Oui, je sais, je n'ai pas touché à ce blogue depuis un bon moment. Mais j'ai un mot d'excuse de ma maman : Sylvie et moi étions en train de finaliser la traduction de Time, de Stephen Baxter, premier volume de la trilogie Manifold, qui doit sortir l'année prochaine au Fleuve Noir.

Je vois déjà se lever les sourcils appréciateurs de ceux qui, parmi vous, lisent en anglais. Ben oui, il aura fallu huit ans pour que ce bouquin paraisse enfin en France. Mais, pour une fois, ce n'est peut-être pas plus mal. Parce que le moment me semble tout à fait propice. Parce que c'est d'un tel livre que nous — auteurs comme lecteurs francophones — avons besoin par les temps qui courent.

Une bonne leçon de science-fiction ne peut pas faire de mal, et celle dispensée par Baxter est à mon sens magistrale.

Elle tient en deux mots : précision et démesure.

Précision des détails scientifiques et techniques et démesure du cadre et de l'intrigue. À la moitié du livre, on a déjà assisté à l'évolution de l'univers entier jusqu'à la fin des temps, voire au-delà. Après une telle plongée dans le gigantesque, on pourrait craindre que la suite ne revienne à des proportions spatio-temporelles plus raisonnables…

Il n'en est rien. L'agrandissement du champ de perspective continue, implacable, suscitant un sentiment d'immensité que fort peu de textes de SF ont atteint jusqu'ici. Les Vaisseaux du temps lui-même semble tout petit en comparaison. On songe à « Doc » Smith, à Van Vogt ou, plus près de nous, à Louis Thirion. Comme si Baxter avait imprégné chaque page de l'essence même du sense of wonder, la naïveté en moins.

Et puis, il y a les calmars…