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  <title>Ellen Herzfeld</title>
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  <description>Velléitaire et fantasque : un journal à parution kantonpeusuelle</description>
  <language>fr</language>
  <pubDate>Thu, 09 Sep 2010 01:43:38 +0200</pubDate>
  <copyright></copyright>
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    <title>La Convention nationale de Science-Fiction à Grenoble</title>
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    <pubDate>Wed, 01 Sep 2010 17:55:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Ellen Herzfeld</dc:creator>
        <category>Photo</category>
            
    <description>    &lt;div class=&quot;picasa&quot;&gt;
&lt;a class=&quot;picasa-album-image&quot; href=&quot;http://picasaweb.google.com/quarante.deux.org/37eConventionDeSFGrenoble2010?feat=embedwebsite&quot;&gt;
&lt;img src=&quot;http://lh6.ggpht.com/_Gk_JUZDhGHA/TH5ldHgc66E/AAAAAAAAAqQ/M3GH79DFHug/s160-c/37eConventionDeSFGrenoble2010.jpg&quot; /&gt;
&lt;/a&gt;
&lt;div class=&quot;picasa-album-name&quot;&gt;
&lt;a href=&quot;http://picasaweb.google.com/quarante.deux.org/37eConventionDeSFGrenoble2010?feat=embedwebsite&quot;&gt;
37&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; convention de Science-Fiction, Grenoble 2010
&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette année, la 37&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; convention nationale française de Science-Fiction (et la première de &lt;em&gt;Fantasy&lt;/em&gt;) se tenait à Grenoble (en fait à Saint-Martin-d'Hères), du 26 au 29 août 2010, sur le campus de l'université, à l'Espace Vie Étudiante. Voilà de quoi en rajeunir certains, dont moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lieu était agréable et, contrairement à ce qu'on pourrait penser au premier abord, très bien adapté à ce genre de manifestations (surtout quand il fait beau, ce qui a été le cas). Pas trop grand, pas trop petit, bien isolé et loin de tout, de sorte qu'une fois sur place, on y reste. Pas de restaurant à proximité, donc tout le monde reste là pour les repas en commun ce qui est particulièrement bien pour discuter avec les vieilles connaissances et rencontrer les nouveaux ou moins nouveaux mais qu'on connaît peu. Car finalement, le but d'une convention, en ce qui nous concerne, c'est presque uniquement ça. Je dis “presque” car il y a quand même un programme. Celui de cette année était loin d'être chargé (mais de qualité)&amp;nbsp;de sorte que si le temps imparti était un peu dépassé on ne risquait pas de manquer la conférence suivante. Aucun déchirement entre deux sujets simultanés non plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Félicitations aux courageux organisateurs, à qui il n'a pas été épargné de subir la défection de dernière minute de certains invités. J'espère pour leur karma qu'ils avaient de bonnes raisons. Les “trous” ainsi produits ont été comblés sans que ça se voit. De toute façon, aucun problème de programme ne pourra jamais rivaliser avec le sommet atteint lors de la convention de Paris de 1988… dont je garde de très bons souvenirs (les mauvais, je les oublie rapidement).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a même eu des activités non programmées&amp;nbsp;: Raymond Milési a animé le jeu traditionnel (qui doit avoir un nom, mais il m'échappe) bien qu'il n'ait rien préparé. Il avait quand même amené les documents des années précédentes ce qui n'a manifestement gêné personne, d'autant qu'il n'y avait rien à gagner, mais juste un bon moment à passer. Je suis totalement nulle dans ces jeux et j'admire les ténors, toujours pratiquement les mêmes, qui répondent en deux millisecondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous, la convention s'est terminée avec la vente aux enchères du samedi soir, animée comme chaque année par Georges Pierru en veste rouge, gros maillet à la main. Je ne sais pas combien elle a engrangé, mais ça avait l'air pas mal. J'ai remporté deux ou trois enchères, mais hélas, j'ai raté le petit robot car j'étais dissipée et je ne l'ai pas vu passer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De retour à la maison, j'ai fait un tri (134) dans les presque quatre cents photos que j'ai prises. Elles sont visibles sur &lt;a href=&quot;http://picasaweb.google.com/quarante.deux.org/37eConventionDeSFGrenoble2010?feat=directlink&quot;&gt;Picasa&lt;/a&gt;. Si quelqu'un en veut quelques-unes dans un autre format (tiff, png) ou à une taille plus grande, il suffit de demander. Les originaux font 3734 x 2480 pixels, ce qui fait lourd en non compressé. Là elles font 1024 x 680 en jpeg. C'est bien pour l'écran mais pas terrible pour l'impression papier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je n'ai pas tout mis, si vous avez l'impression que j'ai pris des photos de vous qui n'y sont pas mais que vous aimeriez voir, il suffit aussi de demander.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Nancy Kress : Crucible</title>
    <link>http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/post/2010/08/14/Nancy-Kress%C2%A0%3A-Crucible</link>
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    <pubDate>Sat, 14 Aug 2010 15:03:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Ellen Herzfeld</dc:creator>
        <category>Lectures</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;cite&gt;Crucible&lt;/cite&gt; (paru en 2004 et non traduit à ce jour) fait suite à &lt;a href=&quot;http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/post/2010/07/04/73-nancy-kress-crossfire&quot;&gt;&lt;cite&gt;Crossfire&lt;/cite&gt;&lt;/a&gt; et se passe environ quarante ans plus tard. C'est la fête du cinquantième anniversaire de l'arrivée des colons sur Greentrees et les inquiétudes provoquées par la guerre entre les deux espèces d'extraterrestres, les Vignes et les Fourrures, sont presque oubliées. Les années passant sans l'ombre d'une menace du ciel, les grands projets de mise en place de défenses de la planète présentés à la fin de &lt;cite&gt;Crossfire&lt;/cite&gt; ont été pratiquement abandonnés. Mira City est devenue une vraie ville avec une vraie vie, des commerces, des industries, de la politique, des regroupements plus ou moins ethniques, et… forcément, des frictions entre les habitants, pour les raisons habituelles. Certains colons d'origine chinoise se sentent relégués à une position inférieure du fait qu'ils étaient au départ moins riches que les autres groupes, et ont donc moins d'influence, moins de possibilités de monter dans l'échelle sociale, ce qui aboutit à la formation d'une bande de dissidents aux agissements violents. Alex Cutler, descendante de Gail Cutler, fondatrice de la colonie, fait partie des dirigeants. Jake Holman, l'autre fondateur, est toujours vivant, mais très vieux et physiquement très affaibli, même si son cerveau est encore fidèle au poste. C'est une des caractéristiques intéressantes du livre que d'avoir un vieillard cacochyme comme protagoniste important et actif. (Nancy Kress est coutumière du fait, sa nouvelle &quot;the Erdmann nexus&quot; parue dans Asimov's, qui a gagné le prix Hugo 2009 de la meilleure novella, est aussi une histoire de vieux qui sont encore utiles à quelque chose…)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre côté, Lucy et Karim, rencontrés également dans le volume précédent, sont partis dans l'espace des années auparavant pour une mission de première importance. Ils ont une cargaison de prisonniers Fourrures qui ont été rendus inoffensifs grâce à un virus fabriqué par les Vignes. L'idée est d'attirer les méchants Fourrures de l'espace et de leur faire attraper la maladie qui leur ôtera leurs instincts sanguinaires. Mais la situation se complique quand ils sont capturés et emmenés sur la planète des Vignes où ils découvrent, autant que faire se peut, la véritable nature de ces êtres qui ne sont ni animal ni végétal et dont la science très avancée est surtout d'ordre biologique. Car ils sont tellement étranges et différents que les deux humains arrivent à peine à communiquer avec eux et ne savent même pas trop si c'est un ou plusieurs êtres ni quelles fonctions ont les parties des choses vivantes qu'ils voient. Ils se retrouvent prisonniers, nourris et soignés, mais sont plongés dans un milieu qu'ils ne comprennent absolument pas, ce qui, ajouté au silence total des lieux et à leur inactivité forcée, menace de les rendre fous. Cette partie du roman est celle que j'ai préférée. Il n'est pas courant de trouver décrites des formes de vie aussi véritablement &quot;autres&quot; qui arrivent à avoir malgré tout des interactions tout à fait crédibles avec les humains. Heureusement, le peu de communication qui s'instaure aboutit à ce que les deux jeunes gens soient ramenés sur leur planète. Les effets relativistes font que, pour les deux voyageurs, il s'est passé quelques mois, alors que sur Greentrees, leur départ remonte à près de quarante ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur Greentrees, la situation est transformée par l'arrivée,&amp;nbsp;totalement inattendu,&amp;nbsp;du vaisseau &lt;cite&gt;Crucible&amp;nbsp;&lt;/cite&gt;en provenance de la Terre, apportant une technologie bien plus avancée que celle des colons et un équipage physiquement très amélioré grâce aux manipulations génétiques. Le commandant, un certain Julian Martin, va faire son chemin rapidement car il sait organiser la défense de la cité contre une attaque qui reste toujours très possible, et sait aussi faire face aux dissidents. Il arrive très vite à se rendre indispensable et, en apparence du moins, très sympathique aux colons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et effectivement, on voit approcher d'abord un premier vaisseau extraterrestre — c'est en fait les Vignes qui ramènent Karim et Lucy —, puis un deuxième, cette fois les Fourrures sanguinaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intrigue concerne surtout Julian Martin, son comportement et sa prise progressive et insidieuse du pouvoir par des machinations très terriennes, dont les colons, retournés à une certaine innocence infantile, avaient perdu la notion. Et c'est cette partie, pourtant centrale au roman, que j'ai trouvée particulièrement pénible. Car en fait ce Julian était manifestement trop beau — au sens propre comme au figuré — pour être vrai et la description de ses agissements était bien trop transparente pour moi. Je voyais donc, sans la moindre surprise mais avec peine, les gentils colons se faire rouler dans la farine. Il faut dire que si j'ai trouvé ça difficilement supportable, c'est sans doute parce que l'auteur avait réussi à mettre en place des personnages crédibles et attachants, avec lesquels je pouvais m'identifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pseudo-Cheyennes qui, dans le premier roman, étaient partis sur un autre continent pour recréer une société tribale simple et en harmonie avec la nature, se retrouvent au premier rang à la fin du deuxième. Les Fourrures sauvages, victimes à répétition car produits au départ pour les expérimentations des Vignes qui cherchaient une arme contre les Fourrures de l'espace puis pourchassés implacablement par ces derniers, et qu'on avait peu vus de près, ont une petite place de choix à la fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, un roman solide très bien ficelé, où il n'y a quasiment pas de fils qui pendent et peu de questions importantes sans réponse. Certes, j'aurais aimé voir encore les Vignes, d'autant qu'il s'avère qu'il y en a — un ? plusieurs ? la question n'a pas nécessairement de sens avec eux — caché(s) sur Greentrees. Mais tout ce qui a été mis en place a été utilisé et la fin est une vraie fin, pas une porte grande ouverte pour un troisième volume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire que j'ai eu un grand plaisir à le lire serait un peu exagéré, sauf les parties avec les Vignes et les cinquante dernières pages. Mais c'est sans doute là une faiblesse personnelle — il ne correspondait peut-être pas à mon humeur du moment — et non un défaut du livre lui-même. Ce qui ne m'empêchera pas de lire d'autres romans de l'auteur qui reste une de mes préférées.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Nancy Kress : Crossfire</title>
    <link>http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/post/2010/07/04/73-nancy-kress-crossfire</link>
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    <pubDate>Sun, 04 Jul 2010 21:57:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Ellen Herzfeld</dc:creator>
        <category>Lectures</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;cite&gt;Crossfire&lt;/cite&gt;, premier d'une série de deux romans non traduits à ce jour, est paru en 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans quelques siècles, la situation sur Terre n'est pas brillante, et certaines personnes pensent que la seule solution pour eux, c'est de partir et de recommencer une vie ailleurs, sur une autre planète. Les technologies pour ce faire existent et quelques groupes ont déjà tenté l'aventure, mais c'est surtout les moyens économiques qui manquent sur une Terre qui sombre progressivement dans le chaos. Jake Holman, avocat et milliardaire, a créé avec Gail Cutler, membre d'une nombreuse et riche famille idéaliste, la société Mira Corp, dont le but est d'affréter un grand vaisseau spatial, et de partir fonder une colonie à une soixantaine d'années-lumière de la Terre, sur une planète susceptible de les accueillir car habitable mais non habitée. Les colons, contrairement à ce qui s'est souvent passé sur Terre, sont tous nécessairement riches, ou sponsorisés par quelqu'un qui l'est, car ils doivent apporter leur contribution financière à l'expédition. Lors du départ, ils sont au total six mille personnes formant plusieurs groupes très divers&amp;nbsp;: un prince arabe déposé avec son entourage conséquent, une soi-disant tribu Cheyenne reconstituée qui veut vivre en harmonie avec la nature, une sorte de secte, les &lt;em&gt;New Quakers&lt;/em&gt; qui prônent, entre autre, la vie simple et la communion dans le silence, une communauté de Chinois effacés et industrieux, et aussi des scientifiques, des aventuriers, etc. L'équipage, lui, est formé d'anciens militaires suisses, d'une efficacité et d'une rigueur redoutables… Chaque groupe, si ce n'est chaque personne, a sa motivation particulière pour vouloir faire ce voyage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyage qui prendra environ sept ans subjectifs alors que, sur Terre, soixante-dix ans se seront écoulés. C'est donc un départ sans espoir de retour. Quelques personnes restent éveillées pendant toute la durée, soit par choix soit par obligation, mais la grande majorité est plongée dans un sommeil cryogénique. Pendant le trajet, qui s'avère ne pas être de tout repos, on a l'occasion d'apprendre à connaître les personnages principaux, Jake et Gail, qui ont tous deux des malheurs personnels à laisser derrière eux, et aussi le docteur Shipley, vieil homme à la psychologie complexe, chef spirituel des &lt;em&gt;New Quakers, et&lt;/em&gt; qui a bien du mal avec sa fille Nan, rebelle et insupportable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arrivé sur Greentrees, tout se passe pour le mieux au début, la planète a un climat agréable, une végétation qui est soit comestible soit modifiable pour le devenir. Mais les choses se gâtent quand ils découvrent plusieurs groupes d'êtres humanoïdes primitifs alors que les sondes n'avaient trouvé personne. Ceux-ci sont bipèdes, avec une longue queue et sont recouverts de fourrure de sorte que les humains les nomment les &lt;em&gt;Furs&lt;/em&gt;, les “Fourrures”. La situation se corse quand il apparaît qu'ils ne sont pas originaires de cette planète&amp;nbsp;; ils ont donc forcément été amenés ici par quelqu'un d'autre, mais par qui et pour quelle raison&amp;nbsp;? Puis, un vaisseau arrive, et à bord il y a d'autres extraterrestres, encore plus étranges et incompréhensibles, qui ressemblent, sans en être, à des plantes, à des “vignes”. Quelque temps plus tard, un deuxième vaisseau se présente, cette fois avec des êtres identiques aux Fourrures locales, mais pas primitifs du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petit à petit, les humains se rendent compte qu'ils se trouvent en fait au milieu d'une guerre entre les deux espèces qui dure depuis des millénaires. Les Fourrures sont assez proches des Humains sur plusieurs plans&amp;nbsp;: leur biologie est basée sur l'ADN, leurs structures anatomiques s'apparentent aux nôtres et, psychologiquement, ils sont, de toute évidence, naturellement fourbes et violents. Ils tuent sans scrupule les Vignes qu'ils rencontrent et prennent des Humains prisonniers pour les obliger à servir d'espions. Les Vignes, bien plus bizarres — sont-ils même des individus distincts —, semblent, au contraire, totalement pacifiques et honnêtes&amp;nbsp;; ils répugnent à tuer même si leur vie en dépend, ils répondent avec franchise à toutes les questions que les Humains leur posent et ils n'aspirent qu'à réver silencieusement au soleil. Mais ce sont eux qui sont à l'origine des petits groupes de Fourrures primitifs trouvés sur Greentrees&amp;nbsp;: il s'agit en fait de colonies expérimentales, dans le but de rendre les Fourrures inoffensives sans avoir à les massacrer. Les deux ont des technologies très en avance par rapport aux Humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De leur côté, les Humains font face à leurs propres problèmes. Ils doivent construire et faire fonctionner une colonie, certes, mais leur tâche n'est pas simplifiée par l'existence de certains sombres secrets et par celle de gens qui ne sont pas ce qu'ils prétendaient être. Le début de relations amoureuses délicates n'aide pas non plus. Kress est tout particulièrement douée pour créer des personnages vivants et crédibles et les mettre dans des situations où ils vont devoir évoluer, changer, se dépasser, pour le plus grand bonheur du lecteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intrigue est assez complexe, sans l'être trop, et fort bien ficelée, avec des surprises et des retournements que je ne voyais pas venir. Les protagonistes humains ne sont jamais ni tout noir ni tout blanc et les extraterrestres sont tout aussi étonnants et ambigus. Même les Vignes, apparemment totalement non violentes, agissent néanmoins vis-à-vis de leurs ennemis d'une façon que certains considèrent comme absolument non éthique. Les situations ainsi mises en place permettent des questionnements philosophiques complexes, des remises en question répétées des présupposés et des préjugés de chacun, ce qui fait d'ailleurs une grande partie de l'intérêt du livre. Ce qui ne surprendra guère les lecteurs qui connaissent les autres textes de l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total, un roman riche et intéressant, de la fiction spéculative scientifique de qualité (autrement dit, de la bonne Science-Fiction…), dans une lignée néanmoins assez classique, et qui donne envie de lire la suite, &lt;cite&gt;&lt;a href=&quot;http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/post/2010/08/14/Nancy-Kress%C2%A0%3A-Crucible&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Crucible&lt;/a&gt;&lt;/cite&gt;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Jack McDevitt : The Devil's eye</title>
    <link>http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/post/2010/06/04/72-jack-mcdevitt-the-devil-s-eye</link>
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    <pubDate>Fri, 04 Jun 2010 12:18:20 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Ellen Herzfeld</dc:creator>
        <category>Lectures</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;McDevitt poursuit ici une de ses deux séries, avec le quatrième épisode des aventures d'Alex Benedict, antiquaire, archéologue, aventurier, et son assistante, Chase Kolpath, charmante jeune femme, pilote de vaisseau supraluminique de son état. J'avais bien aimé les trois précédents, &lt;a href=&quot;http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/2005/10/26/28-jack-mcdevitt-a-talent-for-war&quot;&gt;&lt;cite&gt;a Talent for war&lt;/cite&gt;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/2006/05/01/33-jack-mc-devitt-polaris&quot;&gt;&lt;cite&gt;Polaris&lt;/cite&gt;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/2006/06/25/35-jack-mcdevitt-seeker&quot;&gt;&lt;cite&gt;Seeker&lt;/cite&gt;&lt;/a&gt; qui, sans être des chefs-d'œuvre inoubliables, sont des textes de SF distrayants et sans prétention.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L'histoire de &lt;cite&gt;the Devil's eye&lt;/cite&gt; commence lorsqu'Alex, de retour sur son vaisseau après des vacances passées à Atlantis, prend connaissance d'un message peu explicite que lui a laissé Vicki Greene, romancière célèbre, spécialiste des récits d'horreur et de fantastique. Elle paraît toute retournée, dépassée par les événements, et lui demande son aide, sans aucune précision. Le message se termine par « Mon dieu, ils sont tous morts. ». Alex n'a aucune raison de donner suite, mais quand il découvre qu'elle lui a viré, sans explication, une très forte somme d'argent, il se sent obligé d'aller plus loin. Mais Greene est introuvable et Alex apprend, par le frère de celle-ci, qu'elle s'est fait faire une “extraction mnémonique”, c'est-à-dire un effacement total de la mémoire, ce qui revient en quelque sorte à un suicide, le tout étant parfaitement légal et admis. Le corps vit toujours et, après un traitement adéquat, poursuit son existence sur une nouvelle route, avec une histoire et une personnalité différentes, et tout est fait pour que personne de la vie précédente ne puisse retrouver sa trace. D'ailleurs, sa famille organise une cérémonie qui a tout d'un enterrement, malgré l'absence de cercueil.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Donc, Alex et Chase vont partir à la recherche de la raison qui a pu pousser Vicki Greene à cette extrémité. Ils apprennent qu'elle avait subi, contre sa volonté, un “bloc linéal”, procédé en principe médical utilisé uniquement pour traiter des maladies mentales sévères, qui consiste à isoler un ensemble de souvenirs de telle manière à ce que le patient ne puisse plus agir sous leur impulsion. Le résultat est que le souvenir est toujours présent, mais la personne ne peut même plus en parler. C'est cette situation qui a apparemment abouti à ce que Greene préfère le suicide psychologique plutôt que de garder la mémoire de quelque chose et de ne rien pouvoir faire à son propos.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour comprendre ce qui a bien pu se passer, ils vont retracer les pas de la romancière pendant son dernier périple, à Salud Afar, planète dans un système très isolé tout au bord de la galaxie, à plus de trente mille années-lumière, donc à un mois de voyage de l’endroit où habite Alex. Ils pensent qu'elle a certainement dû découvrir quelque chose que certains voulaient garder secret, et que ça a mal tourné. Pendant cette quête, on va visiter divers coins touristiques sur Salud Afar — tous plus ou moins orientés vers des légendes empreintes de fantastique ou d'horreur, avec des mises en scène à la Disney —, on va également apprendre plein de choses sur sa longue histoire pas toujours très rose. Après moult péripéties, et quelques épisodes où il apparaît clairement que quelqu'un en veut à leur peau, ou du moins cherche à leur faire comprendre qu'ils feraient mieux de cesser de se mêler de ce qui ne les regarde pas, Chase découvre enfin le secret sur lequel Vicki Greene était manifestement tombée elle aussi.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le mystère est donc éclairci, et nous ne sommes qu'à la page 210, sur 359… Car il se trouve que c'est en réalité un roman à tiroirs, et la deuxième partie est, pour moi, la plus substantielle, au sens propre. Salud Afar, monde comprenant plusieurs milliards d'habitants, est manifestement en danger de mort ; il n'a en fait plus que trois ans à vivre. Il serait possible de sauver une grande partie de la population, peut-être la planète elle-même, sous réserve que les politiciens arrivent à dépasser leurs petites querelles intestines, et que la guerre larvée avec les Ashiyyurs, extraterrestres déjà rencontrés dans les épisodes précédents, soit mise en veilleuse par les deux côtés, du moins temporairement. Pour ça, il faut obtenir un accord bilatéral de cesser le feu, ce qui n'est guère commode. Car les Humains et les Ashiyyurs (êtres de grande taille à l'aspect un peu insectoïde) se trouvent mutuellement abominablement répugnants, chacun ressentant une répulsion véritablement physique en présence de l'autre. De plus, les Ashiyyurs, qui ne communiquent entre eux que par télépathie, lisent avec tout autant d’aisance dans la tête des Humains, qu'ils considèrent d'ailleurs comme une espèce inférieure. Ce qui ne facilite pas la confiance mutuelle et les bonnes relations diplomatiques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Alex et Chase, qui ont déjà rencontré les extraterrestres en question et qui se sont même liés d'amitié avec certains d'entre eux, sont envoyés là-bas en ambassadeurs pour essayer d'obtenir un accord de cesser le feu, prélude possible à une paix plus durable. C'est l'occasion d'explorer les implications personnelles et politiques d'une société où il n'y a pas de secrets, où les pensées de tous sont en permanence étalées au grand jour. Pour les Humains qui ont l'habitude d'être seuls et bien isolés dans leur tête, c'est une expérience difficile et déroutante, et les règles de la politesse et de la diplomatie sont nécessairement remises en question. Avec les Ashiyyurs, c'est plutôt la sincérité qui paie, à condition que les sentiments effectifs soient les bons. Heureusement, Chase, candide, empathique et généreuse est à la hauteur. De même, McDevitt étudie les conséquences d'une répulsion viscérale engendrée par l'autre et les possibilités de la surmonter. Ces deux aspects étaient, pour moi, les parties les plus intéressantes du roman, et de loin.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les derniers chapitres comportent encore un tiroir en quelque sorte, mais je le voyais quand même venir de loin. Je n'en dis pas plus, comme ci-dessus à propos du secret, pour ne pas gâcher le plaisir du lecteur éventuel…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La fin, du moins pour l'aspect “planétaire”, est un peu rapide et on ne voit pas grand-chose du dénouement qui est présenté en quelques lignes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au total, un roman typique de McDevitt, avec de l'aventure, quelques personnages sympathiques, un peu de réflexion, mais tout de même quelques faiblesses. En particulier, la première partie est un peu trop longue à mon goût — le tourisme planétaire, ce n'est pas ce que je préfère — alors que la deuxième partie, et aussi la fin, auraient pu être un peu plus détaillées. Mais il n'y a rien là de rédhibitoire. Si vous avez aimé les précédentes aventures d'Alex et Chase, celle-ci vous fera passer aussi quelques bonnes soirées.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/post/2010/06/04/72-jack-mcdevitt-the-devil-s-eye#comment-form</comments>
