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Vous êtes ici : Quarante-Deux KWS Sommaire du nº 62-63 le Dico des héros

Keep Watching the Skies! nº 62-63, juillet 2009

[Collectif] : le Dico des héros

roman policier & historique, littérature populaire, érotique & jeunesse

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chronique par Éric Vial

En théorie, on ne devrait pas compte rendre d'ouvrages auxquels on a participé. Mais peut-être admettra-t-on que trois notices sur les quatre cent trente annoncées, par un auteur sur trente-huit, ne font pas un très gros score. De plus, elles ne concernent que marginalement la S.-F., avec Savinien de Cyrano de Bergerac certes, mais le personnage de Rostand et non point l'auteur, encore que le dit personnage ait été plongé dans la S.-F. par feu Philip José Farmer. Ceci dit, ce flirt lointain avec le genre qui nous intéresse principalement dans ces pages (ou sur ce site) est emblématique du volume :

D'abord, parmi les co-auteurs, on trouvera des noms bien connus de nos services, comme David Calvo, Fabrice Colin ou Xavier Mauméjean, sans parler d'André-François Ruaud, éditeur et de fait maître d'œuvre, et à qui un bref sondage pousserait à attribuer quelque chose comme la majorité des notices (plus des interventions anonymes améliorant les notices d'autrui, les miennes en tout cas), sans parler non plus, pour aller au bout de la prétérition, de Johan Heliot, préfacier.

Ensuite, parmi les sujets, on s'approche assez souvent de ce qui nous intéresse ici. Certes la S.-F. est réputée peu s'intéresser aux personnes, et l'Espionnage, ou le Polar (Jacques Baudou a participé, entre autres) est bien plus riche de ce point de vue. Mais le Roman populaire a produit son lot d'inventeurs hallucinés, de maîtres de royaumes suspendus, aériens ou “perdus”, maîtres du monde plus ou moins efficaces, en criminel extraordinaires ou en aventuriers aux machines étonnantes (en vrac, "Aéros, empereur des nuages", "Atomos, Madame", "Death, Doctor", "Demonax", "Edison, Thomas Alva" en personne, "Ether fils de la nuit", "Georges, professeur", "Lavarède, Armand et Robert", "Mystère, Monsieur", "Nox, professeur", "Satan, Doctor", "Satanas"…) De plus, les personnages de Jules Verne ne sont pas oubliés ("Ardan, Michel", "Barbicane, Impey", "Fogg, Phileas", "Nemo, capitaine") pas plus que les détectives de l'étrange ou usant franchement du paranormal ("Carnacki, Thomas", "Hesselius, Martin", à la limite "Pons, Solar", "Silence, John", "Van Helsing, Abraham"), ni certains super-héros et autres vengeurs plus ou moins masqués ("Fantax", "Fascinax", "Green Lama, the", "Judex", "Nyctalope, le"…) voire un enquêteur déjà mort relevant pleinement du Fantastique ("Fantôme, le") ou un justicier venu du futur ("Zarkon, prince"). On ajoutera bien entendu "Morane, Bob", voire un de ses émules comme "Dassaut, Luc". Et "Savage, Doc". Et puis les increvables, "Frankenstein, Victor", "Gray, Dorian", "Homme invisible, l'", "King Kong", "Moreau, Docteur". Et des personnages sans rapport avec la S.-F. mais dus à des auteurs du genre, "François et Éric" de Christine Renard et les "Veufs noirs" d'Asimov. Et pourquoi pas "Numéro 6" du Prisonnier, ou "Steed, John", ou "Tarzan". Et "Belphégor" du fait non de son imagerie horrifique mais de son enjeu alchimique, plus des choses qui au moment où elles étaient écrites relevaient de la S.-F., fusée lunaire chez "Bossu, le" ou greffe de visage de "Chéri-Bibi".

Cela fait finalement pas mal de choses. Et le reste n'est pas mal, depuis "Adamsberg, Jean Baptiste" de Fred Vargas, jusqu'à "Zorro". Certes, on peut ergoter. Pointer des absences, mais ce que tel tiendra pour une béance stridente sera considéré par un autre comme une référence de quatre-vingt-quinzième zone très justement oubliée (qui défendra avec moi "Vertueux, le" d'Yvan Audouard ?). Noter l'hétérogénéité des rédactions, de la fiche factuelle au discours intra-fictionnel (voyez les notules dues à Xavier Mauméjean) mais cette variété constitue en fait franchement un bon point. Flinguer la couverture, sauf si mon exemplaire est gravement défectueux, encore qu'elle pourra efficacement tirer l'œil au milieu des piles de la FNAC. S'interroger sur la logique même des choix, excluant la BD pour cause de pléthore, et en principe les stricts personnages de feuilletons télévisés, mais trouvant des prétextes capillotractés et novellisés pour justifier des récupérations d'ailleurs indispensables ("Numéro 6" !). Et puis, sport de cuistre, chercher les erreurs, en se sentant dans mon cas lâchement protégé par la relecture attentive et les corrections de l'éditeur-directeur, et signaler par exemple à Marc Madouraud que Barrabas n'est pas le « voisin de crucifixion du Christ », ce qu'un amateur éclairé d'uchronie sait d'ailleurs certainement. Tout ça parce qu'il faut bien trouver à redire si on ne veut pas être accusé de partialité pour cause de participation au volume (voir plus haut). Parce que tout de même, ce déploiement d'érudition (je parle des autres) gratuite, ce chatoiement de découvertes et de souvenirs (cela relève de la livraison en gros de petites madeleines), ces mondes superposés à parcourir en feuilletant, c'est éminemment agréable, et peut-être même utile, qui sait ?