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KWS n??31-32, mai 1999

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l'H?ritage de Saint Leibowitz
(Saint Leibowitz and the wild horse woman)
roman de Science-Fiction
Walter M. MILLER, Jr.
Deno?l, collection "Pr?sence du Futur", nos?596 & 597, octobre 1998, 314 & 302?p., cat. 6 (chaque tome).

Compte rendu de lecture?: No? Gaillard & Pascal J. Thom?s

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Un Cantique pour Leibowitz, point isol? de l'?uvre de son auteur, reste un livre-phrare de la S.-F. des ann?es 50. Parce qu'il participait aux inqui?tudes de son ?poque (l'an?antissement nucl?aire de la civilisation), parce qu'il fournissait un excellent exemple de cette construction par cycle de nouvelles qui nous a donn? Fondation, Demain les chiens ou l'Histoire du Futur de Heinlein. Mais aussi parce qu'il se distinguait de ses pairs par l'appel aux valeurs et ? la culture de l'?glise catholique, et par un ton humoristique et ?rudit, tout en litotes et en r?f?rences aux ?critures.

Sur la fin de sa vie, Miller a d?cid? de donner un successeur ? son ?uvre-ma?tresse. Laiss? inachev? ? sa mort (ou peut-?tre avant??), le manuscrit a ?t? compl?t? par Terry Bisson, et nous arrive aur?ol? de la r?putation de son pr?d?cesseur. Ce dernier s'articulait en trois novellas qui se d?roulaient sur trois ?poques s?par?es les unes des autres par une demi-douzaine de si?cles. D?s le premier r?cit, l'?poque de la vie de Leibowitz lui-m?me est d?j? enfouie dans le pass?, oubli?e et sacralis?e ? la fois. Il y a eu un cataclysme nucl?aire suivi par l'impitoyable r?action du peuple contre toute culture, qui a n?cessit? la cr?ation d'un ordre monastique se consacrant ? la sauvegarde, la copie et la m?morisation des textes scientifiques. Mais bien vite les moines cessent de comprendre ce qu'ils m?morisent. L'argument apparent du r?cit est la d?couverte miraculeuse par un moine p?tri de foi na?ve d'un manuscrit autographe du Saint lui-m?me, la myst?rieuse et Tr?s Sacr?e Liste des Commissions ("Shopping list") de Saint Leibowitz.

Lors du deuxi?me r?cit, une civilisation moyen?geuse s'est d?velopp?e, qui conna?t sa Renaissance techno-scientifique, avec l'in?vitable antagonisme entre le g?nie propre des red?couvreurs, et la masse de connaissances enfouie dans les archives du couvent leibowitzien. Le pouvoir de Hannegan, empereur du Texark, commence ? s'int?resser ? ces moines perdus au milieu des tribus insoumises, et qui d?tiennent la cl? de d?couvertes sur lesquelles travaillent les savants du royaume.

Enfin lors troisi?me r?cit, la civilisation technologique a repris ses droits, le monast?re est redevenu p?riph?rique ? la vie urbaine, et lorsque survient un nouveau conflit nucl?aire, qui n'est pas cette fois synonyme d'an?antissement total de la civilisation, les gens d'?glise n'ont que leurs certitudes morales ? opposer aux d?rives du monde environnant. Ce texte, beaucoup plus amer que les deux pr?c?dents, laisse transpara?tre plus aussi les convictions philosophiques et religieuses de son auteur.

L'H?ritage de Saint Leibowitz a perdu la concision de l'?uvre originale, et se pr?sente en deux volumes ? ce qui a donn? l'occasion aux ?ditions Deno?l de nous ressortir les trois livres sous forme d'un ?l?gant coffret dans une pr?sentation unifi?e. Mais qu'allons-nous trouver sous les couvertures??

Le r?cit de l'H?ritage ? en anglais, il est question de Wild horse woman, ce qui est plus int?ressant ? se d?roule une g?n?ration ou deux apr?s la nouvelle centrale du livre d'origine. L'?glise, plus que la religion, y tient un r?le central?: seul contre-pouvoir possible au Hannegan (le nom propre est devenu commun, comme celui de C?sar?), elle est divis?e par les intrigues et les luttes d'influence. Visiblement, au soir de sa carri?re, Miller avait conserv?, voire accentu?, son int?r?t pour l'histoire religieuse. De pr?f?rence, celle du Moyen-?ge, p?riode du Grand Schisme par exemple, p?riode o? l'?lection d'un pape ?tait l'occasion de luttes d'influence entre Empire, France, et peuple romain. Une bonne partie du roman concerne donc la pr?paration, puis le d?roulement chaotique d'un conclave ? Valana, ville choisie par l'?glise pour s'?loigner de la Nouvelle Rome, qui est sur le territoire de l'empire Texark. J'avoue que l'?cheveau d'intrigues qui s'y noue m'a parfois laiss? de marbre, l'imagination autoriale ?tant dans ce domaine n?cessairement en de?? de la r?alit? historique.

