KWS : comptes rendus de lecture sur la Science-Fiction

Joseph Altairac : H.G. Wells : parcours d'une œuvre

essai, 1998

chronique par Sébastien Cixous, 1998

par ailleurs :

Nul amateur d'anticipation ancienne qui se respecte ne saurait ignorer la prééminence accordée à H.G. Wells par le courant steampunk. En attendant la prochaine sortie des Vaisseaux du temps de Stephen Baxter en "Ailleurs et demain" et l'hypothétique traduction de l'anthologie de Kevin J. Anderson, War of the worlds: global dispatches, on ne sait trop où, le lecteur français pourra se rabattre, en ce premier semestre 1998, sur l'Extase des vampires de Brian Stableford en "Présence du futur", ainsi que sur "les Hommes-fourmis du Tibet" et "Columbiad" du décidément très wellsien Stephen Baxter.(1)

Bien que ses principaux scientific romances soient disponibles en français depuis près d'un siècle, de même qu'une poignée de ses “romans sociaux”, le père de l'Homme invisible ne fait pas l'objet, dans l'Hexagone, d'un culte comparable à celui que lui rendent les Anglo-Saxons.(2) On lui a consacré si peu d'études globales en langue française que la présente monographie apparaît comme un véritable événement pour les exégètes de l'écrivain britannique. Événement de taille, car si l'on empilait toutes les inepties écrites à propos de Wells, certains sommets himalayens perdraient de leur majesté. Ses œuvres d'imagination ont invariablement été placées sur le terrain de la prospective et ses “prédictions” futurologiques sur celui de la fiction ; on l'a confronté de façon systématique à Jules Verne, et parfois même à J.-H. Rosny aîné, avec une incommensurable mauvaise foi, voire une inconséquence peu avouable ; enfin et surtout, on a réduit sa pensée à quelques instantanés, lui refusant toute nuance, voire toute faculté évolutive.

Heureusement, l'étude d'Altairac vient enfin rendre justice à Wells, sans chavirer pour autant dans le miel de l'apologie béate. Le responsable des Cahiers d'études lovecraftiennes met en évidence de nombreuses contradictions dans la production de l'auteur et examine de façon circonstanciée ses préjugés raciaux ainsi que sa position équivoque face aux théories eugénistes. Mais à la différence de la plupart de ses prédécesseurs, Altairac accomplit cette tâche avec une honnêteté doublée d'un humanisme derrière lesquels on décèle sans peine une authentique tendresse pour Wells.

Après un bref chapitre biographique limité aux faits pertinents, Altairac explore les différentes facettes de l'œuvre wellsienne (la production journalistique, les récits d'anticipation ou de “fantasy”, les romans sociaux, la philosophie universaliste, les essais prospectifs, les fantasmes utopiques…), se penche sur sa réception critique dans la patrie de Jules Verne et livre une bibliographie commentée qui justifie à elle seule l'achat de cet ouvrage.

Fruit d'un époustouflant travail de recherche, ce septième volume de la collection "Références" constitue un guide indispensable pour aborder sainement le labyrinthe idéologique formé par l'œuvre de Wells, un texte limpide servi par une écriture brillante, un plaisir de chaque instant.

Sébastien Cixous → Keep Watching the Skies!, nº 29-30, août 1998

Lire aussi dans KWS la chronique par Pascal J. Thomas du parcours de l'œuvre d'A.E. van Vogt


  1. Dans Étoiles vives 3. On notera que ces deux textes y sont magistralement postfacés par Joseph Altairac dans un article intitulé "Verne, Wells, Baxter et l'invention de la Science-Fiction moderne".
  2. Sa place est demeurée toutefois plus enviable que celle de son homologue francophone J.-H. Rosny aîné, dont les textes conjecturaux sont tombés, peu de temps après sa production naturaliste, dans le puits sans fond de l'oubli.

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