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KWS nº 28, mai 1998

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la Palissade rouge
recueil de Fantastique
Bram STOKER
Florent Massot, nº 3004, octobre 1997, 240 p., 59 FRF.

Compte rendu de lecture : Philippe Paygnard & Noé Gaillard

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L'année 1997 marque le centenaire d'une des œuvres phare de la littérature fantastique : Dracula. Dans le monde de l'édition, cet événement a été marqué par la publication de plusieurs monographies consacrées au personnage. Il semble cependant que l'on ait oublié d'honorer comme il se doit le créateur du plus célèbre des vampires littéraires : Bram Stoker. Ce sont deux véritables spécialistes, Jean-Pierre Krémer et Alain Pozzuoli, qui viennent, avec cette Palissade rouge, réparer ce tragique oubli.

Il est certainement inutile de rappeler — mais faisons-le quand même — que Jean-Pierre Krémer, qui a traduit et choisi les textes et cosigne l'avant-propos, est le traducteur de plusieurs des meilleures nouvelles écrites par Bram Stoker. On peut ainsi retrouver son travail dans les recueils Au-delà du crépuscule (Séguier, 1989), l'Invité de Dracula (10/18, 1992) et Récits gothiques (Fleuve Noir, 1994). Alors que l'autre signataire de l'avant-propos et auteur de la postface biographique, Alain Pozzuoli est l'un des plus passionnés biographes de Bram Stoker, auteur notamment d'un excellent Bram Stoker, prince des ténèbres (Séguier, 1989).

Au travers des sept récits qui composent ce recueil, Krémer et Pozzuoli ont choisi de présenter quelques aspects méconnus du romancier que fut Bram Stoker. Célébré pour un seul et unique roman : Dracula, Stoker est pourtant l'auteur de plus d'une douzaine d'ouvrages, sans compter plusieurs dizaines d'articles, des nouvelles et de nombreuses adaptations théâtrales. C'est cet homme à facettes que tente de nous présenter la Palissade rouge.

Seule concession faite à la tradition, on retrouve au sommaire de ce recueil "l'invité de Dracula", qui semble n'être qu'une nouvelle variation de son roman vampirique. Il s'agit en fait des premières pages écrites par Stoker pour son Dracula ; elles furent refusées par l'éditeur déjà impressionné par le poids du manuscrit.

Ouvrage consacré à Bram Stoker, la Palissade rouge débute pourtant par un récit qui n'est pas écrit par le romancier. En effet, le texte d'ouverture est une lettre de Charlotte Stoker à son fils Abraham (Bram). Loin d'être inutiles, ces quelques feuillets nous montrent, d'une part, que l'auteur de Dracula avait de qui tenir. D'autre part, ils prouvent que l'époque n'était pas rose et qu'il n'y avait nul besoin de vampire pour décimer villes et villages. Accessoirement, ils constituent fort certainement la source d'inspiration de la première nouvelle présentée dans ce recueil : "le Géant invisible".

Rassurons immédiatement le lecteur, les autres textes de ce recueil sont bel et bien signés de la main de Bram Stoker. Elles permettent de découvrir un écrivain différent, très éloigné du seul auteur de Dracula. Ecrivain moraliste avec "le Géant invisible", Bram Stoker démontre également qu'il sait jouer — ou déjouer — des influences de Lewis Carroll avec sa nouvelle lComment 7 devint fou" ou de Robert-Louis Stevenson avec "la Palissade rouge".

"La Catastrophe" et "le Mystère de la mer" ne sont hélas que des morceaux choisis de romans de Stoker, encore inédits en français, qui révèlent certainement les talents d'écrivain de Stoker mais laissent le lecteur sur sa faim.

Cette véritable introduction à l'œuvre de Bram Stoker est agréablement complétée par l'essai d'Alain Pozzuoli, "Bram Stoker, une vie", ainsi que par les bibliographie, filmographie et chronologie de Bram Stoker moultement documentées.

Philippe Paygnard

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Une seconde opinion…

Vampire oblige, il semblerait que chaque maison d'éditions se doive d'explorer la veine… J-P Krimer, si l'on en juge par les œuvres de Stoker publiées en 10/18 et chez José Corti par ses soins est un “spécialiste” de cet auteur. Il nous propose ici quatre nouvelles et deux extraits de romans plus une lettre de la maman de Stoker.

Un livre à ranger avec les autres curiosités de votre bibliothèque en espérant qu'il prendra de la valeur, car on se demande pourquoi exhumer des productions aussi datées dix-neuvième siècle.

Les idées peut-être intéressantes pour l'époque, sont noyées sous un flot de précautions oratoires que la traduction ne cherche pas à alléger, disons pour être indulgent que la traduction rend bien la lourdeur du style de l'auteur.

La bio qui suit insiste sur les tendances homo refoulées de l'auteur, grand admirateur de Walt Whitman, en prenant comme base de démonstration le fait que dans les romans de Stoker il soit souvent question de trio — deux hommes, une femme. Rien de bien nouveau sous le soleil et surtout rien qui donne vraiment envie de lire autre chose que Dracula.

À moins que vous ne soyez un fan inconditionnel de Stoker ce livre offre vraiment peu d'intérêt. Et encore ! Cette explicitation à la Sainte-Beuve de l'œuvre par la vie ne va peut-être pas vous plaire. Je pense que ce type de présentation-critique (?) a fait son temps… On devrait être aujourd'hui en mesure d'analyser l'œuvre en elle-même, d'en montrer l'intérêt (?) par son contenu, son style et non par ses rapports avec son auteur. À moins que son seul intérêt repose sur ces rapports. Allez donc plutôt lire R.L. Stevenson…

Noé Gaillard

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Document : Quarante-Deux/Keep Watching the Skies! nº 28, mai 1998/Compte rendu de : la Palissade rouge
Création : dimanche 9 août 1998
Dernière modification : lundi 5 janvier 2004