KWS : comptes rendus de lecture sur la Science-Fiction

De loin et de près

éditorial à KWS 38, janvier 2001

par Pascal J. Thomas

De loin : lectures américaines

Comme le savent ceux qui ont lu attentivement l'éditorial du dernier numéro, je viens de passer un semestre aux États-Unis. Cela a été l'occasion de lire bon nombre de livres américains ; le contenu du présent numéro de KWS s'en ressent, naturellement. Ça devrait continuer dans le prochain numéro, de façon plus modérée, au fur et à mesure que les collaborateurs habituels de KWS reprennent du service.

Ces lectures n'auraient pas été possibles sans le concours de diverses bibliothèques, et notamment celle de la MIT SF Society, à Cambridge dans le Massachusetts ; et aussi de ceux qui m'ont aimablement fourni en livres et en conseils : Gregory Benford ; Gordon van Gelder (à St. Martin's Press, à l'époque ; il a depuis racheté the Magazine of fantasy and science fiction) ; et David Hartwell, Moshe Feder et Patrick Nielsen Hayden chez Tor. À tous, merci !

De près : tel est Faux-nez

J'ai feuilleté — pas encore lu en entier — le Galaxies nº 19. Belle couverture, nouvelles alléchantes, dossier sur Genefort — bien ! —, rubriques plus développées que par le passé. Du progrès.

Avec hélas un détail qui tue, une habitude idiote, aussi ringarde chez Galaxies que chez Bifrost — qui ne fut pas en reste — : signer les critiques de livres négatives — ou incluant quelques commentaires négatifs — d'un pseudonyme invraisemblable. Deux coupables ici, “Albert de la Thibaudière” et “Guillaume de Grimoard”, qui commentent respectivement Escales 2001, anthologie réunie par Sylvie Denis, et Cherudek de Valerio Evangelisti(1) (et dans ce dernier cas, seule la traduction fait l'objet de commentaires moins qu'élogieux).

Car enfin, à quoi sert l'emploi de pseudonymes, et surtout aussi fantaisistes ? Certainement pas à dissimuler la véritable identité du critique aux destinataires des reproches : pour à l'écart du milieu SF que je sois, j'ai pu découvrir assez rapidement l'identité des chroniqueurs en question, qui signent de nombreux articles sous leur vrai nom dans la revue. On peut donc supposer qu'un auteur ou un éditeur ou un traducteur courroucé découvrirait encore plus vite l'identité réelle de son détracteur. L'effet du pseudo se réduit, paradoxalement, à signaler la critique en question, à agiter un petit drapeau qui dit « bisque bisque rage, regarde-moi cette descente en flammes ». Bref, à rendre significatifs les objectifs visés (Serge Quadruppani, Sylvie Denis) ; même si Escales 2001 fait l'objet de deux points de vue opposés, on va se demander « Pourquoi ? ».

Les critiques négatives sont indispensables,(2) et Galaxies en publie sans doute trop peu,(3) ce qui, de façon perverse, peut faire croire à une motivation extérieure pour celles qui sont insérées. Si une critique négative se révèle nécessaire, cela n'a rien d'un drame, et il est justement essentiel qu'elle soit signée du vrai nom de son auteur. On espère qu'il écrira alors de façon plus responsable, plus réfléchie, en fournissant des arguments à l'appui de ses assertions. Un réquisitoire étayé fera-t-il moins mal à l'accusé ? Il sera au moins insoupçonnable de parti pris. Évitons cette erreur de jeunesse qu'est l'emploi d'un pseudonyme gratuit : toute la revue en pâtit.

Je dois à cette occasion avouer ne pas toujours avoir eu les idées claires à ce sujet ; il est paru dans KWS une critique négative signée d'un pseudo, Éric J. Blum — on sait bien maintenant qu'il s'agit de Francis Valéry. Heureusement, il est infiniment probable que l'écrivain concerné, Erik Orsenna, extérieur au milieu SF, n'ait jamais eu vent de la critique en question. On ne le fera plus, promis !


  1. D'ailleurs également chroniqués dans KWS : Escales 2001 [ 1 ] [ 2 ] & Cherudek.
  2. Comme je le disais dans "Critiques inflammables et littératures en fusion" et "Pause et ponctuation", mes deux éditos précédents…
  3. Éric Vial en signe de temps en temps de réjouissantes… et de son vrai nom !

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