Cela nous donne cependant l'occasion de d?veloppements th?ologiques fabuleux, et fabuleusement h?r?tiques. Car l'?glise a d? s'adapter aux populations nomades auxquelles elle s'adresse, et deux des principaux protagonistes du livre, Dent-Noire et Poney-Brun, en sont issus. Le retour en force des nomades a ?t? une des cons?quences de l'effondrement nucl?aire de la civilisation postul? au d?but du Cantique? Ici, Miller d?veloppe beaucoup leur culture, qui est plus proche de celle des Mongols que des Indiens des Plaines (jusqu'? leurs noms qui ont une consonance d'Asie centrale). Belles pages d'ethnologie-fiction en perspective, mais qui sont souvent tomb?es ? plat pour moi. Faute sans doute de s'int?grer dans une intrigue assez structur?e?? Elle m'a parfois donn? l'impression de tourner en rond, avec la r?p?tition de l'opposition entre nomades traditionnels et leurs cousins plus ou moins s?dentaris?s. Le livre revient aussi beaucoup, et pas forc?ment de fa?on efficace, sur l'apartheid que subissent les mutants, et la chasse que l'on livre ? ceux dont les d?fauts g?n?tiques ne seraient pas apparents ? tant la peur est grande qu'ils les transmettent aux g?n?rations futures.

Ce qui sauve le livre en partie, c'est le personnage de fr?re Dent Noire, un moine sans grande conviction religieuse et n?anmoins tiraill? entre ses d?sirs et son intention de s'?loigner du ?p?ch?? ? de chair en particulier, et avec une mutante bien particuli?re? On pense bien entendu au Nom de la rose. Ballot? entre op?rations militaires, intrigues politiques et d?lires th?ologiques, Dent-Noire est le na?f dont un tel livre a besoin pour exposer son univers.

Si seulement cet univers ne nous arrivait pas au travers d'une pr?sentation si bavarde, si seulement il ne s'enfuyait pas dans une guerre (conventionnelle) qui noie les subtilit?s politiques qui pouvaient lui rester, si seulement il ne se terminait pas plus ou moins en queue de poisson? Une grande qualit? de Walter M. Miller, dans un Cantique pour Leibowitz, ?tait son art de l'ellipse, de faire entendre plus que de crier. Il me para?t clair que cet art s'est perdu en lui, quelque part au cours de la r?daction de cette suite constamment retard?e. Peut-?tre aussi parce que les messages relativement cibl?s au c?ur des trois r?cits du premier livre avaient perdu de leur pertinence en changeant d'?poque, et se sont perdus dans le flou d'un univers mal ma?tris?. C'est dommage, parce que Miller (ni Bisson) ne sont de mauvais ?crivains, et le livre ne manque pas d'int?r?t malgr? tout.

?Pascal J. Thom?s

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Une seconde opinion?

Le roman m?le r?cits de violences, sc?nes de vie et descriptions de r?gimes politiques, tout comme chars d'assaut et fl?ches et arcs. En fait Miller dresse une galerie de portraits en situation (ceux du pape Amen et du Vieux Juif ? errant ?sont grandioses), o? chaque portraitur? semble mener sa propre vie sans avoir conscience du fait que celle-ci participe de celle des autres. Seul Dent-Noire se demande r?guli?rement ce qu'il fait au milieu des autres et s'interroge sur les motifs qui font agir les hommes et sur le monde dans lequel il vit.

Miller propose une vision chaotique du monde et cherche tout ce qui peut l'unifier. Mais ni la religion, ni la langue, ni la guerre, et encore moins la manipulation ne peuvent faire en sorte que l'homme cesse de se comporter ?go?stement, m?me au nom d'une grande id?e. Seules les femmes, les m?res-matriarches des peuples des pleines semblent trouver gr?ce ? ses yeux.

Roman d'une troublante densit? l'H?ritage de Saint Leibowitz laisse en fin de lecture une lourde impression d'incompl?tude de l'homme. Ce roman me para?t d'un noir pessimisme dans la mesure o? la ?r?demption? de Dent-Noire passe par l'ermitage, la solitude, dans la mesure o? l'homme ne semble y avoir d'autre avenir que de r?p?ter les erreurs du pass? au nom de tout un tas de consid?rations (Dieu, Leibowitz, etc.) et surtout ?tre incapable de savoir ce qui l' ?anime?. Mais que cela ne vous emp?che pas de le lire, au moins pour v?rifier que nous avons lu la m?me chose.

?No? Gaillard

Voir compte rendu de lecture d'un Cantique pour Leibowitz dans KWS n??44

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Keep Watching the Skies! ? ? Quarante-Deux et/ou Keep Watching the Skies!
* ?crire ? Quarante-Deux

Document?: Quarante-Deux/Keep Watching the Skies! n??31-32, mai 1999/Compte rendu de?: l'H?ritage de Saint Leibowitz
Cr?ation?: mardi 1er juin 1999
Derni?re modification?: lundi 5 janvier 2004