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    <title>Jack McDevitt : Time travelers never die</title>
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    <pubDate>Thu, 13 May 2010 19:28:29 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Ellen Herzfeld</dc:creator>
        <category>Lectures</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Ce texte, &quot;Time travelers never die&quot; (non traduit à ce jour) a commencé sa vie en tant que novella, publiée dans &lt;cite&gt;Asimov's&lt;/cite&gt; en 1996, puis s'est transformé en roman, paru en 2009. Comme j'aime tout particulièrement les histoires de voyages dans le temps, j'ai bien sûr lu la première version à l'époque, puis me suis empressée d'acheter le roman, qui s'avère être une expansion de la nouvelle avec quand même beaucoup de changements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, le roman. C'est l'histoire de deux amis, David Dryden et Adrian Shelborne, qui se retrouvent en possession d'appareils ressemblant à des “Q-pods”, engins manifestement d'usage courant en 2018, et qui ont tout de l'iPad (oui…). Seulement ceux-ci ont été secrètement modifiés par le père d'Adrian, Michael, brillant physicien, et permettent de se déplacer comme on veut, dans l'espace, et vers l'avenir ou le passé. Celui-ci a disparu mystérieusement mais avait auparavant confié à son avocat une enveloppe à remettre à son fils s'il survenait certains événements, comme son décès ou sa disparition. Elle contient une lettre où il demande à Adrian de récupérer certains appareils dans un coffre de la Poste et, sans autre explication, lui intime de les détruire radicalement. Bien évidemment, Adrian n'en fait rien et, au contraire, essaye de comprendre à quoi ces machines un peu bizarres peuvent bien servir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois qu'il a réussi à les faire marcher et à déterminer de quoi il s'agit — il n'a pas de mode d'emploi —, il se lance, avec son ami Dave, dans la recherche du père disparu et, pendant qu'ils y sont, ils en profitent pour visiter diverses époques du passé qui intéressent l'un ou l'autre. On fait donc un tour, entre autres, dans la Grèce antique et dans l'Amérique lors de quelques moments que l'auteur a jugés signifiants de son histoire, ancienne ou plus récente. Les deux amis retrouvent, après moult difficultés, le père Shelborne, qui est coincé depuis des années dans l'Italie de la Renaissance car son appareil est tombé accidentellement dans l'eau à l'occasion d'un saut temporel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi une trame sentimentale : Dave présente Helen, dont il est secrètement amoureux, à Adrian, et les deux s'attachent rapidement l'un à l'autre, créant à plusieurs reprises des dilemmes pénibles pour le pauvre Dave, qui maintient, envers et contre tout, un comportement de parfait gentleman. Les deux compères ne vont parler à personne de leurs escapades temporelles, jusqu'à ce qu'Adrian meure, dans des circonstances étranges, dans l'incendie de sa maison. Mais, quand on voyage dans le temps, on peut réapparaître après sa mort, à condition d'être parti avant…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intrigue est assez compliquée — comme souvent dans ce genre d'histoire — mais reste, dans le contexte, parfaitement cohérente avec des personnages sympathiques, soigneusement campés et convaincants. Un thème récurrent est la visite de la bibliothèque d'Alexandrie, où ils se lient d'amitié avec le conservateur, et arrivent ainsi à récupérer des textes perdus, dont des pièces de théâtre de Sophocle. Il s'y ajoute des réflexions philosophiques intéressantes mais sans surprise pour le lecteur habitué à ce genre de chose, présentées d'une manière qui n'alourdit en rien la narration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule chose qui m'a dérangée, c'est le nombre de scènes “historiques” qui ne font guère avancer l'intrigue ; elles semblent être là uniquement pour permettre à l'auteur, dont l'intérêt pour le sujet est connu, de se faire plaisir. De plus, les deux amis participent aux événements, en faisant attention de ne pas créer de paradoxe, mais c'est quand même osé. Comme je ne connais pas grand-chose à l'histoire de l'Amérique, que ce soit celle du dix-huitième siècle ou du début du vingtième, j'ai dû assez souvent consulter Wikipédia pour comprendre ce qui se passait et en quoi l'épisode ou le personnage avait été important. Ce qui casse quand même un peu l'ambiance, mais on ne peut reprocher à l'auteur les lacunes du lecteur — et dans mon cas, il s'agit plutôt de trous béants. Curieusement, des situations similaires dans le cycle de la Compagnie de Kage Baker ne m'ont pas du tout fait le même effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;McDevitt reste toujours très délicat, si je puis dire, ce qui change franchement de Baxter, que j'ai beaucoup lu récemment. Peu de scènes violentes, et pas de gore, même quand le sujet aurait pu s'y prêter. Les protagonistes — difficile de les appeler “héros” — sont des gens très ordinaires, qui se comportent comme tel, avec leur travers, leurs qualités, leurs faiblesses. Le sort de l'humanité est rarement en jeu — ce n'est d'ailleurs pas le but de l'histoire —, moins même dans le roman que dans la nouvelle. Pas d'actions grandioses, pas de scènes cosmiques. Un récit intimiste, agréable et distrayant, où une découverte pourtant plus qu'extraordinaire est gardée soigneusement, et sans doute à juste titre, secrète, et ne sert qu'à permettre à quelques personnes — et au lecteur par procuration — de vivre une vie tout de même hors du commun.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Stephen Baxter : Resplendent</title>
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    <pubDate>Thu, 29 Apr 2010 17:39:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Ellen Herzfeld</dc:creator>
        <category>Lectures</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Le dernier volet de la série &lt;cite&gt;les Enfants de la destinée&lt;/cite&gt; (après &lt;a href=&quot;http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/2010/03/08/67-stephen-baxter-coalescence-coalescent&quot;&gt;&lt;cite&gt;Coalescence&lt;/cite&gt;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/2010/03/08/68-stephen-baxter-exultant&quot;&gt;&lt;cite&gt;Exultant&lt;/cite&gt;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/2010/04/03/69-stephen-baxter-trancendance-trancendent&quot;&gt;&lt;cite&gt;Transcendance&lt;/cite&gt;&lt;/a&gt;) est un recueil non traduit à ce jour&amp;nbsp;: &lt;cite&gt;Resplendent&lt;/cite&gt;. Sur les dix-neuf nouvelles qui le composent, seule la dernière est inédite. Les autres ont paru, entre&amp;nbsp;2000 et&amp;nbsp;2006, soit en magazines, soit dans des anthologies originales, soit en volume pour certaines novellas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À la fin du livre, on trouve une chronologie des événements des quatre tomes des &lt;cite&gt;Enfants&lt;/cite&gt; auxquels viennent s'ajouter ceux de plusieurs autres romans dans la &lt;cite&gt;Séquence Xeelee&lt;/cite&gt;, l'histoire du futur qui commence, en fait, par ordre de parution, avec la toute première nouvelle publiée de Baxter,&quot;the Xeelee flower&quot;, qui date de 1987.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Baxter avait déjà établi une chronologie dans le recueil &lt;cite&gt;Vacuum diagrams&lt;/cite&gt;, sorti en 1997, qui reprenait des nouvelles situées dans ce même univers xeelee, parfois un peu réécrites pour l'occasion. Aux quatre autres romans, &lt;cite&gt;Singularité&lt;/cite&gt; (&lt;cite&gt;Timelike Infinity&lt;/cite&gt;), &lt;cite&gt;Gravité&lt;/cite&gt; (&lt;cite&gt;Raft&lt;/cite&gt;), &lt;cite&gt;Flux&lt;/cite&gt; (à paraître au Belial’ fin 2010) et &lt;cite&gt;Ring&lt;/cite&gt; (non traduit), il faut donc encore ajouter bon nombre de textes complémentaires éparpillés dans diverses revues et anthologies. Les deux chronologies ont été fondues en une seule, avec en prime une bibliographie de l'ensemble de l'œuvre de Baxter, dans le roman &lt;cite&gt;Singularité&lt;/cite&gt; paru au Belial’ en janvier&amp;nbsp;2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, pour revenir à &lt;cite&gt;Resplendent&lt;/cite&gt;, le recueil est découpé en six parties, ou Ères (&lt;em&gt;Eras&lt;/em&gt;), regroupant des récits qui se passent plus ou moins à une même époque, ou du moins à une même période de l'histoire de l'Humanité, de façon chronologique. À la fin de chacune d'entre elles, on trouve un texte qui sert de fil conducteur sous forme d'un commentaire dont le narrateur n'est autre que Luru Parz, l'immortelle — ou plus exactement l'amortelle &lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/post/2010/04/29/70-stephen-baxter-resplendent#pnote-70-1&quot; id=&quot;rev-pnote-70-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt; — rencontrée dans &lt;cite&gt;Exultant&lt;/cite&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La première &lt;em&gt;Ère&lt;/em&gt;, dénommée &lt;cite&gt;Resurgence&lt;/cite&gt;, concerne l'occupation Qax et la période tout de suite après leur départ. Dans la première nouvelle, &lt;strong&gt;&quot;Cadre siblings&quot;&lt;/strong&gt;, on rencontre Luru Parz à vingt ans, membre d'un groupe dit les “jasofts” qui collabore avec l'occupant dans leur grande œuvre de destruction systématique et complète de la mémoire de l'Humanité. Son travail consiste à supprimer progressivement les langues terriennes, par un travail linguistique élaboré qui devrait aboutir, après plusieurs générations, à ce que les Hommes ne parlent plus qu'une seule langue artificielle créée par les Qax. Mais là, sa supérieure, Gemo Cana, va lui confier une autre mission, celle d'essayer de ramener au bercail un jeune collègue, Symat Suvin, qui a aussi été son amant. Il a quitté leurs rangs pour entrer dans une sorte de résistance contre l'occupant et risque d'être tué à l'occasion d'une incursion prévue des Qax. On découvre ainsi la situation tragique de la Terre occupée, l'existence de rébellions écrasées sans merci, de collaborateurs qui sont “achetés” avec un traitement qui empêche le vieillissement et qui les rend amortels dans le sens qu'ils ne meurent plus ni de maladie ni de vieillesse (&lt;em&gt;undying&lt;/em&gt; en V.O.) mais peuvent quand même être tués lors d'un accident ou par un acte de violence. Et surtout, on apprend que ces amortels, dont Gemo Cana, dénommés aussi pharaons, justifient leur apparente traîtrise par le fait que l'alternative à l'oblitération de la mémoire de l'Humanité serait bien pire&amp;nbsp;: la destruction pure est simple de l'espèce elle-même. Ils ont en plus la certitude qu'en acceptant la vie éternelle ils deviennent &lt;em&gt;ipso facto&lt;/em&gt; les derniers et seuls dépositaires de toutes les connaissances et souvenirs qu'ils aident par ailleurs à détruire. Ils seraient donc en fait des héros dissimulés sous les apparences de traîtres. Luru Parz se voit proposer par Gemo de rejoindre les rangs des pharaons, mais elle hésite. Après un épisode où un vaisseau Qax est détruit et où Symat se sacrifie pour la cause, elle prend sa décision et avale la pilule de longévité, ayant compris l'importance du souvenir pour donner un sens aux événements et peut-être même pour assurer la pérennité de l'espèce humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois nouvelles suivantes, &lt;strong&gt;&quot;Conurbation 2473&quot;&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;&quot;Reality dust&quot;&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;&quot;All in a blaze&quot;&lt;/strong&gt;, montrent l'Humanité dans les années qui suivent le départ des Qax (comment et pourquoi ils sont partis, l'histoire ne le dit pas, mais il est suggéré que c'est bien le fait des Humains). Le propos de l'auteur semble être de montrer que les Hommes, une fois de nouveau libres, n'ont de cesse que de s'entre-tuer. Les jasofts, anciens collaborateurs dont certains ont bénéficié du traitement contre la mort, sont obligés de s'enfuir vers les confins du système solaire pour échapper à la vindicte de la Coalition qui se retrouve au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;strong&gt;&quot;Reality dust&quot;&lt;/strong&gt;, on voit que le départ des Qax, autorité en place depuis des siècles, a abouti rapidement à un chaos total&amp;nbsp;: bagarres entre factions, aucune maintenance de l'infrastructure, le retour des maladies et de la faim. Les jasofts ont été pourchassés et souvent sommairement exécutés. Un nouveau gouvernement s'est formé, la Coalition intérimaire, qui tente de rétablir un semblant d'ordre. On y rencontre Hama Druz, jeune politicien intelligent et ambitieux chargé de retrouver les collaborateurs jasofts et de les faire passer en jugement. Dans le cadre de cette mission, il est amené à voir et à comprendre beaucoup de choses. Il a conscience que la situation des populations libérées ne s'est pas arrangée mais il sait aussi que les pharaons, les jasofts amortels, dont les crimes peuvent remonter à loin et pour lesquels il n'y a aucun témoin, aucune trace, ne seront pas faciles à manier. D'autant que ces gens sont en fait très utiles, car ce sont les seuls qui savent comment administrer une planète, comme faire fonctionner un monde. Hama et Nomi, une femme officier dans la nouvelle Armée verte, doivent partir pour Callisto, la lune de Jupiter, pour accomplir leur mission et retrouver les jasofts qui se sont réfugiés dans une base scientifique dont s'occupait un certain Reth Cana. Avant son départ, il reçoit la visite d'une femme, Gemo Cana avec sa fille. Il s'avère que Gemo est une amortelle qui avait un poste élevé du temps des Qax (c'est elle qui a donné la pilule de longévité à Luru Parz dans la première nouvelle) — donc, c'est une criminelle — et que sa fille, Sarfi, est en fait une Virtuelle, dont la source est dans la tête de la mère. Gemo arrive à convaincre Hama de l'emmener avec lui sur Callisto, car sinon elle sera tuée par la coalition, ce qui implique la mort de sa fille virtuelle, qui n'a rien fait de mal. La situation de Sarfi et ses interactions avec sa mère sont, tout au long de la nouvelle, le sujet de plusieurs scènes parfois pénibles et, jusqu’au bout, j’ai eu du mal à bien saisir la véritable nature de leur relation. Hama, Nomi, Gemo et Sarfi quittent la Terre alors qu'il y a une échauffourée entre deux factions, et qu'un &lt;em&gt;Nightfighter&lt;/em&gt; Xeelee arrive sans raison apparente. Arrivés sur Callisto, ils sont reçus par Reth Cana, qui est en fait le frère de Gemo. La notion de tels liens familiaux, mère et fille, frère et sœur, est profondément étrangère au mode de pensée inculqué par les Qax, et que Hama a, malgré lui, totalement intégré. Reth, personnage tout particulièrement désagréable, explique que ses recherches concernent la nature même de la réalité, et se propose de présenter ses travaux à Hama, qui est, entre autres, venu pour voir s'il y avait dans tout ça quelque chose d'utile à sauver pour l'Humanité de la Coalition. Ils vont donc visiter une sorte de laboratoire sous-terrain où Reth montre qu'il a découvert une forme de vie très particulière, propre à cette lune. C'est l'occasion d'explications byzantines sur la véritable nature de l'univers selon Reth. Je vous les épargne. Il suffit de savoir que les formes de vie de Callisto ont évolué, du fait de leurs circonstances peu favorables, d'une manière qui leur a permis d'atteindre d'autres dimensions de la réalité, dont un lieu dénommé &quot;&lt;em&gt;configuration space&lt;/em&gt;&quot;, et on nous laisse même entendre que c'est cet endroit que Platon lui-même avait entrevu. Entre-temps, Nomi a pu constater que si Reth Cana est apparemment tout seul sur Callisto, alors qu'il devrait y avoir pas mal d'autres pharaons avec lui, c'est tout simplement parce qu'il les a tués, tous. Reth, lui, estime en fait les avoir envoyés, apparemment avec leur consentement, par le chemin ouvert par les bestioles locales vers un monde meilleur dans la &lt;em&gt;configuration space&lt;/em&gt;. C'est d'ailleurs là qu'il s'évertue à envoyer Gemo — ce qui, au passage aura comme conséquence inévitable de tuer Sarfi — alors même que le Xeelee qui est dans le coin arrive vers eux. Pour Nomi et Hama, si l'autre univers existe concrètement, il représente essentiellement un moyen pour les pharaons d'échapper à la justice. Et de toute façon, pour eux, selon toute apparence, Gemo est tout simplement morte pendant l'opération. Reth ne tarde pas à la suivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parallèlement, on découvre un univers manifestement virtuel, fait de “poussière de réalité”, où des gens apparaissent — naissent — et vivent dans une sorte de forêt près d'une plage où la mer est constituée d'une substance noire (représentation des Xeelee&amp;nbsp;? de l'entropie&amp;nbsp;?) qui dissout les gens, entièrement ou en partie. On suit une nouvelle venue, qui pense se nommer Callisto et qui perd une main à cause du liquide noir dès les premières minutes dans ce monde. Elle explore ce lieu étrange, sans temps, sans mémoire, où elle est arrivée sans savoir ni comment ni pourquoi. Elle y rencontre des gens qui errent sans but particulier et aussi un être terrifiant, qui semble avoir été jadis humain, qu'elle va combattre et détruire. On comprend à la fin que Callisto, c'est en fait Gemo, arrivée effectivement dans l'univers promis par Reth, ce dont on se doutait déjà un peu, univers qui ne présente qu'un intérêt très moyen vu qu'on y perd tout souvenir et qu'on n'est donc en rien la même personne que celle qu’on était avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hama a finalement plus ou moins cru aux élucubrations de Reth Cana et, resté sur Callisto avec Nomi, il comprend que si le Xeelee est venu dans le coin, c'est à cause des recherches de Cana et de sa découverte des formes de vie dont les pouvoirs particuliers les inquiètent. À juste titre d'ailleurs car, à la fin, sans doute pour sauver leur lieu de vie, les bestioles font carrément bouger Callisto en entier juste la distance nécessaire pour engloutir le Xeelee qui approche. Fallait le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant tout ce périple, Hama Druz a beaucoup réfléchi et a pu mûrir sa doctrine qui va guider la politique de l'Humanité pendant des milliers d'années, en particulier pendant les événements d'&lt;cite&gt;Exultant&lt;/cite&gt;. Son idée est que l'Humanité ne doit avoir qu'un seul objectif&amp;nbsp;: survivre et s'étendre à travers toute la galaxie, que seule l'espèce compte, l'individu n'étant rien, en dehors d'un moyen vers le but collectif. Apparemment l'idée avait du bon, car la troisième expansion — tout antipathique qu'elle peut paraître — ne rencontrera que peu de résistance et maintiendra les Hommes unis, ce qui n’est pas un mince exploit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&quot;Reality dust&quot; est une novella très complexe — je dirais même parfois confuse, tellement il y a de notions extraordinaires évoquées, sans être toujours développées suffisamment. Par certains côtés elle se rapproche de certains textes de Greg Egan où il explore la nature de la réalité, en particulier dans &quot;Poussière&quot;, parue dans le recueil &lt;cite&gt;Océanique&lt;/cite&gt; et dans &lt;a href=&quot;http://www.quarante-deux.org/exliibris/00/9b/78/dd.html&quot;&gt;&lt;cite&gt;la Cité des Permutants&lt;/cite&gt;&lt;/a&gt;, et aussi, par certains aspects, &lt;cite&gt;les Tapis de Wang&lt;/cite&gt;. Mais, comme souvent dans Baxter, et peut-être plus dans ses nouvelles que dans ses romans, il semble aller trop vite, vouloir tasser trop d'idées dans un espace trop petit pour elles. Mais bon, on ne s’ennuie pas au moins, même si on reste parfois sur sa faim, surtout sur le plan de la profondeur des personnages et de la cohérence de leurs motivations et de leur comportement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dernière nouvelle de cette première partie, &lt;strong&gt;&quot;All in a blaze&quot;&lt;/strong&gt;, nous montre que les amortels, génétiquement modifiés par les Qax, sont devenus illégaux. Ils ont été soit éliminés, soit “soignés” pour redevenir “normaux” et pouvoir s'intégrer dans la société. Mais ce nettoyage génétique n'a pas complètement éradiqué la “tare” de sorte que, de temps en temps, un enfant se retrouve affecté de l'anomalie honnie. C'est le cas de Faya Parz qui ne prend vraiment conscience de sa particularité qu'à quarante ans passés, alors que les gens de sa génération vieillissent et elle non. Luru Parz, qui doit surveiller tout ça de loin, vient la trouver et lui explique le rôle à long terme des amortels et le fait que si elle fait le choix de les rejoindre, plutôt que d'accepter le “traitement” proposé par le gouvernement, il va falloir qu'elle se cache, car il n'y a pas de place pour eux dans le monde de la Coalition.&lt;/p&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;p&gt;La deuxième Ère, &lt;cite&gt;the War with the Ghosts&lt;/cite&gt;, concerne la rencontre avec une espèce étrange, les Fantômes d'argent (&lt;em&gt;Silver Ghosts&lt;/em&gt;) dont on a pu avoir un petit aperçu dans &lt;cite&gt;Exultant&lt;/cite&gt;. C'est une espèce qui a dû se modifier très radicalement pour survivre lorsque leur soleil leur a fait faux bond — ils sont donc enveloppés d'une sorte de peau intelligente et surtout parfaitement réfléchissante, un miroir vivant qui les isole de l'extérieur et leur permet de supporter des environnements extrêmes. Et qui les rend aussi très difficiles à voir, d'où leur nom. Ils s'intéressent essentiellement à la connaissance intime de la matière et de l'univers et aux méthodes pour manipuler tout ça.