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Vous êtes ici : Quarante-Deux KWS Sommaire du nº 41-42 Voyage vers la planète rouge

Keep Watching the Skies! nº 41-42, janvier 2002

Terry Bisson : Voyage vers la planète rouge

(Voyage to the red planet)

roman de Science-Fiction

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chronique par Philippe Heurtel

Depuis une dizaine d'années, Mars est à la mode, qu'il s'agisse de l'actualité scientifique, de la littérature de S.-F. (la trilogie martienne de Kim Stanley Robinson, Voyage et Titan de Stephen Baxter, etc.) ou du cinéma (Mission to Mars, Planète rouge). Voyage vers la planète rouge est un roman de Terry Bisson paru en 1990 aux États-Unis et qui vient de paraître en France aux éditions Orion.

Nous sommes dans un futur proche. Les gouvernements ont fait faillite, et les multinationales ont tout racheté : administrations, U.S. Navy… et la NASA. Depuis, l'exploration spatiale a été remisée aux oubliettes, jusqu'à ce que le projet d'envoyer des hommes sur Mars soit relancé… par Hollywood ! Dans le but de faire un film, avec des stars, pour ramasser des pépettes — c'est Hollywood, alors forcément…. Se trouvent donc embarqués dans la Mary Poppins (le vaisseau construit il y a vingt ans avant que le projet ne tombe à l'eau) les astronautes Kirov et Markson, le médecin Jeffries (spécialiste de l'hibernation), le cameraman nain Glamour, et deux stars du cinéma. Dix-huit mois aller, trois semaines de tournage, puis dix-huit mois retour. Et comme vous vous en doutez, les choses ne vont pas tourner comme prévu. Découverte de deux passagers clandestins — dont un chat —, une star qui ne se réveille pas de son hibernation, une tempête qui empêche les voyageurs de se poser sur la planète rouge, et d'autres petites choses…

La quatrième de couverture annonce que Voyage vers la planète rouge est « le roman de S.-F. le plus fun-marrant-délirant et-même-qu'on-rigole depuis Martiens go home! » Cette affirmation est parfaitement exagérée ; en fait, c'est même carrément n'importe quoi. Le bouquin n'est pas délirant, et il n'a rien à voir avec le classique de Brown. Non, le ton de ce roman est beaucoup plus subtil, et n'en est d'ailleurs que plus intéressant.

Tout d'abord, il s'agit de hard science. Jusque-là, rien de neuf par rapport à des romans tels que ceux cités plus haut. Terry Bisson a fait le choix du réalisme quant au moyen d'atteindre Mars, à la vie quotidienne dans l'espace, et quant à Mars elle-même. Il le fait sans asséner aux lecteurs des données scientifiques absconses et gratuites qui freineraient la lecture, et le résultat est crédible.

L'originalité réside dans le contraste entre l'aspect rigoureux du roman et les motivations vénales et pas du tout scientifiques de la mission. On va sur Mars pour tourner une super-production hollywoodienne, l'équipage est moins composé d'astronautes — qui plus est quadragénaires — que de gens du cinéma. La narration est parsemée de touches humoristiques, car le futur imaginé par Bisson est parfois assez fou. Ainsi est-on star du cinéma par la naissance, grâce à la génétique ; le talent d'acteur ne compte pas puisque de toutes manières, c'est l'informatique qui fait tout à partir des images des “acteurs”. (Vous me direz que dans certains cas, ça n'est pas très éloigné de notre réalité ! Non, n'insistez pas, je ne citerai personne…)

L'inconvénient de la démarche de l'auteur est un début très mou : Voyage vers la planète rouge n'étant pas tout à fait un roman sérieux, et pas non plus un roman humoristique, on attend longtemps qu'il se passe enfin quelque chose, de dramatique ou bien de drôle, et on manque presque de s'ennuyer. Heureusement, le roman finit par décoller, et cette alchimie de hard science décalée finit par fonctionner, conférant un ton bien particulier au roman.

Voyage vers la planète rouge n'est sans doute pas le chef-d'œuvre du moment : quelques lenteurs, des clichés science-fictifs (la découverte finale). Mais il procure tout de même une lecture très agréable, et a le mérite de traiter un thème qui commence à devenir classique d'une manière originale.