KWS : comptes rendus de lecture sur la Science-Fiction

Bernat Bergé : l'Estilò negre

contes fantastiques inédits en français, 2001

chronique par Pascal J. Thomas, 2002

par ailleurs :

Sous le nom de Lo Bernat Contaire, Bernat Bergé est un conteur occitan connu de la région de Toulouse. Il nous donne ici son premier livre, un recueil de nouvelles… non, de contes fantastiques.

Sans être expert de la différence entre “nouvelle” et “conte”, je dirais que le second peut, en moyenne, se permettre d'être plus court, et d'avoir encore moins de description des (du) personnages que la première. C'est certainement le cas ici. Bergé passe en revue un certain nombre de thèmes du fantastique classique : revenants, métamorphoses (au moins deux cas d'humains habitant des chats, une femme changée en poupée…), confusion entre récit et réalité. Un peu plus modernes peut-être sont les textes bâtis sur une dislocation spatiale ou temporelle : une route qui n'existe pas et ne mène nulle part — mais qu'on peut parcourir —, un homme se retrouvant décalé de dix ans dans le temps, une fenêtre dans un mur aveugle… ce sont les objets de la vie urbaine qui fournissent alors le matériau du fantastique, plutôt qu'un recyclage de mythes anciens et ruraux.

Dans tous les cas, cependant, le texte s'arrête dès qu'on arrive à l'évidence de l'événement surnaturel. Parfois, un paragraphe de conclusion ramène au regard du monde extérieur, qui ne comprend pas — c'est impossible, bien sûr. Bref, des textes à chute, dont je me dis qu'ils seraient souvent mieux à leur place lus à haute voix que couchés sur le papier — surprise ! D'où un certain risque de lassitude si on lit le recueil d'affilée.

Pourtant Bergé a des qualités : l'effort sus-mentionné de recherche de thématique fantastique moderne — il n'est pas le premier, certes, et il n'est pas à la hauteur de Borges ou Sternberg —, une langue vivante, actuelle et expressive — ce qui n'est pas le cas de tous les écrivains occitans ; certains des plus doués peuvent tomber dans la préciosité —, et au total un livre en prise sur le monde contemporain malgré son affection pour un fantastique trop classique.

Pascal J. Thomas → Keep Watching the Skies!, nº 41-42, janvier 2002

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