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La première nouvelle, &lt;strong&gt;&quot;Silver Ghost&quot;&lt;/strong&gt;, raconte le premier contact avec eux, où une adolescente se retrouve perdue à la surface d'une planète gelée et hostile que les Humains viennent d'aborder dans un but de colonisation et où elle rencontre un être étrange qu'elle arrive à peine à discerner visuellement. Elle apprend donc qu'ils sont sur place depuis longtemps, essentiellement pour poursuivre leurs recherches et leurs expériences scientifiques, et les événements nous montrent qu'ils sont plutôt sympas, ou du moins n'ont pas de visées expansionnistes comme les Hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la deuxième, &lt;strong&gt;&quot;the Cold sink&quot;&lt;/strong&gt;, on rencontre Jack Raoul, qui a consacré sa vie à maintenir la paix entre les Humains et les Fantômes d'argent. Pour ce faire, il a même dû sacrifier son humanité et se faire transformer plus ou moins en Fantôme lui-même. Mais les circonstances politiques changent et le voilà tombé en disgrâce car le moment n'est plus à faire copain copain avec des gens qui, finalement, ne font que gêner l'expansion de l'espèce humaine dans la galaxie. La Coalition ne rigole pas quand quelqu'un ne lui plaît plus et Jack Raoul est manifestement condamné à mort. La nouvelle suit en parallèle son exécution bizarre et la tentative tout aussi étrange pour le sauver que monte un de ses amis parmi les extraterrestres. Comme à son habitude, Baxter nous montre des univers fabuleux basés sur des spéculations bien réelles et actuelles, tout en faisant un commentaire très peu flatteur sur une Humanité qu'il dépeint — avec une grande lucidité, à mon avis — comme vraiment pas très fréquentable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&quot;On the Orion line&quot;&lt;/strong&gt; raconte un épisode de la guerre avec les Fantômes d'argent. Un vaisseau de la flotte humaine prend en chasse un vaisseau ennemi, qu'il percute au moment même où ils pénètrent ensemble à l'intérieur d'une sorte de forteresse construite autour d'une étoile. Le point de vue est celui d'un jeune soldat, un des quatre survivants de l'attaque. Ils vont essayer de comprendre où ils sont et comment en sortir, ce qui est l'occasion de mieux cerner la philosophie de la Coalition, quasi-caricature de notre monde actuel, avec sa frénésie de croissance économique à tout prix, au mépris des vies et des écosystèmes ruinés. Mais les Humains sont si bien conditionnés — dans l'histoire de Baxter, comme dans notre monde — à considérer que l'expansion — la croissance — est indispensable à la survie de l'espèce, notion qui prime tout, que toute réflexion éthique est vite calmée. De ce fait, les Fantômes, par nature non agressifs, semblent bien mal partis, malgré leur science très avancée. Pourtant, en dépit de leurs actions objectivement peu reluisantes — mais c'est la guerre —, les personnages humains sont sympathiques dans leur abnégation et leur dévotion à leur devoir car on sent qu'ils sont autant victimes que leurs opposants d'une l'idéologie puissante qui balaie tout devant elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&quot;Ghost wars&quot;&lt;/strong&gt; se passe quelques siècles plus tard, alors que la guerre se poursuit implacablement. La “ligne Orion”, qui prétendait barrer les Humains de toute approche de la zone galactique que les Fantômes d'argent considèrent comme la leur, est tombée et les Hommes se sont mis à installer des colonies au cœur du territoire ennemi. (Toute ressemblance avec des événements réels est strictement… voulue, je suppose.) Cette fois encore on suit un petit groupe de soldats à bord d'un vaisseau de guerre de la flotte Aleph, élite de l'armée. Ils sont venus protéger l'évacuation d'une colonie après que leur planète a été attaquée par une nouvelle arme des Fantômes. En fait, il n'y a pas qu'une nouvelle arme, mais aussi de nouvelles tactiques et même de nouvelles formes de l'espèce des Fantômes, sous la houlette d'un nouveau dirigeant, connu sous le nom de Fantôme noir. En fait, il apparaît que certains individus de l'espèce ennemie, sous la pression de forces évolutives Darwiniennes, acquièrent des “qualités” guerrières auparavant apanage des Humains. Toute leur science, et elle est vraiment formidable, qui avait pour objet de transformer l'univers et de corriger ce que les Fantômes considéraient comme des défauts de conception, pourrait donc d'être utilisée à des fins moins nobles avec le risque d'aboutir à la destruction de la galaxie. Mais, dans ce cas de figure, il ne restera plus rien pour les vainqueurs éventuels. Pour éviter cette fin inacceptable, une faction désire se débarrasser du nouveau chef et envoi un émissaire, un Intégumentaire (&lt;em&gt;Integumentary)&lt;/em&gt;, demander l'aide des Humains pour ce faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au passage, Baxter décrit la haine viscérale que ressentent certains soldats, convaincus que l'ennemi a été la cause de la destruction de leur planète (ou dans ce cas d'un mode vie un peu nomade dans l'espace), alors qu'en fait l'origine véritable de la situation en question vient du comportement odieux de la Coalition et des visées expansionnistes de l'Humanité. Une critique très peu déguisée du comportement du monde occidental vis-à-vis de nombreuses cultures “autres” sur notre petite Terre. Et, comme souvent, la nature humaine n'en sort pas grandie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ça se passe entre les étoiles, lors de voyages supraluminiques (en passant par quelques dimensions supérieures) entre les bras galactiques, et Baxter arrive à dépeindre cette immensité de façon convaincante et, qui plus est, apparemment aussi conforme que possible dans ce contexte aux données actuelles de l'astronomie. Il décrit, par exemple, l'évolution d'un système binaire en quelques mots parfaitement suffisants pour que le lecteur le visualise comme s'il y était… ou est-ce simplement que j'ai l'habitude de ces contrées&amp;nbsp;? On rencontre aussi des êtres singulièrement étranges, des symbiotes qui se désagrègent et se reforment perpétuellement, dont les morceaux sont plus ou moins indépendants — on voit un “muscle” se détacher et remonter à la surface de l'être pour respirer un peu — mais suffisamment intégrés et coordonnés pour former un individu avec lequel les soldats peuvent communiquer. On suit la mission d'infiltration des quatre militaires jusque dans la forteresse du Fantôme noir, personnage décrit comme tout particulièrement arrogant avec une tendance à penser comme un Humain (ce qui n'est pas flatteur du tout de la part de Baxter) et on apprend au passage des choses peu reluisantes sur le passé de son espèce, qui expliquent en partie la traîtrise de la faction qui a envoyé l'Intégumentaire. Manifestement, les Fantômes ont une éthique assez incompréhensible pour les Humains, mais qui arrange bien ces derniers&amp;nbsp;: ils préfèrent la disparition de leur espèce à la destruction de la galaxie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxième Ère se termine avec &lt;strong&gt;&quot;The Ghost pit&quot;&lt;/strong&gt;, qui se passe deux mille ans après la première rencontre décrite dans &quot;Silver Ghost&quot;. La victoire de l'Homme est complète et il ne persiste que quelques enclaves par-ci par-là où les Fantômes d'argent se terrent et où ils sont chassés pour leur “peau” qui prend de la valeur au fur et à mesure que leur nombre se réduit. Deux chasseurs se sont associés pour être les premiers dans un système où il y aurait encore du gibier. L'un, L'Eesh, est un vénérable ancien de soixante ans, arrogant et sûr de sa supériorité, l'autre, Raida, une jeune fille d'une vingtaine d'années. Sa mère, que L'Eesh a connue, exerçait la même profession, et elle lui a appris à tuer des Fantômes depuis son plus jeune âge. Même quand ils échouent sur une lune leur vaisseau détruit, ils ne pensent qu'à leurs petites affaires, au risque d'y laisser leur peau. Une nouvelle courte et peu réjouissante, où une fois encore les œuvres de l'Homme sont décrites comme détestables. Je commence à être convaincue…&lt;/p&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;p&gt;La troisième Ère, &lt;cite&gt;Assimilation&lt;/cite&gt;, ouvre avec &lt;strong&gt;&quot;Lakes of light&quot;&lt;/strong&gt;, deux mille cinq cents ans plus tard. La troisième expansion se poursuit sans encombre. Toutes les ressources de toutes les conquêtes ne servent qu'à aller encore plus loin en direction du centre de la galaxie, où il reste quand même l'ennemi final, les puissants Xeelee. En route, toutes les civilisations et espèces non humaines sont “assimilées” — il existe d'ailleurs une agence consacrée à cette fonction —, toutes les anciennes colonies humaines datant de périodes avant la troisième expansion sont réintégrées dans le bercail, où elles doivent se soumettre aux lois et à l'idéologie de la Coalition. Cette action est menée par des “missionnaires”, comme la jeune Pala qui vient d'être admise dans leurs rangs. Elle part, accompagnée uniquement par son mentor, Dano, projection virtuelle d'un implant dans son cerveau, pour accueillir au sein de la Coalition un reste de la deuxième expansion découverte dans des conditions inhabituelles. Ces Humains habitent à la surface d'une gigantesque sphère étanche qui entoure complètement une étoile à seulement mille kilomètres au-dessus de la photosphère. De petites zones où la sphère n'est pas totalement opaque laissent passer une minime partie de la lumière et de la chaleur sous-jacente, ce qui a permis l'installation depuis cinq mille ans de petites colonies d'agriculteurs qui vivent sous des dômes et utilisent les matériaux fournis par des comètes qui tombent obligeamment aux alentours. Pala et Dano se présentent donc au village où ils sont accueillis par des représentants des colons, Sool et Bicansa. Sool est un vieil homme, tout à fait humain, qui mène une vie pastorale en opposition totale avec les valeurs expansionnistes de la Coalition. Bicansa est la projection virtuelle de l'émissaire d'un autre village situé plus loin. Les colons craignent à juste titre de perdre leur mode de vie et Pala cherche, d'un côté, à comprendre la vraie nature de cette sphère bizarre et ce qui s'y passe vraiment et, d'un autre, comment conserver la chèvre et le chou, c'est-à-dire remplir sa mission tout en sauvegardant les colons pour lesquels elle ressent, de façon politiquement peu correcte, de la sympathie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bizarrement, cette nouvelle, qui a été reprise dans le &lt;cite&gt;Year's Best SF 11&lt;/cite&gt; de Hartwell et Cramer, n'est pas aussi noire que d'habitude. Pala comprend les colons et veut les aider&amp;nbsp;; Dano, censé être le garant de sa conduite, accepte de la soutenir devant la hiérarchie. Ça devait être un bon jour pour Baxter quand il l'a écrite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinq cents années plus tard et nous voici, avec &lt;strong&gt;&quot;Breeding ground&quot;&lt;/strong&gt;, de nouveau en pleine bataille spatiale. Mari est artilleur sur un vaisseau de guerre particulier, un Spline, espèce de baleine géante issue à l'origine d'une planète aquatique mais maintenant adaptée à la navigation dans le vide intersidéral. La flotte est en train de détruire un immense et très ancien artefact extraterrestre qu'ils appellent le “flocon de neige” (&lt;em&gt;Snowflake&lt;/em&gt;), découvert sur le chemin de la conquête. Comme à leur habitude, l'idée est d'assimiler ce qui semble utile et de détruire tout le reste. Alors que l'affaire va bon train, un événement inattendu endommage une partie du Spline où se trouve Mari et, après une phase de panique initiale, il ne reste que six personnes de vivantes sur ce vaisseau, Mari, Jarn, un sous-lieutenant spécialisé dans des communications, le lieutenant Mace, Kapur, un civil, académicien spécialiste de l'artefact en question, et deux simples matelots, grassouillets et peureux, issus de la même “couvée”, frères et amants en même temps. Le groupe n'a d'autre solution que de se diriger vers le centre du Spline, à la recherche de provisions pour pouvoir survivre en attendant d'être secouru. Ils se rendent compte que celui-ci a pris le large et se déplace vers un endroit inconnu qui s'avère être sa planète natale. C'est un lieu où ils se retrouvent pour s'accoupler et pour se ressourcer et, dans le cas présent, panser leurs blessures. Le fait que ses coordonnés ne soient pas, jusqu'à présent, connus des Hommes est une des raisons qui font que les Splines gardent encore un semblant d'indépendance. Le trajet à travers les entrailles de la bête immense est l'occasion pour les personnages d'apprendre à se connaître, et pour Mari de se poser des questions et d'évoluer, de se distancer du conditionnement sévère qui lui a ôté une bonne partie de son humanité. Mais tous, malgré un début, pour quelques-uns, de prise de conscience de l'éthique discutable des objectifs de la Coalition, restent fidèles à la seule mission qu'ils connaissent&amp;nbsp;: faire en sorte que l'Humanité contrôle toute la galaxie, les Splines inclus, en éliminant tout sur son chemin. Ce qui signifie tout faire, coûte que coûte, pour que l'information sur la planète natale des Splines parvienne au reste de la flotte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois, Baxter nous montre les Humains sous un jour peu reluisant, réduit à n'être que des boulons dans une vaste entreprise d'expansion et de conquête. Mais, dans l'épreuve, des traces de ce qu'on appelle “humanité”, dans le bon sens du terme, remontent tout de même à la surface, du moins dans les rapports des Humains entre eux. Malheureusement, il n'y a pas la moindre lueur d'espoir pour ce qui n'est pas humain. Finalement, ça ressemble beaucoup à chez nous tout ça.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&quot;The Dreaming mould&quot;&lt;/strong&gt; (littéralement, &quot;la moisissure qui rêve&quot;) se passe deux mille ans plus tard, sur une planète vouée à la destruction pour que les Hommes puissent récupérer ses matières premières, et ce malgré la présence de colons humains datant de l'époque des Qax, soit depuis plusieurs milliers d'années. La seule chose qui peut la sauver, c'est la découverte de vie indigène intelligente, et les colons prétendent que c'est bien le cas. Une navette est donc envoyée pour voir, avec à bord un très jeune pilote, un — ou plutôt une — commissaire, Xera, xenoculturaliste de son état, et Kard, militaire borné totalement caricatural. Xera a pour mission de vérifier les dires des colons. Mais la navette s'écrase du fait de la rébellion des Squeemes, une espèce d'extraterrestres de type aquatique qui gardent un lien télépathique entre eux, “assimilée” par les Humains à des fins de télécommunications. Le pilote est gravement blessé et les deux autres passagers doivent donc essayer d'atteindre une base militaire tout en cherchant à déterminer s'il y a ou non une vie indigène répondant aux critères nécessaires pour assurer la conservation de la planète. Près de leur lieu d'atterrissage, ils rencontrent un enfant, Tomm, qui connaît bien les êtres indigènes en question, en apparence de simples moisissures. Il a manifestement eu de nombreux contacts avec eux, contacts qui entraînent une expérience proche de celles provoquées par les plantes hallucinogènes, avec une sorte de conscience cosmique et une perte du sens de l'écoulement du temps. Tomm sait que ces êtres sont conscients, qu'ils ont été jadis capables de circuler entre les étoiles et qu'ils ont délibérément choisi leur condition actuelle, libérée des contraintes et en particulier de celle du temps. Xera a une attitude scientifique normale, elle garde l'esprit ouvert et cherche à comprendre, à apprendre, alors que Kard n'a de cesse que de quitter ce trou perdu pour retourner à des activités plus saines, comme détruire et conquérir…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Baxter enfonce le clou ici de façon un peu trop grossière à mon goût, à la limite du grotesque. Kard pense avec un romantisme qui lui est propre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Y a-t-il spectacle plus beau que celui de la lumière d'un briseur d'étoiles qui brille à travers les décombres d'une planète&amp;nbsp;?&amp;nbsp;». Le briseur d'étoile (&lt;em&gt;starbreaker&lt;/em&gt;) étant la technologie d'origine extraterrestre qui sert aux uns et aux autres, à travers toute l'histoire du futur de Baxter, pour tout démolir. Plus loin, il dit à Xera, en parlant de l'amas globulaire contenant un million d'étoiles où ils sont&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Il n'y a que quarante ans que nous sommes ici. Et nous les aurons toutes traitées, toutes ces jolies lumières dans le ciel, d'ici cinquante ou soixante ans. Qu'est ce que vous pensez de ça&amp;nbsp;?&amp;nbsp;». En sachant que &quot;traitées&quot; signifie essentiellement piller et détruire. D'ailleurs, à la fin, Luru Parz, dont les commentaires servent de fils reliant une nouvelle à l'autre, précise, si besoin était, qu'elle a plus de sympathie pour l'attitude de Xera que pour celle de Kard, mais c'est bien cette dernière qui va prévaloir, comme souvent lorsque de grandes forces entrent en jeu. La galaxie sera nettoyée, et il ne restera plus qu'un seul et dernier adversaire, une seule guerre à terminer. Encore faut-il d'abord la commencer. On comprend évidemment qu'il s'agit des Xeelees…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la dernière nouvelle de cette partie, &lt;strong&gt;&quot;the Great game&quot;&lt;/strong&gt;, on retrouve Xera et Kard, toujours en train de se disputer, deux siècles plus tard. Cette fois, à l'occasion d'une mission de sauvetage des colons sur une planète en proie à des mouvements géologiques cataclysmiques. Il s'agit en fait de trouver l'excuse qui va permettre de déclencher enfin, de façon politiquement acceptable, la guerre contre les Xeelee. Car ceux-ci, sous la forme de grands oiseaux noirs, les &lt;em&gt;Nightfighters&lt;/em&gt;, sont sur place pour des raisons inconnues. Quelles que soient leurs motivations, le fait qu'ils soient là alors que tout explose sur la planète devrait suffire pour que les politiciens et les militaires s'accordent à les rendre responsables des dégâts. Cette guerre, tant attendue, sera l'occasion de resserrer les rangs parmi les Humains qui commencent à être un peu dissipés ici ou là, qui semblent tenter d'oublier la grandiose doctrine de Hama Druz et pourraient commencer à penser que l'expansion et l'assimilation, ça suffit comme ça, que peut-être on pourrait songer à se reposer un peu, et simplement vivre une vie humaine “normale”. Le discours que tient Kard en permanence n'est qu'une caricature d'idéologie puante, appelant la guerre de ses vœux afin de purifier la race en quelque sorte. Xera, qui pense peut-être autrement, n'a ni la volonté ni les moyens de le contrecarrer. Et finalement, tout le monde, même les colons qui étaient retournés à une vie pastorale, semble trouver un certain charme, un certain attrait — un peu pervers, certes — dans la perspective d'une guerre qu'ils voient comme forcément glorieuse.&lt;/p&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;p&gt;Là, à un peu plus de la moitié du livre (page&amp;nbsp;283 sur 546), je commence à fatiguer un peu. Lire des nouvelles est bien plus difficile que lire un roman. Surtout quand c'est une infinie répétition d'actions abjectes de la part des Hommes, sans beaucoup de lueurs d'espoir d'amélioration. Finalement, c'est un peu comme regarder les actualités à la télé, ce que je ne fais pas depuis plus d'un quart de siècle, mais je me souviens très bien de ce que c'est… Malgré cela, l'ensemble reste grandiose et mérite le détour, d'autant que Baxter a le bon sens d'inclure quelques personnages attachants de temps en temps, pour ne pas dégoûter complètement le lecteur. Et la description de scènes cosmiques et/ou cataclysmiques reste extraordinaire, pleine d'explosions comme je les aime.&lt;/p&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;p&gt;L'Ère suivante, &lt;cite&gt;Resplendent&lt;/cite&gt;, comporte trois nouvelles. La première, &lt;strong&gt;&quot;the Chop line&quot;&lt;/strong&gt;, se passe huit mille ans après le début de la guerre contre les Xeelee, qui continue bon train. Elle décrit le phénomène de voyage temporel qu'on a vu dans le roman &lt;cite&gt;Exultant&lt;/cite&gt;, qui se produit du fait d'une anomalie lors d'un saut d'un point à un autre à une vitesse supraluminique. Avec le corollaire qu'on peut ramener des informations stratégiques de l'avenir, modifier les décisions militaires et changer le déroulement du conflit. Mais comme les deux côtés ont, sur ce plan, des capacités quasi identiques, la guerre a tendance à stagner, à s'enliser et finalement à se prolonger sans avantage marqué pour l’un ou l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme dans &lt;cite&gt;Exultant&lt;/cite&gt;, il y a une bataille contre les Xeelees qui tourne mal, un officier qui ne suit pas les ordres et qui, au retour à la base, se trouve projeté dans le passé, son passé, où il (ici, plutôt elle) se retrouve elle-même, plus jeune. Comme dans &lt;cite&gt;Exultant&lt;/cite&gt;, les deux versions du même personnage ressentent l'une pour l'autre des sentiments fort ambigus. Et, de même, leur action apparemment héroïque est considérée officiellement comme un grave manquement et aboutit à un procès et à une condamnation qui a comme conséquence que la version plus jeune ne deviendra jamais ce qu'a été la plus âgée, laquelle verra toute sa vie transformée en une simple possibilité qui n'a jamais eu lieu. La boucle est bouclée et on apprend que des événements qui se sont passés peuvent être annulés sans que l'univers ne s'en offusque outre mesure. Les paradoxes inévitables, les violations de la causalité ne représentent finalement que de petites imperfections dans la trame globale de l'espace-temps qui, dans son immensité, s'en accommode fort bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxième nouvelle, &lt;strong&gt;&quot;the Un-black&quot;&lt;/strong&gt;, a une ambiance plutôt étrange, en particulier par son vocabulaire. Une planète de type géante gazeuse, en orbite autour d'un soleil qui a quitté le plan galactique, héberge dans son atmosphère un poste d'observation relié par un câble géant à un astéroïde qui contient les machines de surveillance, pour guetter l'arrivée éventuelle dans le coin de Xeelees. Le poste est un habitat creux dans lequel vivent des “drones”, Humains qui ne servent qu'à assurer une sorte de système de sécurité au cas où la machinerie serait mise hors service. Ils ont été isolés du reste de l'Humanité depuis cinq mille ans et leur mode vie ainsi que leur langage s'est écarté de la droite ligne du parti — d'où la syntaxe bizarre du texte qui lui confère une ambiance d'étrangeté originale. En particulier, ils se sont mal débrouillés et ont laissé la surpopulation s'installer, de sorte que les tueries sont non seulement acceptées mais quasi obligatoires. On rencontre deux drones qui se retrouvent dans une situation où, selon les règles, l'un devrait tuer l'autre mais, au lieu de faire leur devoir, ils tombent amoureux… Deux commissaires, un ancien et un plus jeune, apparemment plus ou moins un apprenti, arrivent pour la première visite des lieux depuis mille ans. Pour réduire de façon drastique le nombre excessif des habitants, ils vont arbitrairement en condamner un sur trois à une sorte d'épreuve, une lutte fratricide d'où un sur deux seulement, le plus fort en principe, sortira vivant. Évidemment, les amoureux se retrouvent en adversaires mais dévient encore une fois du droit chemin. La fille est emmenée par un drone renégat qui vit sur l'astéroïde, et le garçon, qui a tapé dans l'œil du jeune commissaire, se retrouve enfermé avec lui dans le poste. Les deux commissaires, qui portent en eux les Squeemes, vie aquatique extraterrestre déjà vue dans d'autres textes, et sont recouverts d'une peau protectrice en provenance des Fantômes d'argent, discutent longuement de la guerre en cours, de leur état actuel d'Humains modifiés, des diverses déviations de la Doctrine… de la vie, l'univers et le reste. C'est finalement une sorte de vignette d'un moment de l'histoire humaine future, un instantané sur la guerre qui semble perdre de plus en plus son sens premier et qui commence à n'avoir comme but que de se perpétuer éternellement, permettant ainsi à l'Humanité de maintenir sa cohésion, même si personne ne sait plus trop pourquoi ça serait désirable. Une scène qui relie cet épisode au reste de la saga est celle où la fille et le vieux renégat regardent le ciel noir autour de l'astéroïde&amp;nbsp;; ils discernent vaguement au loin des motifs lumineux qui doivent, selon le vieux, dater de la naissance de l'univers… Le commentaire qui suit la nouvelle nous fait comprendre que ce qu'ils ont vu, c'est la trace des formes de vie fabuleuses formées dans les premiers instants après le Big Bang. C'est manifestement ceux qu'on a déjà vus dans &lt;cite&gt;Exultant&lt;/cite&gt;, et qui ont eu une importance toute particulière dans le déroulement des événements. Mais sans les explications finales, et sans avoir lu le roman, on peut très bien passer à côté.