KWS : comptes rendus de lecture sur la Science-Fiction

Thierry Di Rollo : Elbrön

roman de Fantasy, 2012

chronique par Philippe Paygnard, 2014

par ailleurs :

Sur Bankgreen, tout a une raison. Dans le ciel mauve et noir, on peut ainsi suivre le vol des Runes qui cherchent l'armure du dernier des Varaniers, Mordred. Alors que, sortant des brumes de l'Okar, les Elbröns, habités par la haine, semblent vouloir modifier à jamais la stabilité de ce monde complexe. Nés du génocide qui a conduit à la disparition de la race des Digtères comme de celle des Arfans, les Elbröns sont animés par un irrésistible esprit de vengeance. Les cibles de cette implacable vendetta sont bien évidemment les Shores, héritiers par défaut des terres de Bankgreen. Seul Mordred le Varanier, celui qui a accepté de perdre tous ses souvenirs pour revenir d'entre les morts, peut, par le fil de son épée, rétablir l'équilibre de Bankgreen.

Monde-univers, Bankgreen n'a décidément pas encore livré tous ses secrets. Aussi, après un premier roman et une nouvelle,(1) Thierry Di Rollo invite-t-il tout naturellement ses lecteurs à une nouvelle visite de cette planète à la mythologie touffue. On retrouve bien évidemment toute la poésie des mots et le rythme si particulier imposé par l'auteur avec un découpage nerveux en chapitres parfois très courts. Poursuivant la narration initiée dans Bankgreen, Di Rollo fait ainsi revenir d'entre les morts le personnage emblématique qu'est Mordred, le dernier des Varaniers. Par le biais de flashbacks, il dévoile quelques secrets sur les origines de cette créature aussi mystérieuse que complexe pour qui la mort est sa raison de vivre, si tant est qu'un être caché au cœur d'une armure puisse être qualifié de vivant. S'il sait présenter ce personnage de manière particulièrement intéressante, surtout dans son rapport avec la mort, Di Rollo ne cherche nullement à le rendre sympathique mais fait de lui le point central de son récit et le point d'équilibre de son monde mauve et noir. L'un des meilleurs portraits de Mordred est sans doute celui fait par Dyan, le grand rat noir. En effet, ce dernier le décrit comme un être qui écume Bankgreen, semant la mort sur son chemin en prétextant une fin atroce à ceux qu'il croise pour justifier le couperet de sa lame.

Comme pour le premier volume, récompensé par le Prix Elbakin du meilleur roman de Fantasy 2011, la lecture d'Elbrön demande un certain effort car, avec le monde mauve et noir de Bankgreen, Thierry Di Rollo fait acte de pure et totale création. Ceux qui ont lu et apprécié le premier tome de ce diptyque pourront sans peine se laisser happer par la narration fascinante de l'auteur. Par contre, ceux qui n'ont pas déjà visité l'univers du dernier des varaniers risquent, même si ce second tome se révèle bien moins elliptique que le premier, de se sentir exclus de cet univers si sombre où la vie semble n'être que vanité, même pour les immortels.

Complètement dans le ton de l'ouvrage, avec ses couleurs à dominantes mauves et noires, la couverture permet de retrouver la beauté éclairante au corps nu et parfait, à la peau bleu clair, d'une Rune telle que décrite par le romancier et illustrée par Elian Black'Mor, en toute liberté artistique.

Avec Elbrön, Thierry Di Rollo clôt, avec brio, son escapade en Fantasy, avant de revenir à ses premières amours, le roman noir et la Science-Fiction pour des projets à moyen et long termes prévus chez ActuSF et au Bélial’. En deux volumes, il aura su imaginer un superbe univers habité par des figures inoubliables qui feront, c'est certain, longtemps vivre cette nouvelle mythologie mauve et noire.

Philippe Paygnard → Keep Watching the Skies!, nº 73, février 2014


  1. Totalement intégrée à Elbrön, la nouvelle "l'Éclaireur" a été publiée dans le 65e numéro de Bifrost, daté de janvier 2012, p. 39-62 (ne pas croire le sommaire…).

Commentaires

Ajouter un commentaire

Les commentaires sont publiés après validation par Quarante-Deux.