KWS : comptes rendus de lecture sur la Science-Fiction

Paul Levinson : the Silk code

roman de Science-Fiction inédit en français, 1999

chronique par Pascal J. Thomas, 2001

par ailleurs :

Généralement attentive aux limites de l'humain, la SF s'intéresse depuis toujours, semble-t-il, à l'autre espèce humaine dont nos ancêtres ont accéléré la disparition il y a quelques dizaines de milliers d'années, les Abel de nos Caïn, les hommes dits de Neanderthal. La plupart du temps, ils viennent jouer le rôle d'un Bon Sauvage, sage et laconique.(1) Mais s'il en restait qui veuillent se venger ?‥

Phil D'Amato travaille à la morgue de la police de New York, et résout en général des énigmes à coloration scientifique qui lui valent d'être le protagoniste d'une série de nouvelles publiées dans Analog. Cette fois-ci, c'est un vieil ami et collègue, Mo Buhler, qui meurt devant lui d'une réaction allergique hautement suspecte — il venait juste d'emmener Phil dans le pays Amish de Pennsylvanie pour visiter une de ses connaissances, lui aussi subitement décédé juste avant leur arrivée. Et avant de pousser son dernier soupir, Mo expliquait à Phil comment les Amish, en dépit de leur religion du low-tech (pas de voitures autres que tirées par des chevaux, pas de téléphones dans les maisons, pas de lignes électriques…) possèdent toute une science biologique cachée. Ainsi de cette race de lucioles sélectionnée pour fournir des lampes, qui peuvent entre des mains criminelles — et néanmoins Amish — se transformer en bombes incendiaires à retardement.

Si la secte Amish n'a que quelques siècles d'existence, l'enquête gagne vite en profondeur temporelle avec l'intervention des Néanderthaliens, à notre époque et dans le Haut Moyen Âge en Asie Centrale, quelque part entre Byzance et Beijing, sur la Route de la Soie. Comme il se doit. Produite par le bombyx du mûrier, la soie tient, elle aussi, un rôle de premier plan dans la conspiration génétique…

La forte impression donnée par le début du livre et les passages situés dans le passé (où Levinson ne manque pas une référence aguichante, Hellénistiques tardifs, Basques, Nestoriens) se désagrège au fur et à mesure de la progression d'une intrigue contemporaine qui revient aux tropismes d'un roman policier ordinaire. Sans doute aussi le livre en fait-il trop dans la spéculation biologique, rajoutant des extrapolations peu convaincantes sur les métiers Jacquard en tant qu'ordinateurs primitifs, ou des explications totalement embrouillées sur la datation au carbone 14 — au point que ce qui devrait être un mystère technique majeur passe au début inaperçu, comme si c'était une négligence d'écriture, puis se voit gratifié d'un mobile peu convaincant. Levinson présente d'autres défauts de technique littéraire, comme son choix des patronymes des personnages qui, dès qu'ils sont étrangers, sont invariablement ceux de personnes célèbres, ou ces fils de l'intrigue qui sont laissés dénoués (le personnage de Sarah Fischer, par exemple). Mais ce dernier problème provient peut-être de la respectable tradition de la SF consistant à fabriquer des romans à partir de collages de nouvelles.

Levinson a la grande qualité de s'attaquer à des sujets vastes et intéressants, et de mettre en scène un personnage central sympathique et à la profession originale en SF.(2) Il lui reste à discipliner sa construction dramatique, ou à débrider sa recherche de matériau,(3) pour tenir ses promesses et arriver à des livres plus réussis que ce premier roman.

Pascal J. Thomas → Keep Watching the Skies!, nº 38, janvier 2001


  1. Cf. par exemple la nouvelle qui valut un prix Hugo à Clifford D. Simak en 1981, "la Grotte du cerf qui danse".
  2. Mais pas en polar puisqu'un des auteurs les plus vendus du moment, Patricia Cornwell, a bâti son succès sur le personnage de Kay Scarpetta, médecin-légiste…
  3. Voir le Samouraï virtuel de Neal Stephenson !

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