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dernière nouvelle de cette partie, &lt;strong&gt;&quot;Riding the rock&quot;&lt;/strong&gt;, est encore un exercice dans l'atrocité, répétitif et implacable, et à la limite du supportable, impression que j'avais déjà eue en lisant le roman &lt;a href=&quot;http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/2007/01/26/43-stephen-baxter-origin&quot;&gt;&lt;cite&gt;Origin&lt;/cite&gt;&lt;/a&gt;, dans une autre série de Baxter, il y a déjà trois ans. La Coalition a eu vent d'une sorte de religion qui semble avoir pris naissance sur le front, là où les soldats humains affrontent régulièrement les Xeelees, concentrés près du centre de la galaxie. La tactique est de lancer d'innombrables astéroïdes contre les “morceaux de sucre” de la taille d'une planète qui semblent être les vaisseaux mères des Xeelees. Les Humains disposent d'une arme qui a une certaine efficacité contre les Xeelees mais il faut s'approcher très près de la cible pour pouvoir s'en servir. Pour ce faire, les astéroïdes sont peuplés de soldats, la plupart très jeunes, qui passent leur temps avant les engagements à creuser des tranchées dans l'espoir d'avoir une minime protection lors des combats. C'est effectivement une “guerre des tranchées” qui se déroule lors des attaques, dans le style de la guerre de 14-18 en pire, compte tenu du nombre inimaginable de soldats sacrifiés lors des assauts répétés où des vagues successives d'enfants-soldats déferlent en grimpant littéralement sur les corps de leurs camarades qui viennent de tomber quelques instants plus tôt. L'histoire est racontée du point de vue d'un jeune homme, Luca, qui fait ses études pour devenir commissaire de la Terre, poste important et plein d’avenir. Il accompagne un aîné pour enquêter sur cette religion qui n'est pas politiquement acceptable dans le cadre strict de la Doctrine qui garantit depuis des millénaires la cohésion de l'Humanité face aux Xeelees. C'est de nouveau une explication détaillée du pourquoi et du comment de cette Doctrine, qui place la survie de l'espèce au-dessus de toute autre considération de quelque nature que ce soit. En effet, à quoi servirait la compassion, la guerre “propre”, si elle aboutit à la disparition de l'Homme. Car les Xeelees, avec lesquels il n'y a jamais eu la moindre communication, ne se manifestent que lorsque les Humains, qu'ils traitent comme une simple vermine, les dérangent. La seule riposte envisageable est de se comporter en vermine, et de les attaquer, non pas à armes égales — ce qui n'est pas possible — mais comme des rats qui vont les affaiblir uniquement grâce au nombre et à la ténacité des attaquants, au mépris total des pertes compensées par une reproduction effrénée. La fin de la nouvelle nous apprend que les événements qui suivent sont ceux décrits dans le roman &lt;cite&gt;Exultant&lt;/cite&gt;, et on sait que leur aboutissement est le départ des Xeelees de la galaxie. Ils ne sont pas conquis, ce n'est pas une vraie défaite, mais seulement un départ stratégique pour éviter une catastrophe cosmique encore plus terrible. En attendant, la galaxie sera entièrement abandonnée aux Humains, qui devront trouver quoi en faire. L'éducation du novice Luca est dure et il y laisse presque sa peau. On se demande d'ailleurs comment il arrive à être le seul survivant de la confrontation, alors qu'il se trouvait très proche d'un &lt;em&gt;Nightfighter&lt;/em&gt; Xeelee qui détruisait tout sur son passage. C'est encore un exemple de situation un peu trop artificielle — et facile — qu'affectionne Baxter pour faire avancer son intrigue dans le sens voulu, au mépris de la vraisemblance même romanesque. Il y a certes de la réflexion sur l'éthique de tout ça, mais à la fin, il m'a été impossible de déterminer la position effective de Baxter, à supposer qu'il soit légitime de vouloir la trouver dans sa fiction. Quelque part, j'ai l'impression qu'il se complaît à présenter le comportement totalement abominable des Humains comme étant quasi inévitable. On n'échappe pas à ce que la fin justifie les moyens. Pour moi, ça reste finalement très ambigu et, peut-être, est-ce justement ça qui est voulu par l'auteur. Encore une fois, comme &quot;the Chop line&quot;, cette nouvelle semble être un premier jet pour un épisode très semblable dans le roman &lt;cite&gt;Exultant&lt;/cite&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;p&gt;La cinquième Ère, &lt;cite&gt;the Shadow of Empire&lt;/cite&gt;, débute avec la novella &lt;strong&gt;&quot;Mayflower II&quot;&lt;/strong&gt; que j'avais déjà lue dans l'édition en volume paru chez PS Publishing en 2004. C'est une excellente nouvelle sur tous les plans et la noirceur et la violence habituelle de Baxter sont même quelque peu atténuées ici. L'histoire commence très tôt dans la séquence, tout de suite après la déroute des Qax et la prise de pouvoir de la Coalition. Sur Port Sol, un minuscule planétoïde aux confins du système solaire, vivent cinquante mille personnes, gouvernées par cinq “pharaons” qui ont bénéficié de la technologie des Qax pour devenir amortels, en fait un ralentissement très important du vieillissement sans qu'on sache vraiment sa limite. Comme les pharaons avaient collaboré avec les Qax pendant l'occupation, la Coalition va bientôt arriver pour tout détruire sans autre forme de procès. Les pharaons organisent donc le départ de cinq vaisseaux, construits à la hâte, arches stellaires qui vont partir vers d'autres étoiles, avec à bord quelques centaines de personnes sélectionnées pour l'utilité de leurs connaissances et de leurs capacités ainsi que pour la bonne qualité de leur patrimoine génétique. Car le voyage va durer plusieurs générations et il faut mettre toutes les chances de leur côté. Une des arches, le &lt;cite&gt;Mayflower II&lt;/cite&gt;, a comme destination, non pas une étoile à quelques centaines d'années-lumière de distance comme les quatre autres, mais un lieu a vingt-quatre mille années-lumière, en dehors de la partie principale de la galaxie mère elle-même. Il faudra donc cinquante mille ans pour y parvenir. Rusel, le protagoniste qu'on suit pendant toute l'histoire, pensait en fait devoir rester sur Port Sol et y mourir avec sa bien-aimée Lora lors de l'attaque de la Coalition. Contre toute attente, il se trouve quand même nommé à bord d'un des vaisseaux. Sa vie est sauve, mais il doit abandonner Lora. De plus, le départ se fait de façon plus précipitée que prévu et pour arriver à l'heure dite et ne pas être laissé sur place il doit user de violence. Ces deux éléments vont le hanter toute sa très longue vie. Car une fois le voyage entamé, il subira, avec une poignée d'autres, le traitement de longévité. L'essentiel de la nouvelle consiste à suivre l'évolution — ou plutôt la dévolution — progressive des êtres humains isolés à bord du &lt;cite&gt;Mayflower II&lt;/cite&gt;. C'est totalement fascinant, et hélas assez vraisemblable, dans le contexte. La vision très pessimiste de Baxter à propos de la nature humaine joue à plein. Bien sûr, les Humains “éphémères” vont rapidement oublier le pourquoi et le comment du voyage, ils vont transformer les obligations de maintenance de la machinerie en rites quasi automatiques dont la signification est perdue. Mais l'Homme reste fidèle à lui-même&amp;nbsp;: il y aura des despotes, des révolutions, quelques atrocités (mais nettement moins que dans d'autres textes de l'auteur). Et aussi des transformations diverses du fait de la sélection naturelle accélérée dans cet univers clos. Rusel vit tout ça de façon de plus en plus détachée de sa condition d'Homme&amp;nbsp;; il est de plus en plus intégré au vaisseau lui-même, mais garde toujours, et sans défaillance, à l'esprit l'objectif final, qui est d'atteindre Canis Major, après cinquante mille ans. Arrive un moment où on se demande à quoi ça servira si la cargaison est réduite à un état quasi décérébré, bien incapable de coloniser même la planète la plus accueillante. Heureusement, la question ne se posera pas, car après vingt-cinq mille ans, la technologie des Hommes restés dans la galaxie mère a évolué et leurs vaisseaux voyagent maintenant plus vite que la lumière. Ils ont donc pu rattraper le &lt;cite&gt;Mayflower II&lt;/cite&gt; qui n'a, dans ce temps, parcouru que treize mille années lumières, soit la moitié de son chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai trouvé que deux défauts à cette excellente nouvelle. À un moment, alors que tous les contemporains de Rusel sont morts, même ceux qui avaient subi le traitement prolongateur de vie, il fait tourner une sorte d'enregistrement très performant, un Virtuel, qui se comporte quasiment comme un être conscient. C'est quelque chose qu'on voit souvent en SF, et qu’on retrouve dans nombre de histoires de cette série, et le concept ne me dérange pas. Mais ici, j'ai trouvé que ce n'était qu'une commodité pour la narration, pour qu'il soit possible d'avoir des conversations, donc des dialogues qui allègent le texte, et non un élément bien intégré au monde en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre défaut, c'est l'idée que toute l'évolution du vivant, donc celle des Humains, n'est que la résultante d'une sorte de “volonté” de survie, coûte que coûte, des gènes. Je veux bien que quelque part ce soit peut-être vrai, mais là c'est présenté de façon un peu trop anthropomorphe, comme si les gènes “pensaient”, “agissaient” à la manière d'êtres conscients. Ce n'est jamais dit explicitement, mais le concept est souvent répété d'une façon que je trouve un peu primaire. Dans la même veine, si les transformations majeures de civilisation, de mode de vie et de langage, peuvent largement se produire, et même à plusieurs reprises, dans le temps indiqué, les modifications physiques, certaines profondes — taille, forme du crâne, démarche — me semblent un peu trop rapides pour être crédible. Mais bon, Baxter a sans doute soigneusement étudié le sujet, car il a écrit nombre de romans sur l'évolution et sur la préhistoire, et même s'il exagère un peu, la licence poétique est tout à fait permise en SF, fût-elle &lt;em&gt;hard&lt;/em&gt;. Disons que les coutures se voient parfois un peu trop. Reste que j'ai relu ce texte avec plaisir. Et ce d'autant plus que je vois maintenant comment il s'insère dans la chronologie générale de l'histoire du futur en question et que ça lui apporte une épaisseur supplémentaire indéniable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cinquième Ère ne comporte que deux longues nouvelles, la seconde étant &lt;strong&gt;&quot;Between worlds&quot;&lt;/strong&gt;, qui se passe cinq mille ans après la &quot;Mayflower II&quot;. La Coalition est tombée, ses restes se retrouvent dans une zone limitée aux environs du système solaire avec la Terre comme centre. Les vestiges de sa gloire passée persistent&amp;nbsp;; c'est l'Idéocracie. Dans la zone centrale de la galaxie, là où la guerre contre les Xeelees s'était éternisée, puis avait été gagnée, on trouve le Kardish Emporium, puissance nommée en souvenir de l'amiral Kard, vu ci-dessus dans une nouvelle de l'Ère de l'assimilation, à l’époque où le but était de déclencher ladite guerre. Entre les deux grandes puissances, il y a des myriades de petits états, qui vivent leur vie de façon plus ou moins indépendante. Et partout, on trouve les héritiers multiples d'une religion qu'on a aperçue à plusieurs reprises à travers les trois romans de la série, les amis de Wigner. Cette foi a essaimé à travers toute la galaxie et a subi de nombreux schismes, mais reste apparemment le dernier ciment entre les Hommes. L'histoire commence avec Mara et la bombe qu'elle a réussi à introduire sur le vaisseau &lt;cite&gt;Ask Politely&lt;/cite&gt; censé la transporter, avec d'autres réfugiés, jusqu'à la Terre. Elle vivait sur Greyworld, une petite planète en orbite autour d'un trou noir périphérique, très près de Chandra, le gros trou noir central. C'est une enclave Idéocrate en territoire Kardien, que l'Emporium a évacuée de force, la population étant amenée à la base 478 tenue par l'Ecclesia, une branche des Wigneriens. Mara n'est pas contente d'avoir été arrachée à son monde, et surtout de ne pas avoir pu dire au revoir à sa fille restée sur place. Elle prend donc, grâce à sa bombe, le vaisseau et ses passagers en otage et exige d'être reconduite chez elle, auprès de sa fille. Mais son monde est voué à la destruction à court terme et, de plus, les documents officiels ne contiennent aucune trace de sa supposée fille. Pour essayer de sortir de l'impasse, on amène à bord un jeune acolyte, sorte de prêtre novice, nommé Futurity's Dream. Mara fait savoir qu'elle désire causer à Michael Poole… oui, celui dont on parle depuis plus de vingt mille ans. Celui qui est maintenant vénéré plus ou moins comme un messie par les Wigneriens. Il s'avère que, bien que mort depuis longtemps, il a pu être en quelque sorte recréé sous la forme d'un Virtuel conscient qui contient tout ce qu'on sait de lui, et ce qu'on ne sait pas a été extrapolé voire inventé. Il arrive donc, et la nouvelle raconte essentiellement le voyage de Mara, Poole, Futurity's Dream et le capitaine Tahget jusqu'au centre de la galaxie. Les discussions entre les protagonistes nous éclairent sur les événements politiques des derniers millénaires, et nous montrent la version virtuelle de Poole qui apprend et qui analyse la situation qui l'entoure ainsi que la sienne propre avec une certaine verve candide, peu respectueuse des règles qu'on cherche à lui imposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte, riche en spéculations comme d'habitude, avec, entre autres, une réflexion sur le rôle de la religion dans le maintien des bases de la civilisation à travers les âges, sur l'évolution divergente de l'espèce humaine quand on ne la maintient pas dans une stase forcée, m'a quand même paru, au niveau de l'intrigue, un peu tiré par les cheveux. La brave dame avec la bombe qu'on n'arrive à aucun moment à circonvenir, le capitaine qui donne sa parole… et qui la tient, le Poole virtuel qui agit parfois un peu en guignol, le capitaine qui n'est là que pour meubler, tout ça est très artificiel, tout en restant éminemment lisible et tout à fait distrayant. À la fin, notre amie Luru Parz, fidèle au poste, nous brosse, en deux pages et demie, le tableau de l'histoire de l'Humanité sur un million d'années, c'est-à-dire sur la période qui comprend les événements du roman &lt;cite&gt;Transcendance&lt;/cite&gt; ainsi que plusieurs autres de la série Xeelee, et loin au-delà. Des épisodes qui auraient pu donner lieu à plusieurs romans sont condensés en deux ou trois paragraphes, voire moins. Cela donne l'impression de regarder un film en accéléré, en très très accéléré. Une sorte de montagne russe dont on émerge à la fin avec un certain vertige.&lt;/p&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;p&gt;La dernière nouvelle, &lt;strong&gt;&quot;the Siege of Earth&quot;&lt;/strong&gt;, est la seule inédite du recueil. Cela se passe en l'an 1&amp;nbsp;000&amp;nbsp;000 — oui, un million&amp;nbsp;; Baxter n'hésite pas —, soit après les événements catastrophiques décrits en épilogue à la nouvelle précédente. Les Hommes ont conquis la galaxie mère, ont ensuite essaimé vers d'autres galaxies et ont finalement été refoulés de partout par les Xeelees qui, pourtant, ne sont pas présentés comme foncièrement méchants, mais seulement irrités par cette vermine humaine qui l'embête depuis des millénaires. Bref, voilà l'Humanité de nouveau limitée au système solaire d'origine qui, entre-temps, a pris un coup de vieux. En effet, des êtres composés de matière sombre, les &lt;em&gt;photinos birds&lt;/em&gt;, sont en train de faire vieillir prématurément de nombreuses étoiles, dont Sol, ce qui se manifeste concrètement par son expansion en une géante rouge, ce qui serait arrivé de toute façon mais bien plus tard. De sorte que Mercure et Vénus ont déjà été englouties, la Terre est en danger et Mars est presque habitable, du moins sur une étroite bande entre la face froide et la face chaude. Symat a quatorze ans et ne veut pas passer dans les “cabines” qui sont apparues un peu partout et qui permettent d'aller vers un “univers de poche” où les problèmes cosmiques qui vont aboutir rapidement à l'extinction de l'espèce humaine n'existent pas. Il est persuadé que ce passage est équivalent à la mort, car personne n'est jamais revenu pour raconter comment c'était de l'autre côté. Il fait donc une fugue et rencontre à cette occasion un groupe d'enfants, des Virtuels, encore eux, abandonnés par leurs parents qui sont partis dans l'autre univers. Il se lie avec Mela, qui s'avère être l'instrument du Conclave, un ensemble vague d'intelligences artificielles plus ou moins omniprésentes qui se manifestent à travers elle. De retour auprès de ses parents, ceux-ci acceptent d'accueillir Mela mais cherchent toujours à convaincre Symat de partir avec eux. Mela annonce qu'il y a une autre solution et, en parlant au nom du Conclave, fait savoir qu'il y a quelqu'un qui désire rencontrer Symat. Pour cela, cependant, il faut quitter Mars pour une destination lointaine. Le lieu, c'est évidemment Port Sol, où se trouvent les quelques centaines d'amortels qui restent, maintenant appelés les Ascendants, et c'est bien sûr la plus vieille, celle qui porte le numéro un, notre commentatrice depuis le début, Luru Parz, qui veut voir Symat. On apprend que c'est elle qui a manipulé les mariages depuis des générations pour que soit produit enfin un enfant aussi semblable aux Humains d'origine que possible. Et ceci afin qu'il soit reconnu et obéi par un vaste système de protection ultime de la planète Terre, les Gardiens, mis en place autour de Saturne par les Ascendants à travers des millénaires. La Terre elle-même a été déplacée de son orbite — un travail qui a duré des millénaires aussi — pour arriver dans les environs de Saturne. Tout ça pour réaliser une action finale épique qui devrait, en quelque sorte, sauver la Terre et ses habitants de la destruction, que ce soit par les Xeelees ou par l'explosion du Soleil, mais en la transformant en quelque chose d'autre, un artefact pas tout à fait comme un trou noir mais presque, avec deux corollaires. L'un que, pour l'univers normal, la Terre sera morte, comme le sera Symat d'ailleurs, et l'autre que, dans l'endroit où elle va se retrouver, il n'y aura aucune issue. L'Humanité s'échappe en s'emprisonnant. Heureusement, une petite manip de dernière minute permet à Mela de s'arranger pour que Symat soit transformé en Virtuel et puisse rester avec elle. Il ne reste que Luru Parz, qui repense au moment où, dans la première nouvelle, elle accepte d'avaler la pilule qui lui aura permis de vivre tout ce temps et de faire ce qu'elle a fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette nouvelle a un côté “texte pour la jeunesse“ du fait de tous ces jeunes protagonistes à des postes clés, dont un, même pas très dégourdi, qui va plus ou moins sauver le monde. Mais elle serait à mon sens tout à fait incompréhensible pour quelqu'un qui n'a pas lu une bonne partie des autres textes auparavant. En elle-même, elle est plutôt lourdingue avec une succession d'événements pas très détaillés — et pas toujours très clairs d'ailleurs —, les personnages n'ont pas trop le temps d'être bien développés tellement il y a d'actions planétaires et cosmiques à mettre en place. L'objectif de l'auteur semble être d'arriver au bout, de présenter une forme de conclusion, mais elle est loin de tout expliquer.&lt;/p&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;p&gt;Globalement, j'ai eu l'impression, en lisant &lt;cite&gt;Transcendance&lt;/cite&gt; et cette dernière nouvelle, les deux textes les plus récents (dans l'ordre d'écriture, ou du moins de parution) dans la &lt;cite&gt;Séquence Xeelee&lt;/cite&gt;, que Baxter en avait marre, et cherchait à la terminer une fois pour toutes. La chronologie à la fin du volume rappelle quand même que tout n'est pas fini à la fin du recueil, car, après les événements de l'an un million, il se passe encore des choses en l'an cinq millions. Heureusement pour l'auteur, il les a racontés depuis longtemps. C'est le roman &lt;cite&gt;Ring&lt;/cite&gt; publié en 1993.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgré l'écriture à la va-vite, les lourdeurs, les escamotages et les quelques tours de passe-passe charabiaesques pour les besoins de la cause, le tout est, comme on dit, plus grand que l'ensemble de ses parties. C'est quand même une vision spéculative extraordinaire sur le devenir de l'Humanité, certes terriblement violente et en grande partie malfaisante, mais grandiose néanmoins. Et, c'est pour le lecteur qui apprécie ce type de texte, un périple indéniablement prennant et distrayant.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;footnotes&quot;&gt;&lt;h4&gt;Notes&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/post/2010/04/29/70-stephen-baxter-resplendent#rev-pnote-70-1&quot; id=&quot;pnote-70-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Pour rendre mon texte plus lisible, il m'arrive de traduire ici des termes sans toujours savoir si, pour les parutions en français, cela correspond à la formulation choisie par le traducteur. Il se peut donc qu'il y ait des différences, sans que cela signifie aucunement que j'estime que le traducteur a fait un mauvais choix. Simplement, je n'ai pas envie de feuilleter trois gros pavés uniquement pour assurer la cohérence de quelques mots.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Stephen Baxter : Trancendance (Trancendent)</title>
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    <pubDate>Sat, 03 Apr 2010 17:28:08 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Ellen Herzfeld</dc:creator>
        <category>Lectures</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;cite&gt;Transcendance&lt;/cite&gt; est le troisième volume de la série des &lt;cite&gt;Enfants de la destinée&lt;/cite&gt; (&lt;cite&gt;Destiny's children&lt;/cite&gt;). Comme les deux précédents, on suit deux fils narratifs en parallèle. Cette fois, on se retrouve tantôt au milieu du vingt et unième siècle (demain, en somme) et tantôt dans cinq cent mille ans.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le fil d'Ariane des trois romans, c'est la famille Poole. Ici, le narrateur, né à la fin du vingtième siècle, c'est Michael Poole, neveu de George rencontré dans &lt;a href=&quot;http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/2010/03/08/67-stephen-baxter-coalescence-coalescent&quot;&gt;&lt;cite&gt;Coalescence&lt;/cite&gt;&lt;/a&gt;, et dont le nom est toujours connu et vénéré dans le monde de la guerre galactique d'&lt;a href=&quot;http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/2010/03/08/68-stephen-baxter-exultant&quot;&gt;&lt;cite&gt;Exultant&lt;/cite&gt;&lt;/a&gt;, bien qu'il ne soit pas toujours clair s'il s'agit bien de ce Michael Poole-là ou d'un de ses descendants.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Michael Poole, en 2047, est ingénieur, fasciné depuis l'enfance par l'idée de l'aventure spatiale, et des vaisseaux qui la permettrait. Sa vie est compliquée et triste : il est veuf, entretiens des relations difficiles avec son fils Tom, avec son frère John, avec sa mère, la sœur de George Poole. Et la planète va de mal en pis, les prémisses qu'on entrevoit actuellement ou qu'on nous annonce se matérialisent en une succession de catastrophes et de calamités. Les eaux montent, le pétrole disparaît. Les dirigeants des différents pays prennent enfin des initiatives qui, sans pouvoir renverser la tendance sur le plan écologique, cherchent au moins à minimiser les effets inéluctables. D'autant qu'on a, entre-temps, découvert une source d'énergie propre et inépuisable. Une Amérique qui a, de gré ou de force, abandonné la voiture particulière permet de décrire quelques belles scènes futuristes qui rappellent la SF des années cinquante. Toute la vie économique et sociale est certes bouleversée, mais la technologie est toujours présente et même très avancée avec, en particulier, le développement de l'intelligence artificielle véritable devenue un élément banal de l’environnement de tous les jours ; on n'est pas du tout en train de plonger dans un nouveau Moyen Âge. C'est en quelque sorte comme si Baxter, très pessimiste et grave comme d'habitude, voulait nous montrer ce qui pourrait se passer dans le meilleur des cas… On voit les gouvernements, qui on prit conscience qu'il y avait un problème au niveau du climat, de l’écologie, des ressources naturelles, réagir comme le font très souvent les politiques, avec une certaine vue du petit bout de la lorgnette, c'est-à-dire en agissant à court terme afin que, globalement, la vie continue plus ou moins comme avant, mais sans s'attaquer aux questions de fond tant qu'elles ne sont pas dans leur figure. Et son héros, Michael Poole, va presque tout seul entreprendre d'essayer d'aller plus loin.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le deuxième fil narratif se passe dans un demi-million d'années. Alia, très jeune fille d'une trentaine d'années, à peine sortie de l'enfance, vit sur un vaisseau spatial, le &lt;cite&gt;Nord&lt;/cite&gt;, parti de la Terre du temps où ceux-ci avançaient à une vitesse ridicule, moindre que celle de la lumière. Le voyage, prévu pour durer des générations, a perdu son objectif premier quand il s'est trouvé rattrapé par des vaisseaux partis bien après lui, mais qui avancent bien plus vite. Il est devenu une sorte de ville flottante que les habitants considèrent comme leur “chez eux”, et qui est intégré au Commonwealth (on sent quelque part que l'auteur est britannique…), sous la houlette d'une entité multiple et presque posthumaine — mais pour l'instant toujours humaine —, la Transcendance, qui cherche à réunir tous les descendants, divers et variés, des Hommes de la Terre. Voilà qu'Alia se trouve arrachée (en douceur, certes) à sa famille, car elle a été choisie pour devenir, peut-être, après une période de formation et si elle fait ce choix, une Transcendante. Situation qui rappelle celle de la sœur de George Poole dans &lt;cite&gt;Coalescence&lt;/cite&gt;. Parmi les rites que suivent les Hommes de cette époque, il y a quelque chose de très particulier, l'Observation (&lt;i&gt;Witnessing&lt;/i&gt; en V.O.) qui consiste à suivre la vie, les joies et les douleurs, d'un être humain du passé. Une technologie dont on ne nous dit trop rien, sauf qu'elle est “inimaginable”, permet de visualiser l'ensemble de la vie de cette personne morte il y a longtemps, et de repasser à volonté tel ou tel épisode. Celle attribuée à Alia n'est autre que Michael Poole.