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KWS nº 35, février 2000

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Lentement s'empoisonnent
roman de Science-Fiction
Joëlle WINTREBERT
Flammarion, collection "Quark noir", octobre 1999, 234 p., 69 FRF.

Compte rendu de lecture : Pascal J. Thomas & Noé Gaillard

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La série "Quark noir" relate les aventures de Mark Sidzik, journaliste enquêteur scientifique d'un futur proche à toucher (dans cinq ans, disons) dont l'employeur, la World Ethics and Research, lui laisse la liberté d'action que l'on attend d'un journaliste de roman populaire… c'est-à-dire de quelqu'un qui roule sa bosse et fait arrêter des gangsters plus souvent qu'il n'écrit des articles !

En ouverture de ce livre-ci, Sidzik reçoit un message électronique d'Otto Hagen, patron d'une ONG travaillant sur l'Afrique. Hagen a des problèmes de conscience. Mauvais pour la santé, manifestement, puisqu'un curieux accident de voiture l'empêche pour toujours d'aller à son rendez-vous avec Mark. Qui naturellement ne va pas en rester là, et enrôle sur le champ son ami Fred Cailloux pour enquêter dans le monde parfois inquiétant de la recherche et de l'industrie médicales.

L'élément scientifique extrapolé autour duquel tourne le roman est la culture de bananes transgéniques dont la simple ingestion suffit à vacciner contre la diarrhée infectieuse. Se profilent derrière des recherches au potentiel nettement plus lucratif — parce que portant sur une maladie touchant les pays riches —, sur un vaccin contre le SIDA. Si ce sont les irrégularités dans l'importation des bananes transgéniques qui mettent la puce à l'oreille de Mark et Fred, les méthodes des gens qui s'opposent à eux font soupçonner quelque chose de beaucoup plus sinistre.

Contrairement au cas du roman de Canal dans la même série, Cyberdanse macabre, ce roman ne ressort que marginalement de la Science-Fiction. L'élément scientifique spéculatif est certes présent, et pas seulement de façon cachée (l'OMS se félicite de l'existence des bananes qui vaccinent contre la diarrhée infectieuse), mais n'a pas d'influence sur la société dans laquelle se déroule l'action. Le seul élément qui date résolument l'action dans le futur (proche) est l'emploi systématique de l'euro. La structure du livre est celle du roman policier d'enquête : on patauge jusqu'à l'explication finale, qui met en cause un super-coupable figurant parmi les personnages déjà croisés. Cette structure n'est pas inconnue en S.-F., bien entendu. Exception au point de vue de l'enquêteur : des bribes du point de vue du super-coupable sont données, et les sentiments d'un personnage inconnu et féroce de ses traumatismes sont distillés sous forme d'une sorte de journal intime, suffisamment obscur pour ne pas être révélateur.

Dommage peut-être que la règle du genre, la nécessité du suspense, aient empêché de plonger plus profond dans l'esprit et les motivations de ce super-coupable, personnage le plus original du lot. Car les méchants en demi-teinte abondent, faibles, corrompus, profiteurs, tous coupables à un degré ou un autre… le lecteur aura son comptant de fausses pistes vraisemblables quant à l'identité de ceux qui tirent les ficelles. Ajoutons que la documentation, tant sur la politique malienne (avec la rébellion Touareg) que sur la recherche médicale, semble vraiment très solide, et que le livre se lit sans ralentir. Tout cela donne un thriller très réussi.

Pascal J. Thomas

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Une seconde opinion…

Les amateurs de Joëlle Wintrebert risquent d'être un peu surpris. Délaissant pour un temps S.-F., Littérature Jeunesse et Générale la voilà dans un Polar-SF brassant l'économie et la science à travers des personnages qui ne sont pas les siens. Les amateurs seront donc surpris et peut-être déçus de l'écriture pratiquée ici par Joëlle. Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre. Mais parfaitement adaptée au roman et aux personnages.

Est-ce à dire que l'ensemble est décevant ? Certainement pas ! c'est même, pour moi, le meilleur titre de la collection après le Richard Canal. Loin devant les trois autres : Lecas, Bordage, Andrevon.

Wintrebert remplit son contrat par rapport à la bible initiée par les directrices de la collection et traite un sujet qui peut faire frémir. Les rapports entre les ONG, l'OMS, les maladies et certains pays cobayes. Elle est jusque-là dans le droit fil de "Quark noir". Mais elle se distingue et fait entendre une voix particulière en imaginant un responsable “humain” qui vient perturber les règles du jeu des déshumanisés fonctionnaires. En fait comme Canal, et Bordage par instants, elle ne se contente pas de raconter une histoire intéressante et originale, elle prend l'histoire à son compte en faisant intervenir un drôle d'enfant. Et de cette façon elle nous laisse sur notre faim en nous interdisant de juger, de décider, qui est bon ou qui est méchant.

On retrouve ainsi celle que les amateurs connaissent bien : l'insidieuse, la sournoise, la “perverse” Joëlle Wintrebert qui instille lentement le poison d'une manière subversive de voir les choses.

Noé Gaillard.

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Document : Quarante-Deux/Keep Watching the Skies! nº 35, février 2000/Compte rendu de : Lentement s'empoisonnent
Création : lundi 28 février 2000
Dernière modification : lundi 5 janvier 2004