KWS : comptes rendus de lecture sur la Science-Fiction

Claude Ecken & Roland Lehoucq : Mission Caladan (les Tisseurs de rêves – 1)

roman de Science-Fiction, 2010

chronique par Pascal J. Thomas, 2011

par ailleurs :

On disait d'Isaac Asimov qu'il aurait été capable d'écrire l'annuaire du téléphone et de le rendre lisible. Son style transparent a en tout cas servi pendant des années à porter la rubrique scientifique de Fantasy & Science Fiction, qui était toujours étonnante de lisibilité (même quand elle n'avait pas grand-chose de neuf à dire). À l'instar d'Asimov ou de Jules Verne, Ecken et Lehoucq ont entrepris de transformer en forme d'art cette terreur du roman de SF (ou pas, au demeurant) qu'est le paragraphe d'exposition massive.

Deux mots, néanmoins, sur l'intrigue : nous sommes vers 2020. Robin est un étudiant français en robotique à Abu Dhabi, qui a la chance de rencontrer son idole, le chercheur américain Greg Forbie. Lequel se fait prestement enlever par un trio d'agents de la CIA, avides de détails sur les projets que le scientifique mène de façon pas assez secrète… On se doute que Robin va se lancer à la poursuite de son tout nouveau mentor, qu'un peu d'investigation et qu'un peu de violence vont relever la sauce de l'intrigue (et on peut soupçonner Claude Ecken d'avoir poussé les choses dans cette romanesque direction).

Mais l'essentiel de l'ouvrage est un livre dans le livre : détenu au secret par ses ravisseurs, Greg Forbie va leur livrer en grand détail (menacé, il se doit d'être crédible ; mis en doute, il argumente ses positions) les plans d'exploration spatiale conçus par les Émirats Arabes Unis et la Chine. Si la Mission du titre reste un projet tout au long du livre — à l'image du voyage lunaire dans De la Terre à la Lune de Jules Verne, illustre prédécesseur dans l'art du paragraphe d'exposition qui n'en finit pas —, nous en apprenons tous les aspects, tous les problèmes technologiques et humains prévus par ses concepteurs (les“tisseurs de rêves” du sous-titre ?), et à la fin du roman nous pouvons entretenir l'impression que nous l'avons vécue.

Cul entre deux chaises entre roman d'action et ouvrage de vulgarisation scientifique, Mission Caladan aurait pu être un pavé totalement ennuyeux. J'ai eu l'agréable surprise de le trouver totalement lisible, aussi fluide que les ouvrages fondateurs d'Asimov (et beaucoup plus que ceux du brave Jules). On y retrouve, au travers du récit spéculatif de Forbie, l'excitation de la SF de toujours, vitaminée par une sérieuse mise à jour technologique. De quoi se fourrer la tête dans les étoiles. Espérons que son éditeur, plus accoutumé à l'ouvrage de vulgarisation qu'au roman (il est distribué par Belin), saura lui trouver sa place sur le marché.

Pascal J. Thomas → Keep Watching the Skies!, nº 69, juin 2011

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