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Évidemment, comme les deux époques sont séparées de cinq cent mille ans, il faut bien que l'auteur nous raconte un peu ce qui s'est passé entre les deux. Ce qui aboutit, vers le milieu du livre, à de longs passages explicatifs où, malheureusement, il ne se passe rien qui fasse avancer l'intrigue ou le développement des personnages auxquels on est censé s'intéresser. On participe à l'apprentissage d'Alia, et on a donc droit à tous les discours éducatifs que lui assène son mentor, Reath. Certes, l'auteur, comme toujours, extrapole, spécule, et nous présente des modes d'évolution de l’espèce humaine pleine d'une imagination solidement nourrie de connaissances scientifiques. Mais c'est quand même un peu aride. Et comme ça se passe dans un demi-million d'années, c'est bien difficile de rester convaincant. Il n'y a peut-être pas de solution autre pour un écrivain, quand il veut se projeter si loin dans l'avenir et qu'il veut malgré tout rester dans le concret, que de présenter les technologies courantes de l'époque sans trop les expliquer, avec le risque très net de nous balancer à jet continu des &lt;i&gt;deus ex machina&lt;/i&gt; qui ressemblent à des tours de passe-passe. Mais comme le disait Clarke « Any sufficiently avanced technology is indistinguisable from magic ». Je reconnais le dilemme, mais j'ai parfois eu l’impression que Baxter écrit trop vite et bâcle un peu le travail.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Néanmoins, il se passe quand même des choses (heureusement, pour un livre qui fait près de cinq cents pages). On apprend que la Transcendance semble avoir un objectif majeur, celui de racheter en quelque sorte toute la douleur de l'humanité depuis son origine, de s'imposer à elle-même une expiation globale, qu'elle nomme la Rédemption, avant de pouvoir enfin accéder au stade suivant de son évolution, celle où elle sera quasiment un dieu. Le rite de l'Observation représente la première phase de cette démarche. Les autres nous seront révélées petit à petit.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Baxter étudie souvent, dans ses textes, les soi-disant “grandes questions” de la SF, parmi lesquels il y a le paradoxe de Fermi — traité en profondeur dans la trilogie &lt;cite&gt;les Univers multiples&lt;/cite&gt; (&lt;a href=&quot;http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/2006/12/05/40-stephen-baxter-time&quot;&gt;&lt;cite&gt;Temps&lt;/cite&gt;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/2007/01/06/42-stephen-baxter-space&quot;&gt;&lt;cite&gt;Espace&lt;/cite&gt;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/2007/01/26/43-stephen-baxter-origin&quot;&gt;&lt;cite&gt;Origine&lt;/cite&gt;&lt;/a&gt;). Ici, il consacre quelques passages à celui de la valeur de l'intelligence, de la “conscience” en termes de survie de l'espèce. Peter Watts propose une réponse dans &lt;a href=&quot;http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/2009/04/10/62-peter-watts-vision-aveugle-blindsight&quot;&gt;&lt;cite&gt;Vision aveugle&lt;/cite&gt;&lt;/a&gt;, et ici, Baxter apporte pratiquement la même, vue sous un autre angle. En effet, avant la découverte du voyage supraluminique, de nombreux vaisseaux sont partis vers les étoiles, en sachant qu'il se passera plusieurs générations avant qu'ils n'arrivent enfin quelque part où ils pourront s'installer. Mais comment maintenir un vaisseau en état de marche pendant toutes ces années, avec le risque que sa raison d’être soit oubliée et qu'il se passe mille événements imprévus ? Et parfois le voyage dure si longtemps que les forces de l'évolution des espèces ont le temps de se faire sentir. Dans ces cas, une des premières choses qui sautent — dans un simple but de survie — c'est l'intelligence ou, plutôt, la qualité de conscience, propre, paraît-il, à l'Homme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais finalement, le point central de ce troisième volume est une question métaphysique, voir quasi théologique : est-ce que l'énorme, terrible souffrance de l'Homme à travers les âges a un sens et existe-t-il un moyen de la racheter, de l’expier, voir même de l'annuler. La Rédemption est-elle possible ? Peut-on envisager de devenir un dieu si on n'a pas résolu ses névroses et fait, en quelque sorte, le deuil de son humanité. C'est dans la recherche d'une réponse à ces interrogations que les divers fils narratifs vont se rejoindre. Avec la participation de Rosa Poole, la sœur de George et tante de Michael, déjà rencontrée dans &lt;cite&gt;Coalescence&lt;/cite&gt;. Ici, elle est très vieille, mais toujours alerte ; elle a quitté l'Ordre et est devenue prêtre catholique à Séville. Ce qui permet une incursion franche dans la religion. J'ai été, il faut l'avouer, un peu surprise de voir de longues discussions sur Jésus à travers les âges dans un roman de Baxter, mais finalement pourquoi pas. C'est un sujet comme un autre et nombre d’auteurs de SF, et non des moindres, l'ont largement fait avant lui.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Michael Poole, personnage principal et narrateur de la partie presque contemporaine, se trouve véritablement hanté, et ce, depuis son enfance, par une sorte d'apparition féminine qu'il a un jour reconnue dans la vraie vie et qu'il a épousée. Hélas, Morag va mourir lors de la naissance de leur deuxième enfant. Il est anéanti, mais les apparitions persistent, et il passe dix-sept ans poursuivi par des visions évanescentes de sa défunte femme. C'est dans ce contexte qu'il va demander de l'aide à sa tante Rosa, qui sera, par sa formation, plus disposée que son frère John et son fils Tom à le prendre au sérieux et plus apte à l'aider. De son côté, Alia poursuit son apprentissage et rencontre un peuple dont les membres peuvent fusionner leurs esprits, situation qui s'apparente à celle de la Transcendance, mais à un niveau moindre. Trois frères, les Campocs, vont lui apprendre à faire comme eux, mais ils vont aussi se servir d'elle à leurs fins. En effet, ils ont de gros doutes sur la validité des actions et des mobiles de la Transcendance, en particulier à propos de cette quête, qui leur semble irrationnelle, de la Rédemption. Alia sera donc en quelque sorte leur agent auprès de cette Transcendance qu'elle intègre petit à petit. Elle va y semer la perturbation et va la pousser à agir pour trancher la question qui lui est fondamentale une fois pour toutes. C'est dans ce contexte que Michael Poole et Alia vont se rencontrer et prendre les décisions déterminantes non seulement pour leur avenir personnel, mais aussi pour le destin de l'Humanité entière.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Malgré le caractère grandiose des événements, le ton est tellement introspectif du côté de Michael Poole, plus préoccupé par sa relation difficile avec les membres de sa famille et par son travail d'ingénieur que par les affres lointaines d'une entité quasi inconnaissable, qu'on reste résolument un cran au-dessous du cosmique habituel de Baxter. De même, du côté d'Alia, qui n'est finalement qu'une adolescente — certes très dégourdie, mais quand même souvent un peu paumée — à la recherche de sa voie, l'échelle est globalement très banalement humaine. Peut-être que le lieu de l'action, le plus souvent sur des planètes et astéroïdes, sous des dômes et dans des vaisseaux, et non pas dans les grands espaces entre les étoiles, y est pour quelque chose. Ce n'est pas nécessairement une critique, et certains trouveront sans doute que c'est même plutôt positif, mais la fin du deuxième volume, &lt;cite&gt;Exultant&lt;/cite&gt;, m'avait bien plus transportée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;cite&gt;Transcendance&lt;/cite&gt; est pour moi le plus inégal des trois romans de la série. Mais il reste très intéressant et stimulant dans l'ensemble malgré des défauts que je mets sur le compte de la vitesse avec laquelle Baxter produit livre sur livre, et ce, depuis des années. C'est, en dépit de ses quelques réserves, un sacré exploit, et je lui tire, encore une fois, mon chapeau.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je me lance donc avec une certaine curiosité dans le quatrième volume (non traduit), le recueil de nouvelles &lt;cite&gt;Resplendent&lt;/cite&gt;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Stephen Baxter : Exultant</title>
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    <pubDate>Mon, 08 Mar 2010 10:14:53 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Ellen Herzfeld</dc:creator>
        <category>Lectures</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Avec &lt;cite&gt;Exultant&lt;/cite&gt;, deuxième volume de la série, on commence en plein &lt;i&gt;space opera&lt;/i&gt; : une bataille près du centre de la galaxie, contre les Xeelee, ennemis récurrents dans l'histoire du futur de Baxter. Après le &lt;a href=&quot;http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/2010/03/08/67-stephen-baxter-coalescence-coalescent&quot;&gt;premier tome&lt;/a&gt; plutôt intimiste, ça fait un choc. Heureusement, très rapidement l'affaire sort des sentiers battus quand on comprend que, comme cela est finalement logique, une technologie qui permet d'aller plus vite que la lumière est équivalente à une machine à voyager dans le temps. Et les histoires de voyage dans le temps, c'est un peu mon péché mignon. Ici, l'implication, quand elle apparaît pour la première fois, est une surprise. La guerre se déroule avec un élément stratégique inhabituel : il est parfois possible de savoir à l'avance comment une bataille va se dérouler et on peut donc agir pour infléchir la situation. Comme les deux côtés disposent de cette technologie, elle ne donne vraiment d'avantage à aucune, mais ça permet des spéculations fort originales.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Donc, nous sommes dans un avenir lointain, où l'humanité a essaimé à travers la galaxie, en surmontant tous les obstacles, en renversant les extraterrestres, les Qax, qui ont un temps occupé le système solaire et en repoussant, centimètre par centimètre, les Xeelee vers le centre de la galaxie, où ils restent néanmoins très puissants, concentrés autour de Chandra, le trou noir central. Toutes les ressources de cette humanité presque triomphante, mais gouvernée par une Coalition complètement encroûtée, sont consacrées à cette guerre qui se prolonge depuis des millénaires. Des usines formidables fabriquent des vaisseaux stupéfiants dont les équipages sont des enfants-soldats provenant d'élevages artificiels qui les produisent aussi vite que possible et en très grand nombre. Ils grandissent et sont éduqués en masse dans le seul but de servir et de mourir, le plus souvent très jeunes, dans cette lutte contre un ennemi qu'on sait plus fort, plus intelligent, plus avancé techniquement et scientifiquement. Au point que la guerre est devenue une fin en soi, le seul but de la vie des soldats étant de “faire son devoir” et la victoire n'est même plus vraiment au programme. D'autant que la terminaison de la guerre aurait comme corollaire fâcheux de bousculer des habitudes des politiciens de la Coalition, voir de remettre en question son existence même.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Alors que dans &lt;cite&gt;Coalescence&lt;/cite&gt;, on découvre une société vouée essentiellement à la perpétuation de la lignée familiale, ici c'est quasiment le contraire. La doctrine officielle, mise en place par un certain Hama Druz il y a des millénaires, rejette tous les liens familiaux — et les soldats n'ont d'ailleurs ni père ni mère — et même les amitiés un peu trop durables sont rares, car toute l'énergie doit tendre vers un seul but : la survie et l'expansion de l'humanité elle-même. Mais cette opposition n'est que superficielle. Dans le premier volume, l'individu cède le pas à la “famille” au sens de la continuité génétique d'un groupe restreint, et ici l'individu n'est qu'un boulon dans un ensemble encore plus grand, l'humanité tout entière. Dans les deux cas, malgré les tentatives, la nature individualiste de l'homme ne peut être annihilée si facilement que ça.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pirius, un jeune pilote, déjà vétéran à dix-huit ans car il a survécu, fait assez rare, à plusieurs engagements, participe à une attaque contre les Xeelee qui tourne mal. La doctrine veut qu'il obéisse strictement aux ordres qui sont de tenir face à l'ennemi à tout prix, ce qui, dans le cas présent, serait un suicide pur et simple. Mais, poussé par une camarade un peu rebelle, il prend des initiatives qui aboutissent à ce que son équipe (ils sont trois) soit la seule survivante du combat et, qui plus est, ils capturent, pour la première fois dans l'histoire, un vaisseau Xeelee qui les a poursuivis, en lui faisant un croche-pied cosmique, grâce à un tour de passe-passe temporel. Pensant revenir à la base en tant que héros (concept pourtant politiquement incorrect) l'équipage va se voir au contraire complètement désavoué, rétrogradé et condamné à être transféré au plus bas niveau de l'infanterie et ce, uniquement parce qu'ils ont eu le culot de ne pas mourir au combat en obéissant aux ordres comme il se doit. Mais leur escapade, qui a impliqué quelques sauts supraluminiques, a abouti à ce qu'ils soient revenus deux ans dans le passé, donc avant même leur départ. Et, Pirius va donc se retrouver lui-même, de deux ans plus jeune. Tout ça ne surprend personne et fait partie des situations qu'on sait possibles bien que rares. Les lois sont d’ailleurs adaptées aux effets de ces allers et venues dans le temps, ce qui fait que le plus jeune Pirius, qui n'a encore rien fait de répréhensible, sera également sur la touche et exclu de l'école de pilotage, avec le résultat qu'il ne fera en fait jamais ce qui lui est reproché… Ces paradoxes sont gérés de main de maître par Baxter, et ne rendent pas, comme trop souvent, l'intrigue complètement confuse.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les chapitres suivants alternent l'histoire de chacun des deux Pirius. Pirius bleu, celui qui vient de l'avenir, avec ses deux coéquipiers, sera affecté sur un rocher militaire où des enfants-soldats sont sommairement entraînés pour servir de chair à canon dans des attaques suicides contre les Xeelee. Il fait la connaissance d'un étrange individu charismatique qui se fait appeler Même Ça, Ça Passera, chantre d'une sorte de religion cosmique, qui réconforte les troupes avec ses sermons et est toléré malgré le caractère officiellement totalement illégal de sa conduite. Il se lie aussi d'amitié, à sa grande surprise, avec quelques camarades, dont certains ne font pas long feu. Lui-même réussit, grâce à son tempérament indépendant et dégourdi, à survivre à une action militaire qui ressemble fort à certains épisodes de la guerre des tranchées de 14-18, portés à un niveau d'horreur supérieur, si cela est possible, ne serait-ce que par le nombre inimaginable de vies sacrifiées.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pirius le jeune, dénommé Pirius rouge, sera pris en charge par Nilis, un commissaire venu de la Terre, qui veut s'en servir pour faire aboutir ses idées très personnelles, qui sont en gros que le but final, n'en déplaise à la classe politique au pouvoir, est de gagner la guerre et pas de la faire durer éternellement. Nilis, présenté comme un génie excentrique, doit son influence à ses découvertes scientifiques qui ont eu, en leur temps, des retombées économiques positives très importantes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Nilis ramène donc Pirius rouge sur Terre, accompagnée de sa copine du moment, Torec, afin qu'il ne soit pas complètement dépaysé. En effet, cet enfant-soldat n'a jamais vécu ailleurs que sur des rochers dans l'espace, près du centre de la galaxie, et sortir sans protection, voir de l'eau libre à l'extérieur, l'océan, la pluie, sont des choses qui lui sont tout à fait étrangères et angoissantes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Nilis veut utiliser la tactique plus ou moins inventée par Pirius bleu, lors de son engagement victorieux. Il va donc circuler à travers tout le système solaire et nous le faire visiter par la même occasion. Sur Mars on découvre une Archive de tout le savoir de l'humanité, enfouie sous le mont Olympus et maintenue par ce qui s'avère être une Coalescence (sujet du volume précédent). Vénus a été complètement transformée et n'est plus qu'une grande mine de carbone. Sur le curieux système binaire de Pluton-Charon, on retrouve des immortels, anciens collaborateurs des Qax, déjà rencontrés dans d'autres textes de Baxter. Ceux-ci sont aussi mal vus par la Coalition que les Coalescences ou les gourous religieux. Luru Parz, une immortelle, se mêle de l'affaire car elle aussi veut que la guerre se termine par une victoire de l'humanité. Bien que plus ou moins cantonnée sur Pluton, elle a le bras très long et parvient à forcer les politiciens de la Coalition à donner quelques moyens à Nilis pour lui permettre de trouver comment arriver à bout des Xeelee.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il faut dire que les actions de Nilis pour obtenir, construire, tester les différents constituants des armes qu'il envisage de lancer à l'assaut des Xeelee sont plutôt répétitives et donnent l'impression d'être surtout une excuse pour nous faire visiter les planètes et lunes du système solaire et revoir l'histoire de l'humanité sur vingt mille ans, avec de fréquentes références à des épisodes du passé qui sont manifestement détaillés dans d'autres textes de l'auteur. Baxter affirme qu'il pense qu'on peut lire ses romans de la séquence Xeelee dans n'importe quel ordre. C'est sans doute vrai, mais ce n'est peut-être pas le meilleur choix. En tout cas, pour moi, c'est trop tard. Ce bémol relatif ne concerne finalement que quelques chapitres au milieu du livre, et disparaît ensuite.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans la troisième et dernière partie, Baxter, tout en poursuivant les événements en cours, nous fait découvrir parallèlement une réalité au-delà de l'univers, sans espace, sans temps, une mousse de possibilités à partir desquels se forment, dans un chaos quantique, des bulles, amas de particules élémentaires. De temps en temps, l'une d'elles va, par hasard, se constituer en un univers comme nous l'entendons avec espace et temps ; il va s'étendre, se refroidir, se dissiper presque à l'infini, jusqu'à un point où il ne pourra plus se maintenir et va replonger dans une réalité d'un plus haut niveau, de nouveau sans espace, sans temps. Et dans cette réalité autre, il y a la vie…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce n'est pas la première fois que je lis ce genre de passage, qui peut vite être très lourd, mais Baxter s’en sort avec une aisance remarquable. C'est sans doute du charabia poético-cosmologique, mais peu importe. Le début m'a fait penser aux tout premiers versets de la Genèse, en mieux et plus à jour. J'ai toujours aimé la cosmologie (j'ai lu le livre de Georges Gamow &lt;cite&gt;One two three… infinity&lt;/cite&gt; à quinze ou seize ans et j'ai été fortement marquée), et c'est toujours un plaisir de voir où nos auteurs de SF modernes vont nous emmener grâce à leur bonne connaissance des théories de pointe. Là, le &lt;i&gt;Big Bang&lt;/i&gt; n'est qu'un épisode banal qui se répète à l'infini dans une ou plusieurs réalités d'un niveau supérieur. Nos petits soucis quotidiens sont remis à leur juste place.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les chapitres alternent maintenant entre les préparatifs pour l'attaque contre les Xeelee au centre de la galaxie et ceux qui décrivent les transformations successives de l'univers depuis le début, et même avant…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D'un côté, on suit Pirius rouge et Pirius bleu, leur évolution psychologique et affective (compliquée par le fait qu'il n'y a qu'une seule Torec pour les deux), et la montée progressive des responsabilités qu'ils leur sont confiées grâce à Nilis — il s'agit en fait de s'en prendre carrément à Chandra, le trou noir central, vital pour les Xeelee. Il y a toute la préparation technique et humaine de l'escadron spécial, dénommé &lt;cite&gt;Exultant&lt;/cite&gt;, et les difficultés intrinsèques à une telle entreprise sont multipliées par les joies de la bureaucratie et de la politique, caractéristiques manifestement fondamentales de l'espèce humaine, et qui sont toujours là, parfaitement reconnaissables, après vingt mille ans.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De l'autre on assiste, en parallèle avec la différenciation de l'énergie pure en mélange d'énergie et de matière, d'abord particules plus qu'élémentaires puis progressivement de plus en plus complexes, à l'apparition et à la disparition d'une succession de formes de vie à la limite de l'imaginable. Il s'en passe des choses en quelques minutes quand l'univers vient de naître.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je me demandais parfois comment ces fils narratifs allaient se rejoindre, mais l’auteur sait ce qu'il fait et je n'ai pas été déçue. Certes, faut aimer le cosmique et la SF dite “hard”, mais, ça tombe bien, c’est mon cas, et je m'attaque donc sans réserve au troisième tome de la série, &lt;cite&gt;Transcendance&lt;/cite&gt;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Stephen Baxter : Coalescence (Coalescent)</title>
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    <pubDate>Mon, 08 Mar 2010 10:07:22 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Ellen Herzfeld</dc:creator>
        <category>Lectures</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;cite&gt;Coalescence&lt;/cite&gt;, premier roman d'une série, alterne les chapitres entre notre époque et le passé, essentiellement le cinquième siècle, lors de la chute de l'Empire romain et l'abandon de la colonie britannique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans la partie contemporaine, on suit un narrateur anglais, George Poole, la quarantaine divorcée, sans enfant, à l'avenir peu réjouissant. Il travaille à Londres et le récit s'ouvre alors qu'il va régler les affaires de son père qui vient de décéder à Manchester. La visite de la maison familiale est vécue de façon douloureuse, sans doute avec un peu de culpabilité car il n'a pas été très disponible pour son père durant les derniers jours de celui-ci. Mais il retrouve un ancien camarade de classe, Peter McLachlan, resté dans la ville et qui, pour une raison peu claire, s'est occupé du vieil homme. Peter a toujours été un peu bizarre, un peu à l'écart, et il continue à mettre George très mal à l'aise. Il s'intéresse à des sujets marginaux comme les événements astronomiques et les dernières théories scientifiques sur la matière noire. Tout ça paraît un peu ésotérique à George, qui l'écoute néanmoins, ne serait-ce que par politesse et par reconnaissance pour son action auprès de son père.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En fouillant dans les papiers de son père, George découvre une photo qui laisse penser qu'il a peut-être une sœur dont il ne sait rien. Il se lance alors dans une quête pour la retrouver, pour pouvoir tourner la page et reprendre le cours de sa vie. Il va donc passer voir son autre sœur, plus âgée, qui vit en Floride avec son mari et ses enfants. Elle n'a guère de sympathie pour son frère qui lui rappelle ses attaches familiales qu'elle a surtout envie d'oublier. Il arrive quand même à savoir que cette sœur qu’il n’a jamais connue, sa jumelle qui plus est, a été en quelque sorte donnée à un ordre apparemment religieux établi à Rome, et qui semble avoir des liens familiaux avec eux. Il part donc pour la retrouver, et va en cours de route découvrir les dessous de l'ordre en question, qui n'a de religieux que les apparences.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L'autre fil narratif, un chapitre sur deux pendant la plus grande partie du roman, suit l'histoire de Regina, fille unique d'une famille britannique aisée sous la colonisation romaine, qui essaie de maintenir son mode de vie raffiné, alors que tout se délite autour d'eux. Ils pensent que la situation fâcheuse qui voit l'empereur romain les abandonner aux barbares qui arrivent de toutes parts ne peut être que temporaire, avant le retour “à la normale”, c'est-à-dire celui des Romains et la continuité de la civilisation telle qu'ils la connaissent et l'apprécient. Quand les choses tournent mal, sa mère disparaît et Regina est embarquée par son grand-père, Aetius, qui a été soldat dans l'armée romaine et qui essaye encore de maintenir un semblant d'organisation militaire parmi ce qu’il reste des troupes. Ils vont vivre pendant plusieurs années près du mur d'Hadrien dans le nord de l'Angleterre et Aetius lui inculquera l'importance primordiale de la famille, notion qui la guidera toute sa vie. Elle grandira donc à la dure et, de tragédie en catastrophe, de fuite en fuite, elle finira à Rome, où elle retrouvera enfin sa mère. Celle-ci fait partie d'une sorte de secte mi-païenne, mi-chrétienne et c'est là que Regina va s'épanouir et fonder une organisation qui survivra au fil des siècles. Et bien entendu, on comprend vite que la légende familiale de George, qui la fait remonter à une ancêtre mythique dénommée Regina, est en fait vraie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce premier volume d'une série de quatre (le dernier étant un recueil de nouvelles) diffère de bons nombres des autres livres de Baxter que j'ai lus dans la mesure où il n'y a pas d'envolées cosmiques à la &lt;i&gt;space opera&lt;/i&gt; mais plutôt une approche de type roman historique. L'intrigue est assez bien ficelée, avec quelques réserves mineures, surtout vers la fin. La première moitié ne semble pas avoir grand-chose de véritablement science-fictif. La vie de Regina est prenante, et moi qui ne connais rien à cette période de l'histoire, j'ai été suffisamment intéressée pour aller m'informer en lisant quelques articles sur Wikipédia. J'y avais même reconnu le roi Arthur (sous un autre nom : Artorius) mais, heureusement, Baxter ne s'enlise pas lourdement dans ses aventures. Certes, il y a des événements un peu bizarres dans le ciel aux deux époques, mais ce ne sont que quelques phrases ici et là qui ne débouchent sur rien (du moins dans ce premier volume). Comme j'ai une grande confiance dans Baxter, je n'ai à aucun moment douté qu'on y arriverait, à la SF et, en effet, quand George retrouve Rosa, sa jumelle perdue, et comprend petit à petit ce qui se passe parmi les membres de l'Ordre, on bascule complètement dans un autre monde. On découvre que l'Ordre fonctionne plus ou moins en cercle fermé depuis des siècles ; c'est une machine à perpétuer la famille, incarnée dans l'Ordre lui-même, qui a en fait abouti à une véritable évolution humaine parallèle de ses membres. On rencontre Lucia, une jeune fille tout juste pubère et qui, fait apparemment rarissime, n'accepte pas de n'être qu'un boulon dans cette grande machine — ou plutôt une reine dans une ruche — et se comporte comme un grain de sable qui menace de remettre le système en question.