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Vous êtes ici : Quarante-Deux KWS Sommaire du nº 41-42 Écriture

Keep Watching the Skies! nº 41-42, janvier 2002

Stephen King : Écriture : mémoire d'un métier

(On writing: a memoir of the craft)

rédactionnel

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chronique par Philippe Heurtel

Écriture est un livre de Stephen King assez particulier, puisqu'il ne s'agit ni de fiction, ni d'un essai sur le fantastique, mais d'un essai sur l'écriture. Non pas sur la littérature, mais sur l'écriture, aussi bien d'un point de vue technique que d'un point de vue intime.

La première partie, intitulée "CV" — fustigeons au passage l'absence de table des matières ! —, est une suite de souvenirs, d'anecdotes. Sur une centaine de pages, King parle d'événements qui, selon lui, ont eu une influence sur son écriture et sur son envie d'écrire — même si j'ai des doutes sur la pertinence de quelques passages. Souvenirs d'enfance, débuts dans l'écriture, débuts dans l'édition… Il ne s'agit pas une véritable autobiographie, car elle présenterait alors beaucoup trop de trous, mais plutôt d'une sorte de brainstorming.

Après quelques pages inutiles où il explique que l'écriture, c'est de la télépathie, l'auteur présente dans un court chapitre sa notion de “boîte à outils”, à savoir les techniques fondamentales que se doit de maîtriser un aspirant écrivain : grammaire, vocabulaire, et la technique du paragraphe.

Puis l'on attaque le plat de résistance (quelque deux cents pages), la partie intitulée "Écriture" : une suite de conseils, tirés de l'expérience de l'auteur et d'une réflexion sur sa carrière. Sont abordés des thèmes aussi divers que l'importance de la lecture, de la régularité de l'écriture, de l'environnement de travail, de parler de ce que l'on connaît, de l'importance du sujet plutôt que de l'intrigue (l'histoire est comparée à un fossile préexistant qu'il s'agit d'exhumer). Mais aussi les descriptions, les dialogues, les personnages, les relectures, le rôle des agents littéraires, les ateliers d'écriture… Réflexions et conseils sont illustrés d'exemples, soit abstraits, soit réels, parfois tirés du parcours et de l'œuvre personnels de Stephen King. L'exposé est à l'image de la fiction de l'auteur : clair, prenant… et bavard (pour introduire la notion de boîte à outils, King parle deux pages durant de son oncle bricoleur qui ne se déplaçait jamais sans sa boîte à outils bien organisée !).

Puis dans un court chapitre final, l'auteur raconte l'accident dont il a été victime et qui a failli lui coûter la vie, et comment — et pourquoi — il s'est remis à écrire durant sa convalescence. Enfin, une annexe présente quelques pages d'une nouvelle de King, tout d'abord la première version, ensuite la version corrigée avec quelques explications. Malheureusement, seule la première version est traduite, la deuxième ayant été jugée trop particulière à la langue anglaise pour pouvoir être traduite. C'est en partie vrai, mais pas complètement, et il aurait été judicieux de faire un petit effort — car, en l'occurrence, le résultat final, le cul entre deux chaises, paraît un peu ridicule.

La première question que l'on peut sans doute se poser est la suivante : à quoi diable sert cet ouvrage ? Selon l'auteur, il est censé être un guide pour les apprentis écrivains. Les thèmes abordés, énumérés ci-dessus, sont en effet ceux que l'on retrouve dans d'autres livres consacrés à la technique de l'écriture. King précise que son ouvrage ne transformera pas un mauvais écrivain en bon écrivain, encore moins en génie. Son ambition est juste d'aider un écrivain prometteur à devenir un meilleur écrivain — projet somme toute raisonnable, à moins de considérer qu'aucun ouvrage ne peut y parvenir tant il ne saurait être question de technique dans l'écriture. Mais ceci est un autre débat.

Toutefois, je suis sceptique quand à l'utilité d'Écriture dans cette optique-là. Principalement, à cause de cet aspect patchwork de l'ouvrage, qui mêle les thèmes classiques sur l'écriture à une semi-autobiographie. Et aussi parce que certains passages concernent spécifiquement la langue anglaise, ou bien des particularités de l'édition aux États-Unis (les agents littéraires, par exemple : pratiquement inconnus en France, très répandus outre-Atlantique). Finalement, il existe des ouvrages beaucoup plus adaptés aux auteurs français, qui expliquent tout aussi bien — voire mieux que ne le fait ce bavard de King —, et sont plus complets — et moins chers.

En revanche, Écriture me semble, tout simplement, un livre idéal pour qui s'intéresse à l'œuvre de King, et souhaiterait connaître le point de vue personnel de l'auteur sur ses motivations, sa manière de travailler, sa conception de l'écriture et de la place qu'elle occupe dans sa vie. Des choses qui ne sont pas abordées, ou alors trop succinctement, dans les biographies et interviews existantes. Alors, les défauts cités plus hauts deviennent des qualités. Bavard, King ? Bien sûr ! C'est souvent pour cela qu'on l'aime, non ?