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Vous êtes ici : Quarante-Deux KWS Sommaire du nº 55 Kathleen

Keep Watching the Skies! nº 55, novembre 2006

Fabrice Colin : Kathleen

roman fantastique et de Science-Fiction

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chronique par Noé Gaillard

Avant de parler de l'œuvre en soi, saluons le courage de son auteur qui permet à deux autres artistes de “s'exprimer” (en première partie du spectacle) pour chauffer la salle. Les illustrations1 ont effectivement un petit côté Katherine Mansfield — pour ce que ma mémoire a gardé de ses années de fac — qui biaise insidieusement l'entrée dans le texte…

L'argument est de faible importance, il n'est que ce qui soutient la quête du héros. Un homme en délicatesse avec son père découvre le passé de ce dernier qui est victime de la maladie d'Alzheimer et sur le point de mourir ; la vie du mourant est habitée par l'auteure K. Mansfield. Colin mêle très habilement cinq voix, cinq vies au point que si vous ne faites attention vous risquez de vous retrouver un peu enfermé dans une d'elles. Celles de trois femmes et de deux hommes. Kathleen/Katherine, la mère du narrateur, l'amie du narrateur, le narrateur, son père…

Je vous renvoie au roman pour ce qui est des relations entre-tissées. Et Colin nous offre une de ses premières conclusions : retrouver des lieux et des personnes enfouis dans notre mémoire ce n'est jamais retrouver des sensations anciennes et surtout pas ses souvenirs… En poussant un peu on pourrait dire — s'il n'y avait les proches — que l'Alzheimer est une maladie bienfaisante, puisqu'elle permet d'éviter regrets et remords. Mais pour les autres, les porteurs sains d'une mémoire plus ou moins précise, essayez de faire coïncider vos souvenirs, l'Histoire (avec majuscule) et votre mode de vie du moment : tout ce qui vous concerne passe à la moulinette du présent alimenté de vos souvenirs passés et “historisés”. Vous recherchez vos émotions. Elles aussi sont entachées de présent… De quoi rendre fou ou désirer oublier…

Je sais, vous n'avez lu dans ce qui précède aucun argument relevant de la S.-F. C'est vrai le livre relève plus du Fantastique, ne serait-ce que parce qu'à sa fin, après avoir été séparé dans les passages où trois colonnes de textes divisent la page tout en jouant les unes avec les autres, le personnage père-fils se (re)trouve dans la perception d'un sentiment dans la colonne centrale. Mais qu'importent les étiquettes, abusives ou justifiées, tant qu'elles ne troublent pas l'émotion de la lecture. Ne vous privez pas d'un plaisir double.

Notes

  1. Photographies de Caroll’ Planque, dessins d'Elvire de Cock.