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L'arrivée de Peter, empêtré dans des théories loufoques, déclenche une situation où tout — jusqu'au devenir de l'humanité — repose sur les épaules des deux hommes. Cet épisode est tout de même un peu artificiel et semble n'être là que pour permettre de clore le livre de façon grandiose.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Vers la fin du volume, un chapitre qui se passe carrément dans l'espace, dans un avenir lointain, nous montre le résultat inéluctable de tout ce qui a précédé. On voit que les ruches — les Coalescences — se sont multipliées mais sont considérées comme une sorte de perversion de l'humanité, à éradiquer comme un nid de nuisibles. C'est assez époustouflant mais j'étais quand même déçue d'avoir raté tout ce qui s'est passé entre l'époque de George (la nôtre) et cet avenir lointain dont on n'entr'aperçoit que quelques images, certes fortes, mais qui semblent en fait concerner un autre livre (peut-être un des suivants…).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ces quelques bémols mis à part, les idées spéculatives de Baxter sont encore une fois excellentes. C'est, comme souvent chez cet auteur, une vision analytique fouillée et documentée sur l'humanité et son évolution, sur la façon dont les sociétés fonctionnent et sur les alternatives possibles aux modes d'organisations que nous pensons connaître. Comme d'habitude, Baxter ne peint pas un tableau très rose, ni très optimiste, ni très flatteur de l'homo sapiens.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce que j'apprécie tout particulièrement dans un livre, c'est qu'il change ou ajoute quelque chose à ma vision du monde. Cette histoire a apporté une facette supplémentaire à mon regard sur des mécanismes plus ou moins cachés dans notre monde réel et actuel, dont nous sommes peut-être les victimes, si ce n'est les participants plus ou moins volontaires. Les mécanismes qui aboutissent, à l'extrême, à la formation d'une Coalescence existent dans chaque humain et, en regardant bien, on peut en voir les prémisses, les ombres, un peu partout.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et tout ça enveloppé dans une intrigue intéressante et même parfois palpitante, avec des personnages crédibles et bien campés. Bref, de la SF de qualité, et qui donne envie de lire &lt;a href=&quot;http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/2010/03/08/68-stephen-baxter-exultant&quot;&gt;la suite&lt;/a&gt;. Ce que je fais de ce pas.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Paul Melko : Singularity's ring</title>
    <link>http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/post/2009/08/14/66-paul-melko-singularity-s-ring</link>
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    <pubDate>Fri, 14 Aug 2009 19:48:51 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Ellen Herzfeld</dc:creator>
        <category>Lectures</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;cite&gt;Singularity's ring&lt;/cite&gt;, premier roman (non traduit pour l'instant) de Paul Melko, met en scène une “post-humanité” qui a survécu à la “singularité” et qui cherche à remettre la Terre et la civilisation en état. La singularité a pris la forme d'une “Communauté” composée de la grande majorité des humains qui se sont volontairement branchés (physiquement, par l'intermédiaire d'une prise posée à la base du crâne) sur une intelligence artificielle. Cette union entre la machine et l'homme avait permis une accélération exponentielle des avancés scientifiques et technologiques, aboutissant à la capacité de manipuler la structure de l'univers et d'ouvrir le Rift, juste au-delà de l'orbite de Neptune. Et aussi à la construction d'un gigantesque anneau en orbite géostationnaire autour de la Terre, au niveau de l'équateur, avec des ascenseurs répartis un peu partout pour y accéder.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un jour, la “Communauté” a disparu. Elle aurait traversé le Rift et serait partie quelque part très loin dans l'espace, laissant ce qui reste de l'humanité se débrouiller avec une situation politique bancale et cet anneau, vide et inaccessible, mais qui au moins fournit de l'énergie solaire à la Terre. Après plusieurs dizaines d'années la société restante est composée essentiellement de personnes génétiquement modifiées qui vivent par groupes de deux à cinq. Ces groupes (dénommés &lt;em&gt;pod&lt;/em&gt;, littéralement cosse, ou &lt;em&gt;cluster&lt;/em&gt; : amas, grappe) sont en fait des entités uniques composées de plusieurs personnes, avec un nom et prénom commun, chacune apportant des capacités et des caractéristiques particulières à l'ensemble. C'est véritablement cette trouvaille qui fait tout le charme du roman. Les éléments de chaque groupe, très complémentaires, tissent des liens profonds depuis la naissance, voir avant, communiquent entre eux de façon quasi télépathique par émission de phéromones, et sont, à plusieurs, plus que la somme de leurs parties. Isolés, ils sont impuissants et malheureux, certains deviennent même quasi psychotiques. C'est tout à fait amusant de découvrir les implications de ce mode de vie. Quand un groupe (une personne en fait) doit prendre une décision, ses parties se mettent en rond en se tenant les mains et arrivent ainsi à un “consensus” valable ; quand l'un parle à une personne extérieure au groupe, elle dit “moi” ou “je” en se référant à l'ensemble et non à elle-même toute seule ; croiser un groupe et passer au milieu — au travers de quelqu'un en quelque sorte — est une grave impolitesse.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il existe aussi des “singletons”, humains qui vivent seuls (comme nous) dans des enclaves spéciales. La plupart se retrouvent dans cette situation du fait du ratage de la phase de coalescence du groupe dans l'enfance, ou suite à la destruction d'un groupe pour une raison ou une autre. Un seul d'entre eux, Malcolm Leto, est un ancien membre de la Communauté qui s'est retrouvé abandonné sur Terre lors de l'Exode de l'humanité. Le voici donc avec des idées de revanche et de construction d'une deuxième communauté, à l'image de la première, mais sous son contrôle.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On suit le jeune Apollo Papadopulos, quintet composé de Strom (la force), Manuel (la dextérité), Meda (la communication), Moira (l'éthique) et Quant (la science et les mathématiques). Les premiers chapitres sont racontés successivement du point de vue de chacun des membres, et on apprend ainsi à les connaître et à comprendre leur fonctionnement. J'ai eu un peu de mal cependant car, dans ces épisodes écrits à la première personne, la “voix” n'était pas assez typée ou différenciée et il fallait sans arrêt que je fasse attention pour savoir dans la tête de qui j'étais censé être. Ce n'était là qu'un problème mineur et il a disparu lorsque le point de vue est devenu celui de l'entité multiple.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Apollo subit une formation depuis l'enfance, avec quelques autres comme lui, pour devenir pilote de l'unique vaisseau spatial en construction depuis des années. Un seul d'entre eux partira, au terme de multiples épreuves, explorer l'espace à la recherche de la Communauté, ou du moins du chemin par lequel elle serait passée. Le roman commence alors que les groupes de pilotes en herbe sont largués dans la nature au milieu des montagnes Rocheuses à titre d'entraînement et de test. Mais les choses tournent rapidement mal, et ils échappent de justesse à la catastrophe. Les complications s'accumulent et il devient vite évident que quelqu'un cherche à détruire Apollo. Il va donc se rebeller contre l'autorité en laquelle il n'a plus confiance, et partir à l'aventure, sans avoir véritablement de projet précis autre que de survivre et de rester uni(s). Le périple va le mener jusqu'à l'anneau mystérieux, à travers l'Amazonie, en Afrique, et de nouveau dans l'anneau qui s'avérera n'être pas tout à fait ce qu'on croyait.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La singularité, l'intelligence artificielle, les modifications génétiques, les individus multiples, voilà d'excellents ingrédients pour un bon roman de SF. J'ai cependant trouvé que l'auteur n'explorait pas à fond les possibilités de ses prémisses. Et j'avoue ne pas avoir bien compris tous les tenants et aboutissants de l'intrigue, en particulier les motivations de certains personnages et les machinations plus ou moins politiques qui sous-tendent certains événements. Les deux premiers chapitres ont paru précédemment en tant que nouvelles, et c'est bien l'impression que donne la première moitié du roman : une juxtaposition de textes indépendants qui n'arrivent pas tout à fait à former un ensemble cohérent et bien ficelé. De nombreuses pistes sont ouvertes et laissées plus ou moins en plan, le fonctionnement de ce monde n'apparaît jamais de façon très précise, et j'ai même parfois eu du mal à discerner les bons des méchants (ce qui n'est pas nécessairement négatif). Par contre, la construction des personnages est pleinement satisfaisante et constitue certainement l'intérêt principal. Le tout ne fait qu'à peine plus de trois cents pages, et le problème est peut-être là. Il en aurait fallu au moins le double pour pouvoir explorer un peu mieux cet univers et construire une intrigue plus solide.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il n'en reste pas moins que je ne me suis pas ennuyée un instant et que j'ai eu plaisir à passer un moment avec Apollo, entité multiple crédible et sympathique que seule la SF peut nous offrir.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Neal Stephenson : Anathem</title>
    <link>http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/post/2009/08/01/65-neal-stephenson-anathem</link>
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    <pubDate>Sat, 01 Aug 2009 21:58:57 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Ellen Herzfeld</dc:creator>
        <category>Lectures</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Le dernier livre de Neal Stephenson, auteur du &lt;cite&gt;Samouraï virtuel&lt;/cite&gt; et de &lt;cite&gt;Cryptonomicon&lt;/cite&gt;, est un véritable monument, au propre et au figuré. La version originale que j'ai lue fait 890 pages plus un glossaire et des appendices qui portent le tout à 935 pages. Je dois dire que je l'ai trouvé un peu trop… court. Oui, il aurait fait deux ou trois cents pages de plus à développer des aspects titillants à peine effleurés, cela m'aurait plutôt convenu. Et c'est du début jusqu'à la fin un tour de force d'inventivité, mêlant personnages intéressants, action et aventures palpitantes, spéculations sciencefictives dernier cri, et réflexion philosophiques de haute volée et même un peu de théologie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais on est prévenu dès le début, dans une note au lecteur, qu'il va falloir faire un effort car l'histoire se passe sur Arbre et non sur Terre. On va donc trouver un mélange de similitudes, de transcriptions à l'identique par commodité et de franches différences. On a droit à une chronologie de l'histoire d'Arbre qui s'étend sur plus de 7000 ans, et un glossaire de vingt pages à la fin, pas du tout inutile. Car Stephenson a inventé tout un vocabulaire pour décrire les éléments importants de cette société et les personnages marquants de son histoire, et il faut quelques centaines de pages pour s'y sentir à l'aise et les intégrer. Pour ce que j'en vois sur l'internet, certains de ces mots risquent fort de s'insinuer dans le langage courant, du moins dans celui d'un petit microcosme, croisement de lecteur de SF et de geek.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le narrateur est Fraa Erasmas, un jeune “avout” (sorte de moine) qui vit dans un “concent”, terme qui, en anglais, est un mélange de “couvent” et de “camp de concentration”. Pourtant le lieu n'a aucun caractère ni religieux ni carcéral. Les habitants peuvent partir s'ils le veulent mais seulement lors des ouvertures, “aperts” de dix jours qui se produisent selon le “math” (ordre) auquel ils appartiennent, une fois par an, ou une fois tous les dix ans, cent ou mille ans. Les fraas (frères) et les suurs (sœurs), recrutés le plus souvent dans l'enfance parmi les éléments les plus brillants (et souvent un peu décalés), sont tous philosophes, scientifiques, mathématiciens. Ils vivent et s'habillent comme des moines dans un monastère, n'ont pratiquement aucune possession personnelle, participent tous aux tâches quotidiennes rythmées par des réunions rituelles (avec chant) et ont comme activité principale d'étudier et de réfléchir, essentiellement de manière théorique, avec aucun ou très peu d'appareillage. Car les objets technologiques proprement dits sont, pour la plupart, interdits dans les concents, pour de bonnes raisons historiques liées à des d'événements “terribles” survenus il y a des milliers d'années, dont on ne garde que très peu de traces mais dont l'impact se fait encore sentir dans toute une série de tabous.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À l'extérieur, il y a le monde “séculier”, où la vie se poursuit sur un autre rythme avec d'autres objectifs. Elle est faite de luttes pour le pouvoir, d'empires qui se bâtissent et qui tombent, de guerres et de catastrophes diverses, avec toute la diversité d'une société complexe et diverse. On y trouve des tas d'objets dont ne disposent pas les avouts : la télé, le cinéma, les téléphones mobiles, etc., tous portant un autre nom dans la langue de cette planète. Mais là aussi, certaines technologies sont interdites, toujours pour les mêmes raisons historiques. Les deux mondes, mathique et séculier, sont totalement indépendants et isolés, sauf pendant les dix jours d'apert. Mais, si nécessaire, le pouvoir séculier peut demander la sortie à n'importe quel moment d'un avout particulier, dont les connaissances s'avèrent indispensables pour une raison importante. C'est une décision grave et rare car l'avout concerné ne pourra jamais retourner chez lui, ayant été irrémédiablement pollué par le monde extérieur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Entre les deux, il y a les “Ita”, appartenant à une sorte de caste qui vit à l'intérieur des concents, mais qui peuvent entrer et sortir comme ils veulent et qui sont en quelque sorte les gardiens des quelques machines — dont l'omniprésente horloge — nécessaires au bon fonctionnement du système. Ce sont donc les informaticiens, seuls personnes qui maîtrisent les “syndevs” (synthétique device = ordinateurs). Ils sont cependant exclus de la vie des deux mondes, au point que les avouts ne leurs adressent jamais la parole et font même semblant de ne pas les voir quand ils se trouvent contraints de croiser leur chemin. L'un d'entre eux sera cependant un personnage important de l'histoire et on verra naître une amitié qui en d'autres temps aurait été tout à fait impensable. &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cette séparation bien nette semble convenir aux deux côtés, et aboutit à ce que le temps semble s'écouler de façon différente chez les un et chez les autres. Alors que les avouts ont pu constater lors des aperts successifs, voire même en regardant par leurs fenêtres, tantôt l'existence d'une ville florissante, tantôt un champ de ruines, à l'intérieur, les générations se succèdent sans grande modification dans la manière de vivre, même si les connaissances se développent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les religions existent, tant dans les maths que dans le monde séculier, mais leurs adeptes ne sont pas très nombreux ni très bien considérées, et sont souvent des personnes avec des problèmes psychologiques qui se sentent mieux avec leurs croyances. J'ai beaucoup aimé leur nom : les “déolâtres”. L'attitude des avouts vis-à-vis de la religion est décrite ainsi : si quelqu'un arrivait à véritablement prouver l'existence de Dieu, on lui répondrait « joli démonstration, Fraa » et tout le monde se mettrait immédiatement à croire en Dieu. Mais cela paraît peu probable et n'agite personne.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La construction de ce monde est un canevas pour revisiter toute l'histoire de la culture et de la pensée occidentale depuis la Grèce antique jusqu'à nos jours et au-delà. Et pour y repenser toutes les “grandes” questions que l'humanité se pose depuis tout ce temps. À un moment, Orolo, le tuteur d'Erasmas, lui demande comment il ferait pour le décrire à un être d'un autre monde. Et en quelques pages, on passe en revue, en toute simplicité, la question de la perception du monde à travers les limites des sens, de la conscience, de la communication entre êtres n'ayant aucun point de référence commune. C'est didactique, certes, mais c'est bien fait et même souvent drôle. C'est aussi l'occasion de jeter un regard candide sur les habitudes ordinaires de notre monde. À un moment quelqu'un doit expliquer au narrateur que là-haut, les gens payent pour descendre en glissant sur de la neige tassée… Sans parler des jeejah, souvent très utile pourtant, mais aussi très agaçant, qui sonnent à tout bout de champ en dérangeant tout le monde et dans lequels certains malotrus parlent, au milieu d'un repas, sans hésiter à interrompre de manière fort impolie la conversation en cours. À se demander quelle la relation  Stephenson entretient avec son iPhone (s'il en a un…) tant il vante les mérites de l'objet tout en le caricaturant en permanence.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Entre les discours philosophiques, mathématiques et scientifiques entre moines, il se passe quand même beaucoup de choses, parfois suffisamment graves pour que le monde séculier fasse appel aux reclus d'une façon tout à fait exceptionnelle. On va donc suivre Erasmas dans une longue pérégrination qui lui fera faire le tour de la moitié de la planète, avant de se retrouver dans l'espace à faire face à des visiteurs énigmatiques venus d'ailleurs et plutôt hostiles, pour basculer dans un univers quasi Eganien. Les dernières deux cents pages accélèrent sérieusement le rythme, avec un épisode grandiose de balade dans le vide qui serait du plus bel effet au cinéma. Je m'étais pourtant bien installée dans les lenteurs et les digressions dont Stephenson est coutumier et qui me conviennent tout à fait.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je me demande bien comment le traducteur va gérer un aspect tout particulier du livre. Les néologismes sont pour beaucoup basés sur la langue française, avec même parfois un personnage qui glisse carrément des mots français, écrits phonétiquement, dans sa conversation. J'ai trouvé ça très drôle (un anglophone totalement ignorant du français pourrait même passer à côté) mais pour les traduire, il va falloir faire des choix. Je suis bien curieuse de voir ça.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au total un pot-pourri de sujets, du prosaïque au sublime, une histoire linéaire mais pleine de digressions, une aventure cosmique avec des personnages bien vivants. C'est tout l'art de l'auteur que de parcourir avec brio la corde raide entre le risque d'être lourd et celui d'être trivial. Il arrive à trouver le ton juste pour créer un monde fascinant, prenant, drôle et attachant. Si le &lt;cite&gt;Cryptonomicon&lt;/cite&gt; était déjà un livre étonnant, celui-ci le dépasse, à mon avis, par son ambition sur de nombreux plans. Une belle réussite. Une lecture jubilatoire. Qui mérite largement le Hugo qu'il ne peut que gagner (après avoir emporté haut la main le prix Locus).&lt;/p&gt;




</description>
    
    
    
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    <title>Cory Doctorow : Little brother</title>
    <link>http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/post/2009/06/10/64-cory-doctorow-little-brother</link>
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    <pubDate>Wed, 10 Jun 2009 19:09:19 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Ellen Herzfeld</dc:creator>
        <category>Lectures</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;cite&gt;Little brother&lt;/cite&gt; de Cory Doctorow est sur la liste des présélectionnés pour le prix Hugo de cette année ; je l'ai donc lu afin de pouvoir voter à la convention mondiale de Montréal.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comment parler d'un livre qui a manifestement plein de qualités mais qu'on n'a pas eu plaisir à lire ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C'est l'histoire de Marcus, un adolescent qui habite San Francisco, bien technophile comme il se doit, qui se trouve par hasard embarqué, dans les suites immédiates d'un attentat terroriste, par le DHS (Departement for Homeland Security), service gouvernemental spécialisé créé après le 11 septembre. Il est enfermé, de même que les quelques copains avec qui il était, dans une prison clandestine où il sera traité comme un criminel, interrogé pendant des jours, torturé puis enfin relâché avec comme consigne de ne jamais parler à personne de ce qu'il a vécu, sous peine de…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une fois dehors, il se rend compte qu'un de ses amis n'a pas été libéré, et que la ville est aux mains d'une bande de paranos officiels qui se croient tout permis du fait qu'ils sont en place par la volonté du gouvernement. Il y a eu des milliers de morts par l'attentat et les adultes, dont son père, considèrent que l'état policier est un mal nécessaire. Ce n'est pas l'avis de Marcus et de ses copains. Il va donc décider de tout faire pour contrer les agissements du DHS, et il en a les moyens car lui et ses petits camarades de lycée maîtrisent aussi bien voir mieux que les adultes toutes les finesses de l'internet, des gadgets électroniques de surveillance et des réseaux parallèles. Mais ce n'est en rien une histoire de superhéros, ni un conte merveilleux. Marcus prend des risques et il en paie le prix, dans un monde où les gentils ne gagnent pas nécessairement et où les méchants peuvent tout à fait s'en sortir sans punition.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C'est un livre ouvertement politique et polémique, un véritable pamphlet contre la surveillance à outrance des citoyens sous prétexte de les protéger de menaces fantômes, contre les pouvoirs exorbitants donnés à des instances de répression qui ne sont plus elles-mêmes contrôlables. Bref contre le terrorisme d'état qui s'infiltre partout et en particulier dans les écoles où les jeunes, sauf les plus ostensiblement dociles — appelons les carrément les collabos — sont systématiquement vus comme des criminels en puissance. C'est aussi un texte didactique, qui n'hésite pas à expliquer, en termes clairs, certains éléments très techniques (la cryptographie, l'analyse statistique Bayésienne). Il y a de nombreux passages qui rappellent les fondements de la constitution américaine, sa lettre et son esprit. C'est un appel direct au militantisme en faveur du respect de la vie privé — il précise par exemple comment et pourquoi il faut éviter de répandre certaines informations personnelles, sur lesquelles on perd alors tout contrôle, sur l'internet. Il évoque le délit de faciès qui fait qu'il est plus facile pour un blanc de faire de la résistance que pour quelqu'un un tant soit peu basané car il est moins surveillé et s'il est arrêté, il risque moins. Je pourrais continuer longtemps. De plus, c'est assez bien écrit, l'histoire est prenante, les personnages sont vivants et crédibles.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, que du bon, il n'y a aucun doute. D'ailleurs, c'est intéressant de constater qu'un livre aussi subversif n'a pas fait l'objet de tentatives de censure. Mais là je m'avance, peut-être que ça a été le cas et que je n'en sais rien. De toute façon, il est librement accessible et gratuit sur l'internet depuis sa publication (comme tous les romans de Doctorow).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Oui, il faut que les jeunes lisent ce livre — c'est d'ailleurs plutôt ce créneau de lecteur qui me semble visé — qui leur explique plein de choses importantes et qui leur montre pourquoi ils se doivent de comprendre la société dans laquelle ils vivent et aussi de maîtriser un minimum l'outil informatique qui imprègne, qu'on le veuille ou non, notre quotidien. Car à défaut, ils seront facilement manipulables et maintenus dans un état de soumission béate par les gouvernements (quels qu'ils soient) qui ont aisément la tentation tyrannique. Certes, la situation en France n'est pas — encore — comparable à celle des USA ou de l'Angleterre, mais nous avons une fâcheuse tendance à copier leurs pires idées, avec un retard parfois de cinq, dix ou vingt ans (ça semble se réduire de plus en plus) au point de mettre régulièrement en place des stupidités dont eux sont déjà revenus…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le problème est que, vraiment, ce n'est pas du tout ce que, moi, j'ai envie de lire le soir à la veillée. Ce sont des domaines qui m'intéressent et que je suis plus ou moins par ailleurs, donc ce n'est pas le sujet lui-même qui m'a paru rébarbatif. C'est surtout que j'avais l'impression de regarder les actualités tellement c'était vraisemblable, tellement c'était crédible et ancré dans notre monde d'aujourd'hui. Et c'est ça qui m'a gâché le plaisir.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Donc, oui, c'est un excellent livre, subversif à souhait, à mettre entre les mains de tous les adolescents (évidemment, pour le moment il faut qu'ils lisent l'anglais). Mais je crains que dans dix ans, il soit, sur le plan technique, complètement obsolète et sans doute, de ce fait, illisible. Pour cette raison, à mon avis, il n'a rien à faire comme présélectionné pour le prix Hugo, encore moins comme gagnant.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Charles Stross : Saturn's children</title>
