KWS : comptes rendus de lecture sur la Science-Fiction

On n'échappe jamais

éditorial à KWS 62-63, juillet 2009

par Pascal J. Thomas

Par les temps qui courent, ma vie est encombrée et, où que je coure, je trébuche sur mes propres traces. Sans doute parce que c'est la seule chose que je sois désormais capable de voir !

Quand même, il est des surprises agréables. Le manque de temps, le désespoir de trouver une minute pour ouvrir un livre, l'impression de déjà-vu me découragent depuis longtemps de hanter les librairies de ma propre ville. Il y a un mois ou deux, j'ai remis les pieds dans une institution de la bouquinerie toulousaine, l'Ami des livres (rue des Lois, à deux pas de la place du Capitole, pour ceux qui ont l'occasion d'y passer). On y trouve des fanzines de SF des années 60 et 70 d'occasion, de ceux que j'ai bien connus à l'époque, et de ceux qui, parce que faits quelques années avant, étaient déjà passés dans la légende lors de mon entrée dans le milieu. Je découvre — j'aurais dû le savoir avant — que le maître des lieux est érudit et passionné en matière de SF, coauteur du Rayon SF (ouvrage de référence publié aux éditions Milan il y a déjà bien vingt ans), et nous passons un moment très agréable à converser. À ma surprise, je lui apprends que Serge Brussolo a été publié dans les pages d'Espace-temps, le fanzine de Marcel Becker (et bien sûr, il a déjà vendu sans s'en rendre compte les numéros concernés).

Quelque temps plus tard, alors que j'attends le début d'un concert dans un bar rock (autre activité dont le boulot a failli me faire perdre l'habitude), j'entends un consommateur assis à la table voisine essayer de retrouver les références précises du Maître du Haut Château de Philip K. Dick. Je les fournis ; nous engageons la conversation. L'homme est infiniment sympathique, s'occupe désormais d'une librairie de manga que je connais un peu pour y avoir été entraîné par mes filles (Manga rage, rue Matabiau, pour ceux qui, etc.). Il est tombé dans la SF au lycée : Henry-Luc Planchat était un de ses amis, l'a enrôlé dans l'équipe de l'Aube enclavée, fanzine mythique (tellement que je n'en ai jamais vu un exemplaire, question de génération là encore). On se demande ce qu'est devenu HLP : ni lui ni moi n'en avons une idée précise (amis lecteurs, si vous savez…)

Sortons de la ville. Comme régulièrement, le travail m'entraîne à Barcelone. Je me laisse faire une douce violence (dans le train, on a le temps de lire), et je profite d'une fin d'après-midi pour rendre visite à la librairie Gigamesh, toujours fascinante, bourrée de SF et de Fantasy en anglais, en espagnol, et même un peu en catalan. Dans un carton de soldes, je feuillette quelques numéros de la revue du même nom (nos libraires de choc se frottent aussi à l'édition). Surprise : la rubrique de chroniques de livres en langues étrangères de Gigamesh est titrée Keep Watching the Skies. Évidemment, ici à KWS (né en 1992), nous n'avons pas inventé la phrase (c'est la dernière réplique du film the Thing from another world). Gigamesh, la revue, existe depuis au moins 1991, mais je subodore que la rubrique est moins ancienne que cela. Ont-ils lu notre modeste fanzine qui, contrairement aux reproches de certains abonnés, ne se consacre pas exclusivement aux livres parus dans des langues exotiques que vous ne pourrez jamais lire ? Je n'oserais l'affirmer. Mais pour revenir au présent, je vous conseille de taper "Keep Watching the Skies!" sur Google et de voir ce qui sort en première réponse…

Trop rarement, des livres m'arrivent par la Poste. Quand ils viennent d'un auteur que je connais, c'est une charmante attention que j'apprécie toujours. Ugo Bellagamba (ou son éditeur, les Moutons électriques) est passé au stade supérieur : sur le premier rabat de couverture du roman qu'il vient de publier, Tancrède : une uchronie, je figure parmi les blurbs (brefs extraits de critiques) placés là pour vanter l'auteur. Et bien entendu, vous trouverez une recension de Tancrède dans ce numéro — merci Otis, merci Schindler… Pense à te réabonner quand même, Ugo !

Hélas pour vous, fidèles lecteurs de KWS, le blurb est paru à l'origine dans Galaxies en 2003. Mais dites-vous bien que c'est désormais bien plus souvent dans les pages de KWS que vous aurez l'occasion de me lire. Et pas seulement moi, heureusement. Ce numéro double (c'est-à-dire scandaleusement en retard, moisi et poussiéreux) regorge de lecture pour l'été, avec des articles de Jérôme Charlet, Noé Gaillard, Philippe Paygnard, Éric Vial, et un échantillon d'un nouveau collaborateur, Jacques Fuentealba. À glisser dans votre sac de plage pour caler les volumes de votre trilogie préférée. En espérant que les lecteurs dont l'abonnement arrive à échéance penseront à le renouveler, quand ils auront payé leur ardoise chez le marchand de glaces. Histoire de me pousser à sortir plus souvent un numéro de KWS : quelquefois, ma vie intellectuelle est comme une voiture sans freins, à la direction déboulonnée, lancée sur une pente verglacée. Lecteurs, soyez mon SAMU.

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