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Vous êtes ici : Quarante-Deux KWS Sommaire du nº 59 Métropolitain

Keep Watching the Skies! nº 59, janvier 2008

Yann Marchand : Métropolitain

court roman fantastique

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chronique par Jérôme Charlet

Je viens de finir le texte de Yann Marchand, Métropolitain. Une publication de la toute jeune maison d'édition Griffe d'encre. Impression mitigée. J'ai bien aimé, mais je trouve que… Enfin, je vais reprendre du début :

L'idée de départ est très intéressante. Un homme, un raté fini, moche, salace et sale, tout ce que vous voulez. Employé de banque, qui plus est1. Ce mec-là, un jour, croise un chien. Jusque-là, vous me direz, rien de très trépidant ni de très science-fictif. Mais ce chien-là aime beaucoup son mollet. Quand je dis aime son mollet, je devrais dire : aime le grignoter, le lécher, le ronger. Il le trouve à son goût… Ça dure quelques jours. Quelques jours de cauchemars, de calvaire… Vous pensez bien ! Imaginez un peu : pas un moment à vous, dans la rue. Rien que ce chien qui vous suit et vous mordille.

D'une manière qu'on qualifiera elle aussi de malpropre — c'est le moins qu'on puisse dire —, l'homme se débarrasse du chien. Il se croit enfin sauvé. Mais soudain, tous les êtres vivants, humains y compris, le trouvent à leur goût.

Une vengeance post mortem du chien ? Ou celui-ci n'était-il qu'un brin plus sensible, précurseur de ce qui allait se passer ? Personne ne sait. Et ce n’est pas ça l'intérêt de cette novella. L'intérêt, c'est l'humain, et sa réaction face à l'absurde. En lisant ce texte, j'ai beaucoup pensé à la Métamorphose de Kafka, avec l'analyse faite par Camus : on se moque bien de la raison fondamentale, du pourquoi. Ce qui compte, c'est cette étincelle humaine qui en ressort. On pense aussi, bien sûr, à Theo Sturgeon et à toute sa lignée.

Et c'est sur ce prétexte, quelque part entre le Fantastique et la speculative fiction de la grande époque, en tout cas résolument encré dans nos littératures de prédilection, que Yann Marchand nous tisse son beau texte. Il tire toutes les ficelles de son hypothèse de départ, la fait évoluer, la traite sur la longueur avec beaucoup d'intelligence. Il m'a fait aussi penser à Bob Shaw avec ses Yeux du temps. On prend une idée, et on l'applique, on la pousse, on la tire. On en fait quelque chose de vivant. On lui donne une histoire, des ressorts. Là-dessus, rien à redire.

Par contre, je trouve chaque moment, chaque époque, trop courte à mon goût. Un chouïa de plus, et la nouvelle prenait vraiment une très grande dimension. Comprenons-nous bien : elle est déjà très bien comme elle est. Mais je trouve trop longue pour être ce coup de poing dans la tronche qui vous laisse K.O., et un rien trop courte pour totalement emporter le morceau. De plus, quelques moments de flottement dans l'écriture patinent un peu, relâchent la pression.

Dommage. Avec un coup de pouce de plus, le texte aurait été incontournable. Un très bon moment de lecture, en tout cas.

Notes

  1. Note pour mon banquier à moi : non, Monsieur, c'est pour rire, merci de ne pas m'assassiner avec vos frais d'interventions si mon compte est un peu dans le rouge parfois… Merci !