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KWS nº 38, janvier 2001

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le Dit d'Aka
(the Telling)
recueil de Science-Fiction
Ursula K. LE GUIN
Robert Laffont, collection "Ailleurs et demain", octobre 2000, 382 p., 139 FRF.

Compte rendu de lecture : Noé Gaillard

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J'ai lu ici et là quelques critiques de ce nouveau roman d'Ursula Le Guin et j'ai l'impression que chacune de ses productions enchante autant quelle fait peur. Enchante parce que, fort heureusement, tout le monde s'accorde pour lui trouver un intérêt, du charme, des qualités, pour dire qu'il s'agit de grands livres… Fait peur parce que j'ai le sentiment que personne n'ose aller au fond de ce qu'elle dit. À croire que, du moment qu'on lui a reconnu des qualités maîtresses d'écrivain ou de conteuse, personne ne veut voir ce qu'elle donne à lire.

Pour moi, "le Dit d'Aka", avec les problèmes qu'il pose, rend compte avec une grande lucidité de la conscience que l'on peut avoir de la mort d'une civilisation au contact d'une autre. Ou mieux : comment meurent les civilisations ? Ursula Le Guin apporte une réponse d'ethnologue par le biais de Sutti, son personnage. Une réponse qu'il nous faut, nous lecteurs, analyser.

Il est dit et reconnu que la parole c'est le souffle, la vie. Si l'on interdit à quelqu'un de parler, il meurt. Sutti va découvrir la parole du peuple d'Aka qui refuse de se laisser asphyxier par la technologie venue de l'espace. Une parole porteuse de vie, de sensualité, qui s'oppose à la parole figée, confite des religieux. Une parole plaisir à dire et à entendre — si Gérard Klein se félicite de la traduction de Pierre-Paul Durastanti, c'est qu'il lui reconnaît une grande part de la sensualité véhiculée par l'auteur. Ainsi une civilisation meurt de la perte du plaisir des mots, des couleurs au profit des substituts mécaniques — ou religieux — qu'elle a engendrés. Le confort et la facilité tuent. Ainsi libre à nous de préférer Fahrenheit 451 au "Dit d'Aka", de préférer le récit d'aventures à ce qu'il véhicule, la fable à la parabole, le happy end logique au happy end réaliste. Pour éviter la mort de la vie, Ursula Le Guin propose une solution originale : le marchandage. Il révèle au moins une évidence : la mise en lumière de ce qui est indispensable à ceux qui marchandent, et une certitude : pendant les discussions, la vie continue. Cette fin est doublement ouverte, d'une part en elle-même et d'autre part car elle nous laisse imaginer ce qui sera négocié ; elle nous propose donc de réfléchir à ce qui nous est indispensable.

Noé Gaillard

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Document : Quarante-Deux/Keep Watching the Skies! nº 38, janvier 2001/Compte rendu de : le Dit d'Aka
Création : jeudi 1er février 2001
Dernière modification : lundi 5 janvier 2004