Accueil XLII Accueil KWS Sommaire

Éditorial Précédent Suivant Dernier

KWS nº 31-32, mai 1999

---------------------------===oooO§Oooo===---------------------------

Contes de la quatrième Lune
recueil de Fantastique
Bruno LEYDET
les Presses du Midi, septembre 1998, 152 p., 79 FRF.

Compte rendu de lecture : Sébastien Cixous

---------------------------===oooO§Oooo===---------------------------

Encore inconnu dans les contrées de l'Imaginaire, Bruno Leydet est un jeune écrivain marseillais dont Les Presses du Midi ont déjà publié un roman historique (le Scélérat magnifique, 1996) ainsi qu'un curieux huis clos sur fond de guitares saturées (Hard rocks, 1997). Délaissant provisoirement le mainstream, celui-ci nous livre aujourd'hui un recueil de nouvelles évoluant entre l'insolite, l'irrationnel et la prospective à court terme. Son fantastique, parfois très dilué, emprunte ses motifs au traditionnel arsenal de la Surnature (spectre, vampirisme énergétique, ubiquité, prophéties…) lorsqu'il ne se contente pas d'auréoler le quotidien d'étrangeté, en refusant toute place au hasard, à l'arbitraire. Bruno Leydet ne s'inscrit pas pour autant dans une mouvance identifiable du genre dont il détourne volontiers les codes, au profit de fiévreuses méditations existentielles. Là où ses confrères s'évertuent à générer des effets de terreur, celui-ci prend un malin plaisir à désamorcer l'intensité dramatique de ses récits et substitue à l'action pure une prééminence dialectique qu'on ne manquera pas d'imputer, dans le nord, à la fameuse volubilité méditerranéenne. Assez d'actes, des mots ! Comme dans Hard rocks, la bizarrerie des situations contribue à délier les langues et les conversations se poursuivent, au gré des associations d'idées et des rapprochements phonétiques qui les jalonnent.

N'hésitant pas à user, à l'occasion, de procédés théâtraux aux fins d'exposition, voire de conclusions moralistes ("les Amères souffrances de l'infidélité"), Leydet jongle avec les symboles et s'adonne sans vergogne aux joies d'une intertextualité le plus souvent avouée (Shakespeare, Le Fanu, Molière, Machiavel…). Tantôt excessif, tantôt timoré voire expéditif ("Troisième guerre"), il doit encore accomplir un effort de discipline pour prétendre à la consécration. En attendant, les habitués des collections d'épouvante risquent fort de céder à la tentation d'une lecture cursive et de passer à côté de l'essentiel. Ces contes dissimulent, sous une apparente légèreté de ton, une profonde hantise de la déchéance, de la solitude et de la mort prématurée qui débouche, dans le dernier récit, sur une mise en abyme désabusée du "Festin de pierre".

Nous regretterons, pour terminer, qu'outre d'intempestifs sauts de ligne, l'éditeur ait laissé proliférer les coquilles. On ne le répétera jamais assez : une correction orthographique effectuée par un logiciel ne saurait remplacer une relecture sérieuse.

Sébastien Cixous

L'ouvrage ci-dessus peut se commander auprès de son éditeur, les Presses du Midi (121, avenue d'Orient — 83100 Toulon), pour 79 FRF + 16 FRF de port.

---------------------------===oooO§Oooo===---------------------------

Éditorial Précédent Suivant Dernier

Accueil XLII Accueil KWS Sommaire

---------------------------===oooO§Oooo===---------------------------

Keep Watching the Skies! — © Quarante-Deux et/ou Keep Watching the Skies!
* Écrire à Quarante-Deux

Document : Quarante-Deux/Keep Watching the Skies! nº 31-32, mai 1999/Compte rendu de : Contes de la quatrième Lune
Création : mardi 1er juin 1999
Dernière modification : lundi 5 janvier 2004