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KWS nº 31-32, mai 1999

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the Stars Dispose
roman de Fantasy inédit en français
Michaela ROESSNER
Tor, mars 1998, 410 p., $6.99.

Compte rendu de lecture : André François Ruaud

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Plusieurs générations de la puissante famille des Médicis ont bénéficié de la magie culinaire et des talents domestiques des Befanini [1]. Et en ce milieu du XVIe siècle, ce sont désormais deux grandes familles florentines, les Médicis et les Ruggiero, qui emploient dans leurs cuisines des artistes du four et de la table — les membres de la prolifique famille des Befanini et Arista.

Le jeune Tommaso Arista a été formé par son père aux subtilités de la cuisine, mais son cœur est partagé entre cette tradition familiale et la pratique des arts. S'étant fait remarqué par le fameux sculpteur Il Tribolino, il est pris comme apprenti par ce dernier, et démontre que l'éphémère d'une préparation culinaire peut s'élever au rang d'art majeur. Dans une Florence turbulente et agitée, Tommaso deviendra l'ami de la jeune duchessina (dernière héritière des Médicis), il sera l'amant du grand Michelangelo, survivra à la Peste et au siège de la ville…

Tout cela et bel et bon, me direz-vous, mais quel rapport avec les littératures qui intéressent KWS ? Rassurez-vous : c'est bel et bien de fantasy qu'il est question ici. The Stars dispose est même un parfait exemple du florissant sous-genre de la « fantasy historique » — un style de fantasy encore peu connu sur nos rivages, mais qui mérite bel et bien d'être découvert.

Dans la trame ordinaire du monde est dissimulée une vérité plus complexe : une infinité de mondes parallèles, tous peuplés par des êtres intelligents, s'étire dans l'univers comme une grappe de sphères, s'interpénétrant chacunes par des voies de passage à la logique ésotérique (mouvements de la lune et des étoiles, par exemple). Un événement dans un monde a forcément des répercussions dans un ou plusieurs autres : les magiciens/ savants de chaque peuple cherchent à influer sur les sphères voisines, qui pour provoquer un déséquilibre qui leur serait favorable, qui pour rétablir un équilibre qui leur convenait. Luttes d'influences, jeux politiques, manipulations d'individus, c'est une guerre subtile que celle qui se déroule en permanence entre les mondes.

À Florence, le jeu est contrôlé par la famille Ruggiero, astrologues officiels. À l'aide notamment d'un speculum (miroir n'ayant jamais connu de reflet avant sa première utilisation magique), Ruggiero-le-Vieux épie les mouvements de ceux qui œuvrent souterrainement pour la perte de Florence. Mais, si sage soit-il, l'astrologue ne sait pas tout : sa science n'est que celle des hommes. Dans sa cuisine, Piera Befanini Arista pratique la magie des femmes, celle du culte de Diane (le thème de la Déesse, par opposition au culte masculin de Jéhova, est une des grandes thématiques de fond de la fantasy ; métaphore de l'affrontement entre la science et la magie, le rationnel et le surnaturel, le cerveau droit et le cerveau gauche — Valerio Evangelisti en fit une belle utilisation dans Nicolas Eymerich, inquisiteur [2]). La magie de Piera est celle des petites choses, du calme du foyer, de l'équilibre familial — elle offre pourtant des résonances avec tout Florence, du fait de l'importance des familles dans cette société, et des relations entre les Ruggiero, les Befanini-Arista et les Médicis. Dans les rues de Florence, visibles aux seuls yeux des initiés, rôdent les silhouettes extraterrestres des observateurs des autres mondes…

Discrète, en demi-teintes, la magie est pourtant bien au cœur de ce roman. Elle participe de l'ordre des choses, au même titre que la peinture, la sculpture, ou… l'art de la cuisine — une bonne part de the Stars dispose se déroule dans des cuisines, avec force détails gourmands. L'auteur écrit en postface qu'elle a pris des kilos en écrivant son roman, du fait de « l'excitation globale de son appétit » !

Délicat, brillant, complexe (la nomenclature des personnages s'avère rapidement utile), the Stars dispose est un roman d'exception — comme l'étaient déjà les deux précédents romans de l'auteur, qui cherchent encore un éditeur en France (Walkabout woman, une fantasy contemporaine sur la mythologie aborigène, et Vanishing point, une S.-F. post-cataclysmique douce et fascinante). Un seul (tout petit) regret : que nulle part (dans l'édition originale) ne soit indiqué que ce roman est à suivre. Pourtant, il l'est bien : il s'interrompt assez brutalement sur le départ de la duchessina, de Tommaso et de Michelangelo pour Rome — et sur une mystérieuse prédiction de l'ancêtre Befanini. Je suis habituellement peu porté sur les romans-feuilletons de la fantasy, mais ne peux que déclarer cette fois : vivement la suite ! Michaela Roessner vient juste de finir d'écrire the Stars compel, et a déjà entamé le troisième et dernier volume, the Stars relent.

André François Ruaud

[1] En Italie, la Befana est la sorcière de Noël, c'est elle qui traditionnellement apporte les cadeaux — NdlR.

[2] Voir critique dans ce numéro. — NdlR.

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Document : Quarante-Deux/Keep Watching the Skies! nº 31-32, mai 1999/Compte rendu de : the Stars Dispose
Création : mardi 1er juin 1999
Dernière modification : lundi 5 janvier 2004