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Vous êtes ici : Quarante-Deux KWS Sommaire du nº 62-63 le Secret du deuxième Sphinx

Keep Watching the Skies! nº 62-63, juillet 2009

Sandra Dual ; Érick Surcouf : le Secret du deuxième Sphinx

roman fantastique (Histoire secrète et catastrophisme de bazar)

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chronique par Éric Vial

Avouons-le, il y a des comptes rendus qui sont destinés à se passer les nerfs, parce qu'un livre a été envoyé pour une revue (pas de S.-F.), qui ne présente à ses lecteurs que des opinions favorables, et que l'on a donc refusé de faire le papier (dommage, c'est payé). Mais on ne peut pas laisser se perdre tous les coups de pieds au derrière.

Il serait possible de parler longuement de la forme, et par exemple des dialogues supposés faire passer des fiches et des notices, donc d'une platitude et d'une artificialité confinant au sublime. Mais mieux vaut s'en tenir au fond. Si l'on peut utiliser ce terme à propos d'un carnaval hétéroclite de “mystères”, avec lignes de forces telluriques, pilote interdit de vol depuis qu'il a parlé d'ovnis à la presse, construction des pyramides (« les Égyptiens de cette époque auraient bénéficié d'une technique atlante de lévitation utilisant la puissance des ultrasons et la force antigravitationnelle »), rosicruciens, trésor de Rennes-le-Château, cartes de Piri Reis, supposées représentations anciennes de soucoupes volantes ou d'aviateurs, textes indous semblant décrire une bombe atomique, « étude qui attribuait aux Atlantes des mâchoires dotées de quarante dents », crop circles, Mu, la Lémurie et Hyperborée, nombre d'or, Arche d'alliance qui pourrait être sous la cathédrale de Chartres ou dans une cache templière, orichalque (métal mythique) reconnu du premier coup d'œil au début de roman et miraculeusement découvert à la fin du même, etc. Plus un type qui vient d'Alésia en France et précise que « dans notre village, on est resté très gaulois ». Quand l'auteur écrit : « sans tomber dans le fourre-tout du Matin des magiciens », on se demande si l'on ne rêve pas, car après lecture, l'Union rationaliste ouvrirait sans doute ses portes aux feus Pauwels et Bergier.

Parallèlement au fatras, il y a des références à la réalité concrète. Et c'est pire. On apprend ainsi que les planisphères nazis plaçaient l'Allemagne au centre du monde, en oubliant que c'est la même chose pour presque tous les planisphères produits par tous les pays : ce n'est pas vraiment une spécificité totalitaire. On lit aussi que « la fonte des glaces des pôles et des glaciers va entraîner notre planète vers un nouvel âge glaciaire » en modifiant le Gulf Stream, ce qui est pour le moins une vision européocentrique de la climatologie. On voit attribuer la disparition des traces de cratères d'impact des météorites au fait que la Terre n'est pas refroidie, ce qui oublie un certain nombre de phénomènes d'érosion. On voit aussi attribuer à l'Inquisition une régression de la géométrie, alors qu'on peut estimer qu'il est envers elle des reproches mieux fondés. Il est un instant question d'une fatwa et les auteurs n'ont pas une idée très précise de ce dont il s'agit. Dans un autre ordre d'idées, lié au paragraphe précédent, il est indiqué sans autre explication qu'après Lourdes les apparitions de Fatima pouvaient passer pour un sacrilège, ce qui laisse perplexe1. Et la récupération des juifs d'Ethiopie par Israël découlerait de la volonté de récupérer des bouts de ce qui pouvait être l'Arche d'alliance. S'y ajoute un nombre remarquable de vagues commentaires politiques. Ordre mondial supérieur « mis en veilleuse depuis que la démocratie est reconnue, en apparence, comme la panacée », « pensée unique qui vérole actuellement l'Occident », « fléau du politiquement correct » qui « provoquera l'implosion de vos démocraties » — ce qui ne devrait guère inquiéter des personnages et des auteurs pronostiquant de toute façon une fin du monde à courte échéance. ONG servant « à rendre des services marginaux à certains gouvernements en échange de faveurs et de subsides pas toujours justifiés. » « [T]iers-mondialisation [qui] ne doit pas venir mettre son ordre moral dans la science comme un nouvel inquisiteur. » « [P]rincipe de précaution » attaqué à tout hasard. Solide élitisme, mépris d'une plèbe bien évidemment incapable de comprendre… On pourrait encore allonger le panorama des dégoûts et des imprécations.

Tout ça pour en arriver où ? À l'existence d'une bibliothèque de toutes les connaissances sous l'emplacement du deuxième sphinx du titre, disparu. Et surtout à l'annonce d'un effondrement du système financier mondial pour décembre 2012 (un peu tard peut-être), date déterminée par une conjonction de planètes et une obscure affaire de plan de l'écliptique et d'axe de la voie lactée : car cet effondrement est mis exactement sur le même plan que la disparition ou l'inversion du champ magnétique terrestre. Et que le « basculement prochain de la Terre »

Le pire est qu'avec les mêmes ingrédients calamiteux ce pourrait être drôle. Canularesque. Échevelé. Ou palpitant. Ou simplement écrit de manière décente. Ce n'est rien de tout cela. J'avoue que je cherche une qualité à ce roman, et que je n'en trouve pas. Sinon celle d'être tellement calamiteux qu'il en donne une idée de l'infini…

Notes

  1. le cas échéant, voir Joachim Bouflet et Philippe Boutry : un Signe dans le ciel : les apparitions de la Vierge. Grasset, 1997.