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Quarante-Deux

Keep Watching the Skies! : comptes rendus de lecture

Kim Stanley Robinson : 60 jours et après

(Sixty days and counting, 2007)

roman de Science-Fiction

chronique par Pascal J. Thomas

par ailleurs :

Ce roman clôt la trilogie “du climat” de Kim Stanley Robinson. Après l'inondation des 40 signes de la pluie et l'hiver sibérien de 50° au-dessous de zéro, nous n'avons plus droit à d'exceptionnelles calamités, mais plutôt aux lueurs d'espoir évoquées par le début de la présidence de Phil Chase, le sénateur progressiste (et excentrique) pour lequel travaille Charlie Quibler. En soixante jours, il a fait le pari de changer la façon dont les États-Unis sont gouvernés — et leur influence négative sur le monde et le climat.

À de nombreux points de vue, ce livre est le prolongement des deux premiers volumes. Le projecteur reste braqué sur l'ami de Charlie, Frank Vanderwal. Notre biologiste a abandonné ses côtés les plus excentriques (la recherche d'une explication mathématique aux habitudes d'accouplement des Humains, la vie dans une cabane construite dans les branches d'un arbre), mais passe son temps à retrouver Caroline : leur coup de foudre mutuel n'empêche pas cette dernière, employée des services secrets, d'utiliser toutes ses ficelles professionnelles pour disparaître — elle se sait menacée par des confrères peu scrupuleux. Tout cela sera résolu en fin de livre, tout comme le sera, plus ou moins, cette intrigue secondaire (!) qu'est le sort du peuple américain, et celui de l'atmosphère et des océans.

Si sur ce dernier point Robinson est volontiers utopiste — et sans doute bien optimiste, comme le suggère la comparaison avec la présidence de Barack Obama dans le monde réel —, la substance du livre réside moins dans les événements qu'il décrit (et les quelques surprises qu'il réserve, à propos de Diane Chang, du petit Joe Quibler ou des Tibétains) que dans sa description de la vie, et des réflexions qu'il glisse dans ses digressions. Les lectures de Frank servent de prétexte à moult citations d'Emerson ; nous avons droit à un grand chapitre de randonnée dans les sierras californiennes ; et à beaucoup de pages sur la tension entre le travail de Charlie (conseiller politique) et ses obligations de père au foyer. Sans que jamais cela ne devienne ennuyeux, je vous rassure ! Même si j'ai éprouvé un petit regret à ne pas retrouver autant de choses sur la National Science Foundation que dans le premier volume.

Au cas où ce genre de politique-fiction à court terme (il faut bien appeler les choses comme elles sont) ne vous tenterait guère, j'attirerai votre attention sur un point amusant : une bonne partie des articles sur l'avènement des armes nucléaires en 1945 recueillis dans Solution non satisfaisante(1) tournaient autour de la question d'un gouvernement par les savants. Dans son roman, Robinson imagine une autre version d'un gouvernement par la science — motivée par un autre danger (le réchauffement), qui lui aussi menace de rendre la planète invivable. On ne quitte pas un instant les questions centrales de notre domaine.


  1. La nouvelle éponyme de Robert A. Heinlein y sert de point d'accroche à une étude sur les rapports entre SF, science et politique autour du Manhattan Project.