KWS : comptes rendus de lecture sur la Science-Fiction

Gekko Hopman : des Corps platoniques

roman de Science-Fiction, 1999

chronique par Noé Gaillard, 1999

par ailleurs :

« Quoi qu'il en soit, nous sommes tous en quelque sorte des Monsieur Jourdain du solipsisme, n'est-ce pas ? » Si, si, c'est écrit page 81, presque au milieu d'une histoire de secte !

Bon, trêve de plaisanterie. Plutôt que de descendre en flammes un produit que son éditeur a jugé digne de hanter les rayonnages, posons-nous la question de l'intérêt de Macno — j'espère que chacun avait fait le rapprochement avec le colonel Durruti, paru jadis en "Série noire", et imaginé que macno se prénommait Léon.

Premier intérêt : la diversité des auteurs pour un personnage identique. En principe, cela devrait entraîner une émulation, chaque auteur ayant à cœur de faire aussi bien sinon mieux que ses prédécesseurs. Et nous ravir par le fait qu'il peut s'agir, pour certains grands noms du genre qui nous préoccupe, de ce qu'il est convenu d'appeler un exercice de style avec figures imposées.

Deuxième intérêt : la surprise — comment, ils en sont déjà au volume 13 ⁉ — qui peut naître, non de l'univers décrit et imaginé, mais de la façon dont l'auteur introduit ou utilise l'I.A. rebelle.

Troisième intérêt : la possibilité pour des auteurs jusque-là étrangers au genre d'y faire leur premier pas ou d'arrondir leur fin de mois. Pour les autres, déjà très productifs, l'ajout d'une ligne bibliographique n'est jamais négligeable.

Quatrième — et dernier ? — intérêt : la facilité de lecture, les titres accrocheurs — parfois humoristiques — et le petit format des volumes qui conviennent parfaitement à un voyage de durée moyenne aux bons soins de la SNCF.

Alors, une série intéressante ? On pourrait aussi se dire…

Premier défaut : la diversité des auteurs et une bible un peu floue ont pour rançon une qualité très inégale. Certains habillent en Macno leurs fonds de tiroir, d'autres confondent complexité et prétention d'une part, et talent de l'autre — c'est le cas ici avec ce “décor platonicien”.

Deuxième défaut : l'utilisation de macno est quasiment toujours de l'ordre du deus ex machina — c'est le cas de le dire. On retrouve Molière, pensez à sa statue du Commandeur ! Un peu facile comme procédé, non ? En tout cas bizarrement réducteur du pouvoir de l'I.A. Peut-être qu'avec le temps, on lui trouvera des hackers à sa mesure ?

Troisième défaut : faire ses premiers pas dans un genre ou ajouter un titre à sa gloire, pourquoi pas ? À condition toutefois que cela soit fait sous l'œil vigilant d'un directeur de collection préoccupé du genre et de l'image de ses auteurs.

Quatrième… On s'en tiendra là ! Que fait un lecteur qui, croyant s'amuser a l'impression d'avoir été abusé ? S'il continue à prendre le train et à devoir meubler l'espace-temps entre deux gares relativement éloignées, il oublie son ressentiment et achète le volume suivant. Ou bien il change de série. Ou bien il cherche en quatrième de couverture le moyen de dépenser son argent sans risque.

Et Gekko Hopman dans tout ça ? Préférez-lui simplement le Claude Ecken, Petites vertus virtuelles, qui ne se prend pas au sérieux.

Noé Gaillard → Keep Watching the Skies!, nº 34, novembre 1999

Lire aussi dans KWS d'autres chroniques de Macno [ 1 ] [ 2 ] [ 3 ] par Sébastien Cixous ou Noé Gaillard

Commentaires

Ajouter un commentaire

Les commentaires sont publiés après validation par Quarante-Deux.