    <link>http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/post/2009/06/05/63-charles-stross-saturn-s-children</link>
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    <pubDate>Fri, 05 Jun 2009 20:01:09 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Ellen Herzfeld</dc:creator>
        <category>Lectures</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;cite&gt;Saturn's Children&lt;/cite&gt; de Charles Stross fait partie des présélectionnés pour le prix Hugo et comme je vais voter, il semblait logique de lire les livres auparavant. Après lecture, je me pose une question : est-ce vraiment un des meilleurs livres de l'année, ou bien ceux qui ont participé au premier tour représentent-ils un groupe de lecteurs dont les critères diffèrent sensiblement des miens.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Contrairement à un précédent livre de Stross (&lt;a href=&quot;http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/2008/01/04/59-charles-stross-singularity-sky&quot;&gt;&lt;cite&gt;Crépuscule d'acier&lt;/cite&gt;&lt;/a&gt;), où je n'avais pas accroché avant d'avoir lu une bonne centaine de pages, ici le début était plutôt prometteur. Nous sommes dans une société post-humaine, dans le sens où il n'y a plus, dans tout le système solaire, aucun humain ni d'ailleurs aucune vie biologique, animale ou végétale. Stross n'insiste pas trop sur comment une telle chose plutôt invraisemblable a pu se produire, mais suspendons notre incrédulité un moment. Il se trouve qu'avant de disparaître, les hommes avaient trouvé le moyen de se fabriquer une population d'esclaves, des machines conscientes parfaitement dociles, plus ou moins intelligentes et plus ou moins humanoïdes, selon la fonction à laquelle elles étaient destinées. Après la disparition mystérieuse des créateurs, les robots laissés à l'abandon ont reproduit une société très similaire à l'ancienne mais en amplifiant ses caractéristiques les plus fâcheuses : le pouvoir est détenu par une classe d'aristos impitoyables qui gardent une bonne partie de la population de leurs semblables en esclavage en leur mettant une puce spéciale qui leur enlève tout libre arbitre. La classe intermédiaire jouit d'une certaine liberté mais doit lutter sans cesse pour garder la tête hors de l'eau. La moindre défaillance est fatale. Parmi les modèles à forme humaine il y a, on s'en doute, des robots à vocation sexuelle, réplique d'une femme ou d'un homme objet, conçue pour servir de compagne ou de compagnon, avec le physique qui convient — et qui leur permet d'apprécier les obligations de leur profession — mais aussi le mental, la propension à tomber amoureux de tout ce qui ressemble à un des “créateurs” adorés, mais hélas disparus. Ce qui est l'occasion de scènes érotiques assez explicites, entre robots de conformation humaine ou pas. Freya 47, notre héroïne, est une concubine parfaite, membre d'une lignée créée à partir d'un premier modèle, Rhea, soigneusement préparé à l'époque. Elle se sent sexuellement excitée et totalement soumise rien qu'à la vue d'un mâle humain (ou apparemment tel) mais, comme elle fait partie des derniers lots, elle n'en a en fait jamais vu un vrai. Ce qui la laisse dans un état psychologique particulier avec de nettes tendances dépressives. En effet, la disparition des humains a mis toute la série au chômage technique et les sœurs s'en sortent maintenant tant bien que mal, en faisant des petits boulots. Elles gardent le contact et essayent de l'entraider, en particulier pour éviter que l'une ou l'autre ne se retrouve en esclavage.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Freya, qui se fait, dès le début, une ennemie redoutable, va se retrouver embauchée par une mystérieuse entreprise, JeevesCo (constitué par des Jeeves qui se ressemblent tous plus ou moins, calqués sur le Reginald Jeeves de P.G. Wodehouse, le gentleman's gentleman, c'est-à-dire le valet parfait), pour transporter clandestinement un objet hautement illégal de Mercure à Mars. Car tout ce qui est biologique est banni, sous peine de mort, la crainte étant que le retour des humains aboutisse inéluctablement à la remise en esclavage immédiate de tous les robots, aristo compris, situation qu'il faut éviter à tout prix. La suite se déroule sur le mode James Bond, mélange de &lt;em&gt;thriller&lt;/em&gt; d'espionnage et de &lt;em&gt;space opera&lt;/em&gt;, où l'action englobe tout le système solaire et s'étend sur des dizaines d'années (relativité oblige). Certes, les robots sont bien plus solides que les humains biologiques et supportent des accélérations qui réduiraient un être de chair en bouillie, mais les voyages interplanétaires restent longs et pénibles. Il y a du suspense à souhait : qui sont ces Jeeves ? Que veulent-ils ? Y a-t-il un traître parmi eux ? Quel est cet objet que Freya doit transporter ? Qui veut enfreindre le tabou sur le biologique, et dans quel but ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L'affaire se complique du fait que les androïdes-robots peuvent enregistrer leur personnalité et leurs souvenirs sur un support, une puce de la taille d'une pièce de monnaie qui se place dans le crâne dans une ouverture cachée sous les cheveux. Ils peuvent ainsi se passer leur “âme” de l'un à l'autre, et celle ou celui qui reçoit va intégrer progressivement les souvenirs et les aptitudes de l'autre. C'est une procédure systématique parmi les filles de Rhea quand l'une d'entre elle meurt, mais ça peut aussi se faire de leur vivant. D'ailleurs, avec ce système, sait-on vraiment si quelqu'un est mort ou pas ? Le résultat de ces passages de personnalité itératifs est qu'à partir d'un certain moment, je ne savais plus qui était qui. Dans les cinquante dernières pages, c'était la confusion la plus totale entre Freya qui n'étaient plus tout à fait elle-même, ses sœurs qui se multipliaient et les multiples Jeeves et autres agents doubles ou triples qui étaient peut-être ceux qu'on croyait — si on avait réussi à suivre, ce qui n'était pas mon cas — mais plus probablement pas. Il y a certes plein d'action, et Freya est menacée par des méchants de toutes sortes, mais, à partir d'un moment je n'arrivais plus à discerner clairement les motivations des uns et des autres, au point que, finalement, le dénouement m'était égal. On pourrait penser que la question du libre arbitre serait explorée de manière originale car il y avait matière, mais si le sujet est évoqué ici ou là, cela reste superficiel, et n'apporte pas grand-chose, ni au récit en question ni au lecteur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;S'il n'y avait pas eu l'humour de Stross, son écriture enlevée et pleine de clins d'œil tant à l'amateur éclairé de SF qu'au geek informatique ainsi que des scènes souvent amusantes en elles-mêmes, j'aurais eu bien du mal à aller jusqu'au bout. Reste que le monde mis en place, avec cette société de robots, est bien vu et bien décrit. Je pense en particulier à la ville sur rails qui circule en permanence autour de l'équateur de Mercure, réminiscence lointaine du &lt;cite&gt;Monde inverti&lt;/cite&gt; de Christopher Priest, ou les vaisseaux qui permettent les voyages interplanétaires, avec les cabines première classe (comment sont les deuxièmes..?) de la taille d'une place dans un caveau de famille, mais où on peut quand même faire l'amour avec le capitaine-vaisseau. Hélas, cela ne suffit pas à en faire un livre qu'on va conseiller sans arrière-pensée, et encore moins un roman qui mérite le Hugo.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Peter Watts : Vision aveugle (Blindsight)</title>
    <link>http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/post/2009/04/10/62-peter-watts-vision-aveugle-blindsight</link>
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    <pubDate>Fri, 10 Apr 2009 15:12:33 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Ellen Herzfeld</dc:creator>
        <category>Lectures</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;J'ai abordé ce roman en sachant qu'il était spécial, et je me suis donc préparée en lisant d'abord les trois autres livres de l'auteur (&lt;cite&gt;Starfish&lt;/cite&gt;, &lt;cite&gt;Maelstrom&lt;/cite&gt;, et &lt;cite&gt;Behemoth&lt;/cite&gt;) qui forment une suite et que j'aurais dû chroniquer ici — ce que je n'ai pas fait, les circonstances (indépendantes des romans, je précise) n'étant pas favorables.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;cite&gt;Vision aveugle&lt;/cite&gt; débute avec Siri Keeton qui se réveille de l'hibernation nécessaire aux longs voyages dans l'espace. Il apprend qu'il a dormi cinq ans de plus que prévu et n'est pas du tout là où il pensait arriver. L'intelligence artificielle, qui est en fait le capitaine du vaisseau, a dû changer de cap en cours de route. Siri va alors nous décrire, en des sections imbriquées, sa vie antérieure et les circonstances actuelles.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il a fallu lui enlever la moitié du cerveau quand il était enfant pour guérir son épilepsie, ce qui a laissé de la place pour des ajouts et des implants divers qui feront de lui une personne nouvelle et différente. Il nous raconte ce qui a suivi, ses relations difficiles avec les autres enfants, avec les femmes, avec une femme en particulier. Il évoque son père, absent mais qui lui veut du bien, sa mère, qui ne sait pas comment faire avec un enfant qui n'est pas tout à fait comme elle l'aurait voulu et qui finira par fuir vers un paradis virtuel. On apprend que dans ce monde de l'avenir, les enfants sont faits sur mesure et que les humains peuvent se modifier eux-mêmes de multiples façons, ajuster le fonctionnement de leur cerveau, se transformer plus ou moins en cyborgs. Siri a donc pu surmonter son handicap et même acquérir des capacités toutes particulières, une sorte de sixième sens lui permettant de lire la “topologie” des gens et de savoir ce qu'ils pensent vraiment sans le dire, de pouvoir décrypter une situation sans nécessairement la comprendre, et de retransmettre ses lumières à d'autres qui sauront mieux que lui quoi en tirer. C'est un conduit, une sorte de traducteur automatique vivant. D'ailleurs, il nous dit explicitement que son récit est nécessairement une interprétation, ne serait-ce que du fait que ses coéquipiers s'expriment dans un mélange de plusieurs langues en même temps et parfois se contentent de gestes et de grognements, tellement les différents “langages” des hommes — et encore plus une langue unique — sont pauvres pour dire le monde.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il nous raconte comment, un jour, on a vu les étoiles tomber. Ce n'était en fait que des milliers d'engins envoyés par quelqu'un ou quelque chose, quelque part, pour prendre une grande photo générale de la Terre. Puis on découvre un objet étrange dans la ceinture de Kuiper et on envoie un vaisseau avec un équipage de gens choisis parce qu'ils sont les mieux adaptés à la tâche qui leur incombe, bien qu'ils soient tous bien différents de l’humain de base. Siri Keeton en fait partie avec quelques autres bizarres : un biologiste quasiment intégré à son appareillage scientifique, une linguiste qui est en fait un corps avec quatre personnalités différentes qui montent à la surface à tour de rôle, et qui sont capables de faire un travail ensemble bien mieux que quatre personnes séparées, une femme soldat qui commande à une armée de robots fabriqués à la demande, et un vampire… Ce dernier est le résultat de la reconstruction d'une race cousine d'&lt;em&gt;homo sapiens&lt;/em&gt; et disparue il y a bien longtemps, et qui a des capacités intellectuelles qui dépassent de loin celles des cousins simples &lt;em&gt;sapiens&lt;/em&gt; qui lui ont survécu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il faut dire que ce vampire est le seul élément du livre qui m'a quelque peu dérangée. Tout est pourtant expliqué de façon parfaitement rationnelle : le vampire a évolué en même temps qu'&lt;em&gt;homo sapiens&lt;/em&gt; mais, pour des raisons biologiques, il devait consommer son cousin régulièrement. Ce qui a été, entre autres, un des facteurs ayant abouti à sa disparition. Mais l'auteur s'est aussi largement amusé avec les clichés sur le sujet, en insistant de façon répétitive sur le fait que la simple vue d'un humain lui ouvre l'appétit, que son sourire montre ses dents pointues, et que la présence du prédateur déclenche chez ses proies naturelles un fort sentiment de malaise, même s'ils savent bien qu'en tant que responsable de la mission il ne va pas les manger. Malgré l'absence de tout élément surnaturel ou même mystérieux, je n'ai pas réussi à sortir le concept du carcan fantastique dans lequel il se trouve dans ma tête. D'où mon agacement, qui est essentiellement de ma faute.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout ça donne une histoire d'exploration spatiale, de découverte d'un artefact inconnu, très étrange et formidablement dangereux. La première moitié est une mise en place, où on découvre les personnages et l'univers où ils évoluent, et la deuxième est une succession de scènes d'action et de situations extraordinaires qui s'enchaînent à perdre haleine. Sur le plan de l'intrigue, c'est un scenario classique : l'homme peut-il espérer communiquer avec une intelligence extraterrestre ? Et peut-il espérer survivre à cette rencontre ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais là n'est pas l'objet unique du roman, et de loin. Il y a par ailleurs, intimement mêlé au reste, une exploration magistrale de la nature et même de l'origine possible de la conscience et de l'intelligence, de la “volonté” et du “libre arbitre” (j'ai souvent pensé à certains textes de Greg Egan, dont &quot;Monsieur Volition&quot;) et aussi de la nature de l'homme et du vivant. Par un auteur qui sait manifestement de quoi il parle. Watts va très loin dans sa réflexion, bien plus loin que beaucoup d'autres auteurs qui s'intéressent aux mêmes sujets. Son approche est aussi très différente car, pour lui, l'intelligence n'est pas liée à l'existence d'une “conscience de soi”. Cette dernière notion est souvent considérée comme l'élément essentiel qui nous définit mais, ici, se pose la question même de son utilité sur le plan de l'évolution. Être “conscient” coûte très cher en ressources neurologiques, ce n'est peut-être que la résultante d'une complexification toute naturelle, mais pas nécessairement un bon choix pour la survie de l'espèce. Et ce n'est pas non plus une voie obligatoire pour d'autres “intelligences”. Un être biologique peut être très intelligent, peut comprendre et agir sans en être “conscient” au sens que nous lui donnons habituellement. Ce que construisent les abeilles (leur nid avec des alvéoles hexagonales) et ce que construisent les hommes (des vaisseaux spatiaux, par exemple) ne sont que le résultat de processus naturels dont la nature reste intrinsèquement la même. Egan explore aussi largement la notion de “moi”, mais il l'extirpe rapidement du carcan du cerveau organique. Ici, j'ai l'impression que l'auteur considère que le “moi” n'est qu'un épiphénomène non obligatoire du fonctionnement du cerveau biologique et rien de plus. La transcendance éganienne n'y a pas de place.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L'auteur manie les concepts scientifiques à tour de bras, sans jamais passer par de longues et ennuyeuses explications. Ce sont les personnages, tous de haut niveau, qui discutent, tout naturellement, entre eux de ce qui se passe et de ce qu'ils font. Mais le résultat est que lecteur doit faire un effort sérieux pour garder la tête hors de l'eau. C'est de la &quot;hard science&quot; selon ma nouvelle définition : un texte qu'on ne peut vraiment apprécier que si on apporte soi-même de bonnes bases scientifiques à la lecture. En plus de l'exploration de concepts philosophiques et métaphysiques, l'auteur ne se gène pas, ici ou là, au détour d'une phrase, pour nous faire part de son sentiment sur des domaines variés : la psychiatrie actuelle, les relations familiales “obligatoires”, du concept de ce qui est “naturel” ou pas, et bien d'autres choses… Ce n'est pas original, mais c'est dit ici avec une simplicité directe rafraîchissante.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le tout est complexe et dense. Au point que, après avoir tourné la dernière page, j'ai recommencé à la première. Car il était clair que j'étais passée à côté de trop de choses dans la première partie, n'ayant pas connaissance des éléments de la deuxième. Il m'arrive de temps en temps de me dire, à la fin d'un roman, qu'il faudrait que je le relise pour vraiment en tirer la substantifique moelle. Ici, c'était tellement criant que je l'ai fait immédiatement. C'est bien la première fois que ça m'arrive. Et la deuxième lecture — lente, avec souvent un retour en arrière sur quelques pages à la reprise — était encore meilleure que la première car j'étais moins perdue et j'ai donc pu mieux savourer le fond réel de la pensée de l'auteur. Un frère de Greg Egan en Science-Fiction, sans aucun doute. En nettement plus pessimiste.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;J'ajouterai que, juste au moment où je finissais la deuxième lecture, l'édition française est arrivée. Je savais que la traduction avait été confiée à Gilles Goulet (paraît-il que c'est le spécialiste des textes difficiles). Par curiosité, j'ai lu quelques passages marquants en français. Je suis ravie de pouvoir vous dire que, pour ce que j'en ai vu, c'est tout à fait bien traduit et fidèle à l'original. Félicitations au traducteur ! Si vous êtes amateur d'une SF qui pense et donne à penser, vous n'avez plus d'excuses…&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Michael Flynn : The January dancer</title>
    <link>http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/post/2009/03/09/61-michael-flynn-the-january-dancer</link>
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    <pubDate>Mon, 09 Mar 2009 20:10:36 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Ellen Herzfeld</dc:creator>
        <category>Lectures</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;J'ai choisi de lire ce roman de Michael Flynn car une critique dans &lt;cite&gt;Locus&lt;/cite&gt; le qualifiait de chef-d’œuvre. Une telle appréciation est à double tranchant car je partais avec de grandes espérances. Trop grandes sans doute.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il s'agit d'un &lt;em&gt;space opera&lt;/em&gt; baroque mais moderne qui se passe dans un avenir lointain où l'humanité a essaimé dans un des bras de la galaxie comportant beaucoup de systèmes solaires, et où les voyages supraluminiques sont possibles en passant par des voies “électriques”, des plis dans l'espace où, justement, la “vitesse de l'espace” a des qualités particulières permettant de voyager plus vite que la lumière sans enfreindre la règle édictée par le dieu Einstein (le dieu Newton est d'ailleurs aussi souvent cité et respecté dans les domaines qui le concernent…). Deux puissances se partagent le pouvoir sur les planètes habitées, une de chaque côté du Rift, une zone vide où il n'y a que peu de voies de passage. D'un côté la Confédération des Mondes du Centre, où se trouve malheureusement la vieille Terre, que certains voudraient “libérer”, de l'autre la Ligue de la Périphérie, mosaïque de planètes ou de groupes de planètes plus ou moins indépendantes, mais unies par le commerce, lui-même en grande partie entre les mains de l'ICC (Interstellar Cargo Company). Il s'y trouve aussi des mondes aux mœurs barbares qui n'ont d'autre but que de détruire et de piller, pratiquement pour le sport. Et des royaumes divers, avec leurs agents et leurs espions. Chaque côté constate que certains de leurs vaisseaux qui traversent le Rift ne reviennent pas et, bien entendu, chacun pense que c'est la faute de l'autre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L'histoire commence lorsque le vaisseau marchand indépendant du capitaine Amos January tombe en panne et s'échoue sur un monde hors des sentiers battus. En essayant de réparer les dégâts, l'équipe découvre une salle contenant divers artefacts pré-humains, tous plus mystérieux les uns que les autres. Le seul qui peut être déplacé est un bloc de grès allongé de la taille d'un avant-bras, qui semble, bizarrement, changer de forme mais tellement lentement que l'œil ne peut voir de mouvement. Simplement, au bout d'un certain temps, il devient évident qu'il n'est plus comme il était avant. Il danse, en quelque sorte, mais à un rythme très très ralenti. January emporte ce bout de cailloux et se dit qu'il pourra sans doute le vendre à un collectionneur ou un autre. De fait, il le vend rapidement à une colonelle Jumdar qui travaille pour l'ICC et qui s'est retrouvée malgré elle à gouverner une planète ravagée par une guerre civile.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Puis des pirates attaquent la planète et volent le Danseur, sont eux-mêmes victime d'une attaque… de sorte que, rapidement, on ne sait plus trop où il est passé. En tout cas, plusieurs personnes de qualités et d'horizons très différents se mettent en tête de retrouver l'objet qui, selon une très vieille légende Terrienne, donnerait à celui qui le tient en main le pouvoir de se faire obéir sans discussion par quiconque entend sa voix.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ainsi, on rencontre une série de personnages pittoresques et parfois attachants, et on suit leurs aventures à travers une société complexe et colorée. À partir d'un certain moment, les divers fils se rejoignent et quatre d'entre eux se retrouvent à former une petite bande bien décidée à récupérer le danseur sans qu'ils se soient vraiment mis d'accord sur qui le gardera à la fin…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un des personnages principaux, et de loin le plus intéressant à mes yeux, se fait appeler le Fudir. C'est apparemment, du moins quand on le rencontre au début, un petit gangster dans un quartier malfamé de la planète Jehovah, qui se trouve être un nœud de communication central. Il se révèle avoir de multiples talents, des contacts un peu partout, et des buts qui ne sont pas très clairs. Du début à la fin, il ne cesse de se transformer et de n'être pas celui qu'on croit.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On découvre aussi un groupe un peu spécial, de type militaire, au service d'une des puissances qui font partie de la Ligue. Les “gradés” sont les “Hounds” (terme qui se traduit en général par “chien de chasse” alors qu'il s'agit en fait de la sous-catégorie des “chiens courants”). Ils ont un entraînement spécial et des dons tout particuliers qui font qu'ils sont craints et respectés partout où ils passent. Les aspirants sont des “pups”, des “chiots” et leur vocabulaire interne ainsi que la nature des relations interpersonnelles sont très “canins”.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le roman est découpé en chapitres où l'histoire elle-même alterne avec des épisodes le plus souvent dans un bar où une harpiste discute avec un vieil homme balafré. La harpiste demande à l'homme de raconter l'histoire du Danseur ; ainsi environ un chapitre sur deux constituent en fait son récit. Elle a ses raisons de vouloir la connaître et veut aussi en faire un chant. On ne saura jamais le nom ni de l'un ni de l'autre, mais une lecture attentive permet de deviner — peut-être — leur identité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cette lecture attentive s'impose d'ailleurs pour comprendre les méandres de l'intrigue parfois complexe mais aussi pour comprendre tout court, car le langage utilisé, tant par le narrateur que par les personnages, est parfois un pidgin bizarre qui semble mélanger je ne sais quel dialecte irlandais avec des termes de langues diverses, certaines que j'ai reconnues, d'autres non. De plus, entre les espions et les fausses identités, il faut garder en tête plusieurs noms pour certains personnages, ce qui n'est pas toujours facile (du moins pour moi). Malgré ces difficultés supplémentaires, il est indéniable que ce langage spécial est un des aspects intéressant du roman et lui donne une saveur particulière. Bon courage au traducteur éventuel…&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Finalement, ce livre m'a beaucoup rappelé quelques-uns des premiers romans de Iain M. Banks, en moins drôle, tant par l'utilisation permanente d'une langue à moitié inventée (inspirée, chez Banks de l'Écossais, ici de l'Irlandais) que par le rythme général et les personnages hauts en couleurs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je ne le qualifierai pas de “chef-d'œuvre”, mais c'est un livre agréable et intéressant, d'une qualité littéraire certaine. Il lui manque peut-être un je-ne-sais-quoi de “souffle”. Et aussi, à vouloir associer une intrigue compliquée, des personnages complexes, un univers très riches, l'auteur a peut-être eu les yeux plus gros que le ventre. Ou plutôt, c'est moi qui suis restée sur ma faim. Bien que ce soit rafraîchissant de trouver un roman qui a de la substance et qui ne soit pas un pavé gigantesque (il ne fait que 350 pages), il y a trop de choses non développées, non dites, ou du moins dont on ne connaît pas le devenir pour que j'aie pu refermer le livre avec un véritable sentiment de satisfaction final.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Charles Stross : Aube d'acier (Iron sunrise)</title>
