Compte rendu de lecture : Noé Gaillard
Roman récompensé en 1991 par le prix Rosny aîné dans son édition de 1990 chez Philippe Olivier. On pourrait dire comme dans feu les pages roses du dictionnaire : Autres temps, autres mœurs. Dix ans plus tôt, le roman de Stolze ne trouvait pas grâce auprès des éditeurs spécialisés, mais les lecteurs lui reconnaissaient des qualités dignes d'être saluées… Disons que l'œuvre a bien vieilli et qu'en y regardant de plus près elle est bien dans l'air du temps.
Comme beaucoup de créateurs actuels Stolze, à défaut de créer un monde, réemploie les cultures d'ici et d'ailleurs en les mêlant en un dosage savant (une pincée de chinoiserie, un zeste de christianisme, sur un lit de culture latine).
Il va de soi que ce pluriculturalisme est des plus séduisants aux yeux du lecteur — soit il découvre, soit il se plaît à reconnaître ce qui le conforte — surtout s'il est lié par l'attirail S.-F. habituel. Mais nous nageons en plein art d'accommoder les restes avec la touche d'érotisme nécessaire (les Reines Mages ont la beauté du diable et les pouvoirs des fées). Loin de moi l'idée de nier les qualités d'un tel art mais est-ce vraiment utile de s'en tenir aux bonnes vieilles recettes de l'Odyssée (intervention des dieux et des déesses auprès des mortels pour régler de sombres histoires d'adultère ?).
Je sais qu'il s'agit avant tout d'une littérature de divertissement, mais pourquoi ne pas en profiter pour faire aussi réfléchir sur le monde par le biais d'une relecture de celui qui nous héberge… Les portraits, les situations, les personnages de Stolze sont riches et denses mais comme ils paraissent vains, enfermés dans leurs références culturelles et un pédantisme éclairé.
Document : Quarante-Deux/Keep Watching the Skies! nº 35, février 2000/Compte rendu de : Cent mille images
Création : lundi 28 février 2000
Dernière modification : lundi 5 janvier 2004