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KWS nº 36, mai 2000

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the Year's best science fiction: sixteenth annual collection
anthologie de Science-Fiction & de Fantasy composée par
Gardner DOZOIS
St. Martin's Press, juin 1999, 610 p., $17.95.

Compte rendu de lecture : Pascal J. Thomas

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Les sélections annuelles de Gardner Dozois, par leur volume, par leur positionnement au cœur de la S.-F. américaine du moment, par la qualité jamais démentie de leurs choix — effectués par un rédacteur en chef boulimique —, sont un miroir incomparable du genre pour les lecteurs pressés. Que ce soit pour cette prosaïque raison, ou tout simplement parce qu'on trouve dans “le Dozois” tout ce qui est incontournable, les éditeurs français ont souvent traduit des textes que l'on avait pu voir précédemment dans l'omnibus annuel de St. Martin's — pensez à David Marusek chez Étoiles vives, ou à Nancy Kress dans le Monde. On ne perd donc pas son temps à jeter un œil sur l'édition de l'année…

Bien entendu, on trouvera toujours des superstars qui font, et continueront de faire très bien, ce pour quoi ils se sont rendus célèbres. Cas le plus symptomatique : Ursula Le Guin. "the Island of the immortals" est un conte philosophique mêlé de découverte touristique, à la façon de "Those who walk away from Omelas". Sans être aussi excellent que les textes de son retour à l'Ekumen de 1995, c'est très agréable. Même genre de remarque pour Ian McDonald — que je trouve moins agréable avec sa S.-F. qui roule, littéralement, à tombeau ouvert — ou Greg Egan ou Paul J. McAuley. Je saisis l'occasion pour épingler des auteurs jeunes et doués qui semblent marcher sur les traces de leurs aînés : "Grist" de Tony Daniel m'a rappelé Ian McDonald — jusqu'à un côté Laffertyien qu'ils partagent —, et Chris Lawson m'a fait penser à Egan, et par son sujet plus que par sa domiciliation en Australie. Espérons que ces auteurs visiblement compétents sauront trouver leur propre voix.

Parmi les auteurs confirmés comme parmi les jeunes, une autre tendance, ou une autre remarque : on peut toujours faire rêver, me faire rêver à tout le moins, avec les merveilles de la nature, telles que révélées par le prisme de la science. On pourrait croire cet exotisme infantile, on pourrait penser que les séductions s'en épuisent… eh bien non. Cela avait été un des mérites de CyberDreams d'aller nous chercher quelques-uns des auteurs qui s'étaient distingués dans cette veine, comme Stephen Baxter ou G. David Nordley. Baxter est là, à nous décrire une forme de vie lunaire compatible avec les données connues sur notre satellite sans atmosphère. Cela demande des acrobaties, et une structure dramatique inhabituelle, mais cela marche aussi bien qu'une bonne nouvelle de Baxter. Plus percutant, Swanwick se contraint ici à jouer dans ce même registre, plutôt que sur celui du Fantastique ou du mélange anachronique ; il confirme un talent qui le met à part de la plupart de ses confrères et compatriotes. Enfin, dans "Approaching perimelasma", Geoffrey Landis relève un défi inattendu : raconter une expédition crédible à l'intérieur d'un trou noir. Et le résultat, peut-être parce qu'il ne limite pas à la description de l'extérieur par un point de vue impossiblement objectif, mais remet aussi en question l'identité du protagoniste, est époustouflant.

D'autres récits, qui reposent sur le discours d'aspect scientifique et une documentation soigneuse, sont beaucoup plus réservés dans leur attitude affective à l'endroit de la science : "Taklamakan", de Bruce Sterling, est certes une histoire d'espionnage hypertechnologique de plus — un style qui a été beaucoup copié, notablement par McAuley —, mais c'est aussi le récit d'une expérience sociale témoignant d'un infini mépris pour le “matériel humain”. "This side of independence" de Rob Chilson et "Down in the dark" de William Barton décrivent tous les deux des scénarios de mort de la Terre — avec tout l'enthousiasme des dépeceurs de planètes dans leurs descriptions cosmologiques, mais toute la nostalgie et l'amertume que nous serions en droit de ressentir à la perte du berceau de l'humanité.

Les extra-terrestres peuvent glisser un joker dans les données scientifiques établies. Comiques dans "Craphound" de Cory Doctorow — dont je me demande si je ne devrais pas le rattacher de loin au sous-genre anachronie, avec la fascination qu'il transmet pour les marchés aux puces, épluchage des poubelles d'une époque révolue —, les ET sont mystérieux et stimulants dans "Story of your life" de Ted Chiang qui réussit à refaire le thème de base d'Abattoir 5 (de Kurt Vonnegut : l'intervention d'extra-terrestres détachés du cours du temps permet au protagoniste de percevoir sa vie dans le désordre — et à l'auteur de la raconter ainsi, avec les effets dramatiques qu'un habile montage permettra) sans ennuyer, et en introduisant une bonne dose de contenu scientoïde (en mathématiques, en linguistique).

Cet intérêt soutenu pour l'approche scientifique du monde ne signifie pas que les sujets “de société” — liés par exemple aux biotechnologies — soient oubliés. Leur grande mode commence à passer, mais Egan, William Browning Spencer — avec le seul récit de réalité virtuelle du volume : la RV vue comme une drogue —, ou Gwynneth Jones maintiennent la tradition. Et surtout Robert Reed, qui donne avec "the Cuckoo's boys" une de ses nouvelles les plus émouvantes, peut-être parce qu'il y a mis de son expérience personnelle, comme tuteur de collégiens surdoués.

J'ai prononcé à nouveau le mot “anachronie” [1], et je me dois donc de vous dire quels récits de ce recueil revisitent l'histoire, universelle ou individuelle. Si "Jedella Ghost" de Tanith Lee semble se dérouler dans une Amérique intemporelle — et avec quelque justification —, l'histoire m'a paru relever plus des ressorts du Fantastique — admirablement mis en œuvre — que de ceux de la S.-F., ou de ses rejetons illégitimes. Robert Charles Wilson, par contre, dans "Divided by infinity", donne une version des univers parallèles, ou plutôt arborescents, qui doit beaucoup à ce thème majeur — unique ? — du Fantastique qu'est la perspective de son propre décès, mais le traite jusqu'au bout comme un concept S.-F. Inutile par contre d'essayer de classer les univers parallèles de Waldrop. Son "US" est définitivement uchronique, et tout aussi inclassable que la carrière toute parallèle — et guère récompensée par les richesses de ce monde-ci — que mène Waldrop. L'important, finalement, c'est la pêche à la ligne.

Reste un chef-d'œuvre. "the Summer isles", de Ian R. McLeod, décrit une histoire parallèle où le fascisme a prévalu en Grande-Bretagne. Mais c'est aussi l'histoire personnelle d'un homme tourmenté par son homosexualité clandestine, d'un homme aussi qui en sait trop, et doit à ces circonstances autant des honneurs injustifiés que des mauvais traitements épouvantables. Tout cela raconté par petites touches, dans une Grande-Bretagne au parfum nostalgique d'années 40 et de promenades à vélo. On pense à Orwell, mais c'est McLeod qui une fois de plus affirme son insolente maestria.

Pascal J. Thomas

 [1] Voir mon éditorial de KWS 35. Si, on a le droit de le relire, sur papier ou sur le Web…

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Document : Quarante-Deux/Keep Watching the Skies! nº 36, mai 2000/Compte rendu de : the Year's best science fiction: sixteenth annual collection
Création : dimanche 28 mai 2000
Dernière modification : lundi 5 janvier 2004