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KWS nº 37, juillet 2000

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les Extrêmes
(the Extremes)
roman de Science-Fiction
Christopher PRIEST
Denoël, collection "Lunes d'encre", mars 2000, 426 p., 145 FRF.

Compte rendu de lecture : Noé Gaillard & Pascal J. Thomas

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Comment dire ce que l'on ressent à propos d'une réalité tragique (celle des massacres perpétrés dans un moment particulier par des détenteurs d'armes à feu, par exemple ?). Priest répond : de manière romanesque. C'est-à-dire en donnant une analyse possible de ce qui s'est produit et en laissant la trame, les personnages du roman s'assimiler, assimiler la réalité. D'autant plus que chacun d'entre nous se bâtit son petit univers en interférence avec la réalité. Ainsi le lecteur au sortir du roman sera contraint de reconstituer le puzzle que la lecture a fait éclater… Du roman comme moyen de questionnement du réel.

Imaginez que le F.B.I., pour entraîner ses agents, ait passé un accord avec Sega ou Play Station. Il pourrait ainsi, le procédé de virtualisation ayant été sérieusement amélioré, envoyer les dits agents dans des situations “Extrêmes” avec pour mission de les résoudre. Les meilleurs étant dorénavant ceux qui mettent moins de temps que les autres à réussir. Imaginez une grosse société réalisant des scénarios et des virtualités commercialisés à partir d'événements dramatiques. Et enfin une jeune femme dont le mari, agent du F.B.I. comme elle, est mort tué par un preneur d'otage.

Si la réalité et la virtualité s'affrontent dans le roman de Priest, c'est bien évidemment par l'intermédiaire de ce personnage féminin. Mais comme il l'a déjà fait, et sans doute pour éviter que l'histoire se résume à cet affrontement, ou tout simplement parce qu'il estime que nous sommes tous un peu ainsi, il construit un personnage flou, ambigu, qui a du mal à se situer dans la réalité, qui se cherche parce qu'il ne dispose plus de son double au miroir ou de son double-époux. Le roman nous amène de reconstitutions d'événements en reconstitutions de soi, pour les personnages, à nous demander qui nous sommes — rappelez-vous, pour avoir une petite idée, "Détails de l'exposition" de J.-C Dunyach in Autoportrait, Denoël "Présence du futur" nº 415. Et il ajoute à cette quête son interrogation sur les massacres, sur les armes à feu, sur la violence Amok. Sa réponse me semble rejoindre le slogan publicitaire qui vante les mérites de Sega.

À ce sujet original traité de manière non conventionnelle s'ajoute une écriture poétiquement répétitive comme la musique de Terry Riley, où de subtiles variations emportent le lecteur vers d'autres confins de lui-même ou du personnage. (À noter une traduction convenable, entachée de quelques maladresses.)

Je n'ose penser que ce roman qui a été primé par la British Science Fiction Association ne trouvera pas le public français qu'il mérite, mais je crois que si Priest est peu lu ou peu traduit en français c'est parce qu'il est un auteur exigeant et difficile préoccupé de ce qui nous dérange : l'identité.

Noé Gaillard

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Une seconde opinion…

Curieux roman que ces Extrêmes, dont les deux premiers tiers se situent dans un futur proche à peine pimenté de réalité virtuelle — à coup d'une nanotechnologie qui me paraît largement au-delà de nos possibilités actuelles, exploitée seulement dans un but trivial, la commercialisation de la violence. On pourra lire cette semi-invraisemblance comme un commentaire sur la trivialité commerciale de notre époque.

Priest, qui se défend (dans sa postface) de produire des œuvres “à thèse”, ne peut s'empêcher de commenter son époque. Il se préoccupe fort, tout au long de la première partie du livre, des différences de perception et d'organisation de la société entre Anglais et Américains. Avec un décalage sournois : le massacre au fusil-mitrailleur qui est au cœur du livre a eu lieu dans une Angleterre beaucoup moins accoutumée que les U.S.A. à ce genre de tragédie, et les questions de différences nationales sont abordées par une protagoniste américaine, qui se demande comment les Anglais la voient. Jeu de miroirs, qui renvoie à la préoccupation de Priest pour les doubles. Préoccupation explicite ici dans la coïncidence de deux massacres, un en Angleterre et l'autre aux U.S.A., mais aussi — de façon plus discrète — dans l'enfance de Teresa, sa protagoniste agent du F.B.I.

En fin de roman, la réalité consensuelle se craquelle sous le poids de ses incohérences, la réalité virtuelle reprend ses droits, etle récit se fait plus dickien. On retrouve Christopher Priest jouant avec les niveaux de réalité, avec les préoccupations d'un écrivain pour l'écriture (ici c'est la fascination de Teresa pour la somme de détails que les progammateurs doivent intégrer à leur travail pour produire le saisissant effet de réel qu'elle éprouve au sein des simulations).

Prises séparément, les deux parties du roman sont prenantes, accomplies, un témoignage du métier de Priest — l'on s'irritera d'autant plus de voir ce livre traduit aussi médiocrement, avec autant d'anglicismes. Au total, l'œuvre laisse un goût d'incohérence, mais aussi un parfum entêtant d'étrangeté.

Pascal J. Thomas

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Document : Quarante-Deux/Keep Watching the Skies! nº 37, juillet 2000/Compte rendu de : les Extrêmes
Création : lundi 31 juillet 2000
Dernière modification : lundi 5 janvier 2004