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Vous êtes ici : Quarante-Deux KWS Sommaire du nº 41-42 l'Éternel Adam

Keep Watching the Skies! nº 41-42, janvier 2002

Jules Verne : l'Éternel Adam

nouvelle de Science-Fiction

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chronique par Philippe Paygnard

L'intérêt de collections telles que "Librio" ou Mille et une nuits est, outre leur petit prix, qu'elles permettent de découvrir ou redécouvrir des textes rares et parfois introuvables. C'est tout à fait le cas de cet "Éternel Adam", une longue nouvelle signée Jules Verne. Loin des Voyages extraordinaires maintes fois réédités, la publication de ce texte remonte à 1910, soit cinq ans après la mort de son auteur. Elle a donc été réalisée sous la supervision de son fils unique, Michel Verne, dans un ouvrage intitulé Hier et demain quasiment inaccessible aujourd'hui.

À travers les pages du journal d'un survivant retrouvé par un archéologue, "l'Éternel Adam" conte les derniers jours de l'Humanité victime d'une catastrophe imprévisible. En quelques heures à peine, la quasi-totalité des terres émergées sombre sous les eaux, sans avertissement aucun. C'est un véritable miracle si quelques rares survivants échappent à la mort. Secourus par l'équipage d'un steamer, ils cherchent un ultime havre et ne trouvent qu'une mer sans fin. Alors que le désespoir les gagne, ils finissent par aborder un nouveau continent né de la catastrophe. L'Humanité semble sauvée et pourtant…

Les Voyages extraordinaires nous avaient habitués à suivre les exploits de héros verniens capables de déjouer les pièges d'une nature hostile grâce à leurs connaissances scientifiques. Quel naufragé n'apprécierait pas d'avoir pour compagnon de galère un ingénieux ingénieur tel que Cyrus Smith. On croise régulièrement l'idée d'une science triomphante dans les romans de Jules Verne, mais elle est étrangement absente de "l'Éternel Adam". En effet, même si quelques-unes des survivants de ce récit possèdent le savoir nécessaire pour rebâtir une civilisation moderne et triomphante, ils ne parviennent à nulle autre chose qu'à survivre.

L'auteur optimiste qui permettait aux naufragés de l'Île mystérieuse de transformer un îlot perdu en petit paradis ne laisse même pas cette chance aux derniers représentants de l'Humanité. Si l'être humain parvient à survivre à la catastrophe qui frappe le monde, il retrouve la barbarie de ses origines, perdant le bénéfice d'années d'inventions et de progrès techniques. Les machines triomphantes, celles qui permettaient au capitaine Nemo d'explorer Vingt mille lieues sous les mers ou à Michel Ardan et à ses compagnons d'aller De la Terre à la Lune, ont définitivement disparu de la surface du globe pour laisser place à une société archaïque et privée de toute technologie.

Sombre et apocalyptique, "l'Éternel Adam" est un texte atypique dans la production de Jules Verne. Est-ce que, sur ses vieux jours, l'auteur du Tour du monde en quatre-vingts jours a brutalement perdu l'optimisme de ses premiers écrits ? Ou bien ne s'agissait-il que d'un optimisme de façade ? Ou encore, ce récit est-il simplement signé Jules Verne alors qu'il est écrit ou seulement co-écrit par son fils ? Autant de questions qui ne peuvent plus avoir de réponse et que se pose aussi Jérôme Vérain dans sa postface. En publiant ce texte rare de Jules Verne, les Éditions Mille et une nuits permettent de découvrir cette étrange facette d'un romancier dont on ne retient souvent que des Voyages extraordinaires que la télévision américaine de ces dernières années se plaît à transformer en escapades au pays des effets spéciaux.