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Quarante-Deux

Philippe Curval : chroniques, entretiens et articles

Norman Spinrad : Bleue comme une orange

(Greenhouse summer, 1999)

roman de Science-Fiction

par ailleurs :

Orange boom

Sans nul doute, Norman Spinrad est le meilleur porte-parole de la Science-Fiction rock. Et s'il n'en reste qu'un, ce sera celui-là. Son engagement culmina dans l'un de ses romans les plus apocalyptiques, Rock machine, où la force persuasive, répétitive, quasi incantatoire des paroles du rock rythmait les chapitres comme un chant libératoire pour conduire le lecteur vers une approche révolutionnaire du chaos. Car l'art de Spinrad, depuis une bonne décennie, consiste à mettre en scène des minorités, sans appartenance politique clairement définie, luttant contre les menaces perverses du business et de la mondialisation. Pour faire naître des conflits spéculatifs brûlants.

Bleue comme une orange joue sur un mode burlesque et plus pervers dans les coulisses des grandes compagnies et des organisations du capitalisme parallèle qui se partagent le gâteau terrestre. Cette fois l'enjeu est d'importance puisqu'il s'agit ni plus ni moins du sort de la planète. Ça va chauffer, pensent les majors de Panem et Circenses, constatant les désastres mondiaux de l'effet de serre et jaugeant les moyens d'en engranger les bénéfices. Surtout en exploitant les Terres des Damnés, condamnées à payer au prix fort leur insuffisance technologique. Des prévisions font redouter l'apparition de la “condition Vénus” où toute vie cessera d'exister. Le sort des Humains se jouera-t-il à Paris où le “Machin” organise une conférence sur le sujet, stratagème destiné à étouffer la panique dans l'œuf. Trois forces sont en présence pour tirer les marrons du feu : P&C par le biais de son attachée médiatique, Monique Calhoun ; un extravagant couple de Sibériens que la tropicalisation des steppes a rendus richissimes ; les Mauvais Garçons, maffia anarchisante à la diplomatie tortueuse ; plus le Mossad en spécialiste de l'intervention musclée.

Polisseur d'ouvrages vingt fois sur le métier, Spinrad a désormais acquis un savoir-faire sans faille. Dotant son écriture d'un moteur de Rolls souple et feutré, avec des accélérations de Ferrari, procédant par touches, il donne à voir la catastrophe écolo économique qui s'annonce dans le cadre d'un Paris transformé en annexe de la Louisiane où s'exposent tous les “disney” de notre monde en voie de virtualisation.

En amorçant le suspense sous les dehors d'une bouffonnerie sociologique, il vise au plus profond. Amateur de dialogues au couteau, il dilue parfois son intrigue au cours de ping-pongs dialectiques un peu vains. Puis se rattrape soudain par un chapitre traversé d'éclairs d'intuitions. Car, sur ce thème diabolique, si fréquemment utilisé par la SF américaine contemporaine et paranoïaque, sa lucidité reste exemplaire. Pas de conclusions hâtives sur l'avenir climatique de la planète qui ne passent par une mise en perspective des véritables données en présence. Dans ce domaine où les facteurs aléatoires sont si nombreux, aucun modèle n'a jamais permis d'effectuer des pronostics fiables à moyen terme. Si le chaos intervient un jour, l'Homme, malgré sa mégalomanie proverbiale, n'en sera responsable que pour une part infime. Là se situe son véritable drame.

Philippe Curval, Magazine littéraire, nº 404, décembre 2001

Stéphanie Benson : Cavalier seul (al Teatro – 1)

première partie d'un roman en trois tomes, 2001-2004

par ailleurs :

La couverture extraite du Jardin des délices de Jérôme Bosch est adéquate. Rien ne saurait mieux exprimer l'art particulier de Stéphanie Benson, reine du polar glauque plutôt qu'écrivain de SF. Cavalier seul nous introduit au cœur d'une secte d'illuminés aux puissants appuis, rêvant de mettre le monde sous sa coupe grâce à la drogue. Cynisme, illusionnisme, adoration, démence, avidité, naïveté y sont décrits avec la noirceur rageuse qui convient. Mais le roman contient en plus un intérêt spéculatif : comment faire naître l'antéchrist d'un tueur en série ?

Philippe Curval, Magazine littéraire, nº 404, décembre 2001

Octavia Butler : la Parabole du semeur & la Parabole des talents

(Parable of the sower & Parable of the talents, 1993 & 1998)

romans de Science-Fiction

par ailleurs :

Il y a pire qu'un Octavia Butler, c'est deux Octavia Butler. Pour quelle raison les republier ? La voie des éditeurs est impénétrable. Attention ! la lecture de ces pavés sur “esprit de secte et humanisme” peut provoquer une grave indigestion d'origine messianico-californienne.

Philippe Curval, Magazine littéraire, nº 404, décembre 2001

Lire aussi la première chronique de la Parabole du semeur

Richard Comballot : les Enfants du mirage 1

anthologie des chefs-d'œuvre de la Science-Fiction française (1970-1980), 2001

par ailleurs :

En 418 pages bien serrées, tout ce que vous voulez savoir sur la SF nationale de la décennie 70. Analyse spectrale qui permet d'apprécier l'originalité des écrivains français en 24 nouvelles. Par un exercice d'équilibriste, Jean-Pierre Andrevon tente de prouver qu'elle fut politique. Elle fut surtout créative et prolifique.

Philippe Curval, Magazine littéraire, nº 404, décembre 2001