suis allé — par curiosité — revoir un épisode de la série TV et je le regrette un peu. Mais j'ai pu constater combien la technologie (farandole de boutons clignotants et d'ordres pour faire fonctionner les appareils) était importante, et pourtant absente des romans. Hamilton donne à imaginer les monstres que le héros combat ; la série les montre, ce qui les réduit à de simples images... Donner à lire semble plus important que de donner à voir.

Noé Gaillard → Keep Watching the Skies!, nº 80, juillet 2017

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