    <link>http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/post/2008/01/26/60-charles-stross-aube-d-acier-iron-sunrise</link>
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    <pubDate>Sat, 26 Jan 2008 15:07:46 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Ellen Herzfeld</dc:creator>
        <category>Lectures</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.quarante-deux.org/exliibris/00/9d/62/e7.html&quot; title=&quot;Voir ce texte dans exliibris&quot;&gt;Ce roman&lt;/a&gt; n'est pas vraiment une suite à &lt;a href=&quot;http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/2008/01/04/59-charles-stross-singularity-sky&quot; title=&quot;Voir le billet&quot;&gt;&lt;cite&gt;Crépuscule d'acier&lt;/cite&gt;&lt;/a&gt; (&lt;cite&gt;Singularity sky&lt;/cite&gt;), bien qu'il se déroule dans le même univers un peu plus tard et avec quelques-uns des mêmes personnages.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans le premier, on a appris l'existence de l'Eschaton, une intelligence artificielle qui est née des systèmes informatiques de la Terre mais qui, en véritable singularité, a atteint une puissance dépassant l'entendement humain. Il pourrait se faire passer pour un dieu mais refuse de tomber si bas. Tout ce qu'il exige c'est que personne ne viole les lois de la causalité — avec le risque d'éliminer la naissance même de l'Eschaton —, ce qui implique en premier de ne pas voyager dans le temps, action qui devient envisageable avec l'arrivée du déplacement supraluminique, ce qui est le cas ici. À part ça, l'Eschaton a dispersé l'humanité sur des centaines de planètes à travers la galaxie et a fourni diverses merveilles technologiques, surtout des machines “cornes d'abondance” qui, grâce à la nanotechnologie, peuvent fabriquer quasiment n'importe quoi, et des traitements qui empêchent le vieillissement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Martin Springfield et Rachel Mansour, qui se sont rencontrés dans &lt;cite&gt;Crépuscule d'acier&lt;/cite&gt;, sont maintenant mariés et vivraient volontiers tranquillement sur la Terre pour se remettre de leurs aventures précédentes. Ils seront de nouveau ici sur le pont, mais quelque peu en arrière-plan.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le personnage principal est une adolescente un peu rebelle, Victoria Strowger, qui se fait appeler Wednesday Shadowmist (Mercredi Brumedombre pour les anglophobes). Comme beaucoup de jeunes un peu solitaires, elle a un ami invisible depuis qu'elle est petite… sauf que le sien n'est pas imaginaire. Et il se nomme Herman. Ceux qui ont lu le précédent livre reconnaîtront immédiatement l'avatar de l'Eschaton qui accompagnait déjà Martin. Mercredi habite sur une station spatiale appartenant à une civilisation dont la planète principale, Moscou, a été détruite quand son soleil a explosé quelques années plus tôt. L'onde de choc de cette catastrophe va atteindre la station qui est en cours d'évacuation au début de l'histoire. La jeune fille découvre des papiers compromettants qui pourraient expliquer la destruction de Moscou dont le soleil n'est manifestement pas mort de causes naturelles. Elle se retrouve de ce fait la cible de gros méchants qui la poursuivent à travers la station quasi déserte mais, grâce aux enseignements de Herman pendant son enfance, elle arrive à leur échapper. Ses parents et son frère, par contre, y laissent leur peau, ce qui enflamme le cœur de l'adolescente d'un violent désir de vengeance. Avec l'aide de Herman, elle se trouve embarquée, en classe grand luxe, sur un vaisseau qui fait la tournée des divers mondes de cet univers.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Martin et Rachel, de leur côté, se voient confier une nouvelle mission pour sauver, comme d'habitude, des millions (des milliards ?) d'êtres innocents. En effet, les gens de Moscou, comme ça semble être la coutume, ont prévu un système de représailles au cas où il leur arriverait malheur. Des vaisseaux “lents” — du moins plus lents que la lumière —, porteurs d'armes de destruction massive sont en route pour la planète Nouvelle Dresde, rivale commerciale suspectée d'être à l'origine de l'explosion de leur soleil. Pour les arrêter, il faut que deux (ou trois) diplomates en exil lancent ensemble une commande spéciale. Ces mêmes diplomates peuvent aussi donner une autre commande qui rend la mission fatale définitivement irrévocable. Leur objectif est donc de trouver ces braves gens et de les convaincre de faire le bon choix. Le problème, c'est qu'ils sont en train de disparaître un par un, assassinés par on ne sait qui, une personne qui semble cependant voyager sur le même vaisseau que Mercredi.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il y a aussi les ReMastered, très explicitement des Nazis à la sauce futuriste. Très très méchants, et même parmi ceux-là il y en a des plus méchants encore. Mais, heureusement pour nos héros, l'un d'entre eux a envie d'en sortir et se rebelle.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L'intrigue est plus facile à suivre que dans &lt;cite&gt;Crépuscule d'acier&lt;/cite&gt;, mais aussi nettement moins originale. L'ambiance est, par moments, grandiose, galactique, à la Baxter, le ton rappelle parfois Sterling, et l'humour, un peu noir, un peu cynique est tout de Stross. L'histoire est par endroits palpitante, surtout vers la fin (les cinquante dernières pages) et m'a rappelé la “bonne vieille SF”, peut-être même carrément la grande époque des Fleuve noir (ce qu'on peut prendre comme compliment ou critique, selon son point de vue). Pourtant, curieusement, je me suis très largement ennuyée en lisant ce livre. J'ai même plusieurs fois hésité à l'abandonner. Je pense que le problème, c'est que Stross s’amuse, certes, et produit un feu d'artifice de trouvailles parfois ingénieuses — moins que dans le précédent, il faut le dire — mais qu'il ne fait que ça. Il y a peu de réflexion, peu du type de spéculation qui me branche et finalement, ça ne m'a guère intéressée. Maintenant, est-ce que j'étais mal lunée ? Possible. En fait, j'ai l'impression d'avoir une indigestion de &lt;em&gt;space op&lt;/em&gt; et d'une SF que je trouve, disons-le, un peu primaire (n'oublions pas que j'ai lu trois Scalzi à la suite, juste avant !). Et ce qui aurait pu sans doute être un divertissement sympathique m'a surtout donné envie de, vite vite, lire autre chose de moins agité et de plus introspectif.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Charles Stross : Crépuscule d'acier (Singularity sky)</title>
    <link>http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/post/2008/01/04/59-charles-stross-singularity-sky</link>
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    <pubDate>Fri, 04 Jan 2008 17:51:47 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Ellen Herzfeld</dc:creator>
        <category>Lectures</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Si jamais la “singularité” au sens que lui donne Vernor Vinge se produisait vraiment, quelles en seraient les conséquences ? Certains imaginent la disparition pure et simple de l'humanité, d'autres penchent plutôt pour son élévation vers un état transhumain. Stross explore le sujet à sa manière au travers d'un roman complexe et flamboyant qui mélange la satire politique, une vision déjantée de l'avenir, le &lt;em&gt;space opera&lt;/em&gt;… et même une histoire d'amour.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On apprend qu'au cours du vingt et unième siècle, il s'est passé quelque chose… l'apparition de l'Eschaton, une intelligence suprahumaine, originaire d'un avenir lointain et qui se dit notre descendant. Il est venu pour interdire toute violation de la causalité — ce qui se passe en pratique si lors d'un voyage vers le passé on modifie un événement qui s'est déjà produit — pour sauvegarder l'intégrité de l'univers et sa propre existence. Manifestement, la règle ne s'applique pas à lui-même car il a bien fallu qu'il l'enfreigne pour venir se mêler des affaires des humains de base. Mais passons. Pendant qu'il y est, il déplace les neuf dixièmes de la population de la Terre vers des planètes lointaines où ils doivent s'installer et se débrouiller. L'histoire se passe quelques milliers d'années dans l'avenir alors que les habitants de la Terre voyagent parmi les étoiles et ont renoué avec plus ou moins de bonheur avec les descendants des émigrés involontaires.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une de ces sociétés s'appelle la Nouvelle République et a instauré un régime totalitaire apparemment inspiré de la Russie tsariste qui interdit toute technologie avancée (sauf pour raisons militaires). La population est maintenue à un niveau de vie genre fin du dix-neuvième. Ils ont néanmoins quelques colonies sur d'autres planètes, et l'une d'entre elles, Rochard's World, reçoit la visite d'étranges voyageurs, le Festival. Il s'agit d'une civilisation dont les habitants traversent les espaces intersidéraux sous une forme désincarnée, leur substance conservée sous forme d'information sur des supports pouvant voyager loin et longtemps sans inconvénient, et qui ne reprennent “vie” que lorsqu’ils ont trouvé un lieu qui les intéresse. Ils ne veulent qu'une chose : de l'information nouvelle, des histoires, de l'art, n'importe quoi d'original qui peut les distraire. Cette arrivée, pourtant paisible, entraîne un bouleversement absolu à tous les niveaux de la colonie car, en échange d'une bribe qui les amuse, ils exaucent tous les vœux des habitants. Le choc culturel est majeur. Sur la planète impériale, bien qu'on ne sache pas trop ce qui se passe, on considère qu'il s'agit de toute évidence d'une attaque en règle et tout se met en branle pour reconquérir les lieux. L'ennui, c'est que, d'une part, les militaires n'ont pas la moindre idée de la nature du Festival et de ses capacités, et d'autre part, le plan de bataille qu'ils ont concocté risque de produire une violation de la causalité, ce que l'Eschaton a expressément interdit sous menace de représailles plus que sévères.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En fait, l'histoire est compliquée, confuse même, surtout au début et j'ai mis bien cent pages (sur trois cents) à commencer à comprendre ce qui se passait. Les deux principaux protagonistes, Rachel Mansour et Martin Springfield, sont à peu près clairs tout au long, mais de nombreux autres personnages au nom à consonance russe ou allemande sont restés longtemps — pour certains jusqu'à la fin — complètement brouillés dans mon esprit. J'ai dû plusieurs fois retourner en arrière pour saisir qui était qui.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Malgré cela, une fois entrée dans l'histoire, car il y en a une, avec des intrigues, des bagarres, des personnes qui ne sont pas ce qu'elles paraissent… j'ai suivi les aventures de Rachel et Martin avec plaisir. Il faut dire que l'inventivité de Stross est superlative et que certaines scènes sont stupéfiantes. Sans parler de son humour.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En conclusion, un livre avec des imperfections certaines — pardonnables, car il s'agit en fait d'un premier roman, mais dont les qualités sont suffisantes pour que, sans attendre, j'entreprenne la suite, dans &lt;a href=&quot;http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/2008/01/26/60-charles-stross-aube-d-acier-iron-sunrise&quot; title=&quot;Voir ce billet&quot;&gt;&lt;cite&gt;Iron Sunrise&lt;/cite&gt;&lt;/a&gt; (&lt;cite&gt;Aube d'acier&lt;/cite&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;P.S. Je compatis d'avance avec le traducteur si un jour il y en a un.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;P.P.S. Francis me signale dans le commentaire ci-dessous que ce livre est en fait traduit ! Si j'avais vérifié dans exliibris, je l'aurai su : &lt;a href=&quot;http://www.quarante-deux.org/exliibris/00/9d/19/6d.html&quot; title=&quot;Voir ce texte dans exliibris&quot;&gt;Crépuscule d'acier&lt;/a&gt;. Je compatis donc avec Xavier Spinat &lt;em&gt;a posteriori&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>John Scalzi : la Dernière colonie (the Last colony)</title>
    <link>http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/post/2008/01/01/58-john-scalzi-the-last-colony</link>
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    <pubDate>Tue, 01 Jan 2008 18:04:51 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Ellen Herzfeld</dc:creator>
        <category>Lectures</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Après &lt;a href=&quot;http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/2007/07/06/52-john-scalzi-le-vieil-homme-et-la-guerre&quot; title=&quot;Voir ce billet&quot;&gt;&lt;cite&gt;le Vieil homme et la guerre&lt;/cite&gt;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/2008/01/01/57-john-scalzi-the-ghost-brigades&quot; title=&quot;Voir ce billet&quot;&gt;&lt;cite&gt;les Brigades fantômes&lt;/cite&gt;&lt;/a&gt;, voici le troisième volet de cette série de SF militariste.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Nous retrouvons le personnage principal du premier roman, John Perry, et sa dulcinée, la superhéroïne Jane Sagan. Ils sont tous deux à la retraite depuis quelques années avec un nouveau corps “normal” sans modifications et une fille adoptive adolescente, Zoë. Leur petite vie tranquille est — heureusement pour le roman — perturbée quand un officier du Département de la colonisation les approche avec une offre qu'ils ne peuvent refuser. Il s'agit de diriger un groupe de colons qui vont partir pour une planète habitable, Roanoke.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Certes, le projet est de coloniser un nouveau monde, mais le vrai but est en fait ailleurs, en rapport avec des imbroglios politiques nombreux et des projets militaires hardis. L'Union coloniale (la branche expansionniste de l'Humanité) est en conflit avec le Conclave, groupement de mondes “extraterrestres” qui ont décrété qu'ils étaient les seuls à avoir le droit de coloniser. Il y a donc un anti-Conclave, plus ou moins secret, et des espèces qui se veulent indépendantes, des hommes fidèles à un groupe ou à un autre, ou quelque part entre les deux. Et Roanoke n'est qu'un pion dans un jeu qui la dépasse, avec des joueurs qui n'hésitent pas à mettre la vie de milliers d'innocents en péril.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;John Perry et sa femme Jane cherchent à organiser au mieux la colonie — pas commode compte tenu qu'elle est composée de façon très inhabituelle avec des gens venant de dix mondes différents — et à déjouer les manigances des militaires de l'Union coloniale. Dès l'arrivée, ils apprennent qu'ils doivent observer un silence radio total pour ne pas être repérés par le Conclave qui ne manquerait pas de les éliminer sommairement, ce qui implique l'abandon de toute technologie avancée. Heureusement, parmi les colons se trouve un groupe, les Mennonites, qui depuis longtemps ont choisi la vie simple, et qui vont donc pouvoir montrer aux autres comment se débrouiller comme dans le bon vieux temps. &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La petite Zoë a une position particulière, car elle est la fille du traître Boutin (vu dans &lt;cite&gt;les Brigades fantômes&lt;/cite&gt;) lequel a permi à une espèce, les Obins, d'accéder à la conscience. De sorte que, pour les Obins, elle est pratiquement une déité, en tant que fille de leur dieu. Et pendant toute l'histoire, elle est accompagnée de deux Obins qui ont pour mission d'éviter qu'il ne lui arrive malheur. Ce joyeux trio est source d'amusement, de surprises et même d'intérêt pendant tout le roman.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Donc, un roman lisible, pas ennuyeux, avec quelques idées. L'auteur avait sans doute, entre autres, le désir d'explorer les conséquences d'une politique impérialiste, où tout se résume finalement à des luttes de pouvoir, mais ça on le savait déjà… Scalzi a un certain humour et écrit de bons dialogues. Mais j'ai trouvé un certain nombre de défauts un peu trop évidents. D'abord un épisode dans la première moitié, avec l'attaque d'indigènes qui ressemblent à des loups-garous, et qui sont peut-être intelligents. Je dis &quot;peut-être&quot; parce qu'on n'en entend plus parler dans la deuxième moitié du roman. Bizarre. Puis quelques &lt;em&gt;deus ex machina&lt;/em&gt; vers la fin. Ce n'est pas rare — ni totalement rédhibitoire — en SF, mais c'est quand même souvent un signe de faiblesse de l'intrigue. Enfin, les moments d'introspection des personnages portent souvent sur la problématique de leur “humanité”. Quand on est modifié, que son ADN a été trafiqué, pour être “plus” qu'un humain normal, on est, et on se sent finalement “moins” humain. Ce qui semble leur poser problème… hmmm.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il y a aussi, sans un volume séparé, &lt;cite&gt;the Sagan diary&lt;/cite&gt;, longue nouvelle qui décrit le dialogue interne de Jane Sagan à travers les deux premiers livres de la série. Totalement illisible si on ne les a pas lu, et encore, même là, d'un intérêt moyen.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;J'apprends, après avoir tout fini, que Scalzi s'est laissé aller à écrire un quatrième volet, l'histoire de Zoë. Vais-je succomber ? Pas sûr.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>John Scalzi : les Brigades fantômes (the Ghost brigades)</title>
    <link>http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/post/2008/01/01/57-john-scalzi-the-ghost-brigades</link>
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    <pubDate>Tue, 01 Jan 2008 15:27:50 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Ellen Herzfeld</dc:creator>
        <category>Lectures</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Ce deuxième volume de la série est dans la droite ligne du premier. Sans l'élément de surprise, car l'univers décrit est le même, et l'un des personnages principaux aussi. Les brigades fantômes du titre ont également déjà été introduites. Dans l'armée “régulière”, les recrues sont des volontaires de soixante-quinze ans, mais ici, ce sont des corps créés à partir de l'ADN de ceux qui, bien qu'ayant déclaré qu'ils signeraient à l'âge réglementaire, sont morts avant la date fatidique. Lorsqu'ils ont atteint leur maturité, en seize mois, ces corps sont donc “réveillés” et découvrent le monde sans aucun souvenir d'une vie antérieure. Ils sont aidés par un implant cérébral, le BrainPal, mais leur personnalité reste un tantinet infantile malgré tout. À dix ans, ce sont donc des vétérans… Les soldats “normaux” étaient déjà très améliorés par rapport à la triste condition de leur corps d'origine, mais ceux-ci profitent à fond d'améliorations techniques encore supérieures. Ils sont plus rapides, plus forts et communiquent entre eux de façon quasi télépathique bien plus vite que ce qui est possible pour les autres.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;J'avais dit, dans mon billet sur &lt;a href=&quot;http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/2007/07/06/52-john-scalzi-le-vieil-homme-et-la-guerre&quot; title=&quot;Voir ce billet&quot;&gt;&lt;cite&gt;le Vieil homme et la guerre&lt;/cite&gt;&lt;/a&gt;, que toute la construction sociale était un peu difficile à avaler. Curieusement, les explications qui auraient été alors bienvenues sont données ici dès le début, lors du prologue conçu pour ceux qui n'ont pas lu le premier.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On suit un groupe de seize “nouveau-nés” depuis leur réveil, à travers leurs premiers pas et leur entraînement, puis lors de diverses missions où leur nombre chute drastiquement. Un de ces soldats, Jared Dirac, est spécial : il a été créé pour héberger la conscience d'un certain Charles Boutin, génie en matière de transfert de conscience mais qui est passé, on ne sait pourquoi, à l'ennemi. En le mettant dans un corps tout neuf, les militaires de la Force de défense coloniale s'imaginent qu'ils pourront l'interroger et peut-être apprendre pourquoi le Boutin original a trahi et ce qu'il est en train de tramer là où il est, lieu qu'ils espèrent aussi découvrir. Boutin est parti en faisant croire à un suicide mais dans le feu de l'action a omis d'effacer l'enregistrement de sa conscience qui est restée dans une machine. Malheureusement, le transfert de celle-ci ne se passe pas comme prévu et le corps se réveille comme n'importe quel soldat de ce type, sans aucune mémoire. On décide alors de l'intégrer normalement à la Brigade fantôme comme il l'aurait été s'il n'y avait pas eu le projet Boutin, tout en le mettant sous les ordres d'un officier de confiance, Jane Sagan, qu'on a vue dans le précédent volume, pour qu'il soit tout particulièrement surveillé. Bien vu, car la conscience de Boutin se réveille progressivement dans le cerveau de Jared et s'intègre petit à petit à la personnalité naissante et indépendante de celui-ci. C'est là tout l'intérêt — et même le seul — de ce livre, par ailleurs rempli des mêmes clichés et des mêmes aventures militaristes que le premier. La nature de la conscience et de la personnalité, que devient le sentiment d'être “soi” quand une autre conscience est en train de se fondre dans la sienne, voilà des sujets intéressants et explorés de façon assez habile. Pas avec une grande subtilité ni très en profondeur, mais suffisamment pour garder mon intérêt jusqu'à la fin malgré les bagarres et les tueries répétitives qui m'ont rapidement ennuyée. Sans parler des motivations simplistes des divers protagonistes. Et suffisamment pour que je passe au suivant, &lt;a href=&quot;http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/2008/01/01/58-john-scalzi-the-last-colony&quot; title=&quot;Voir ce billet&quot;&gt;&lt;cite&gt;the Last colony&lt;/cite&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
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    <title>Kage Baker : the Graveyard game</title>
    <link>http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/post/2007/08/10/56-kage-baker-the-graveyard-game</link>
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    <pubDate>Fri, 10 Aug 2007 11:09:20 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Ellen Herzfeld</dc:creator>
        <category>Lectures</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Dans les premier et troisième volumes de la série que j'appelle &lt;cite&gt;la Compagnie&lt;/cite&gt; ou &lt;cite&gt;Dr Zeus&lt;/cite&gt;, l'histoire était racontée du point de vue de Mendoza la botaniste (&lt;a href=&quot;http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/2007/07/25/53-kage-baker-dans-le-jardin-d-iden&quot;&gt;&lt;cite&gt;In the garden of Iden&lt;/cite&gt;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/2007/08/04/55-kage-baker-mendoza-in-hollywood&quot;&gt;&lt;cite&gt;Mendoza in Hollywood&lt;/cite&gt;&lt;/a&gt;), dans le deuxième (&lt;a href=&quot;http://www.quarante-deux.org/cosmos/herzfeld/index.php/2007/07/25/54-kage-baker-coyote-celeste&quot;&gt;&lt;cite&gt;Sky coyote&lt;/cite&gt;&lt;/a&gt;) c'était Joseph le narrateur, et c'est de nouveau lui qui parle dans ce quatrième épisode. Il s'adresse à son “père”, celui qui l'a recruté il y a plusieurs milliers d'années.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le rideau se lève en 1996, là où Mendoza, son compagnon Einar et leurs chevaux sont apparus après avoir fait un bond réputé impossible vers l'avenir. Ils sont manifestement attendus et renvoyés dare-dare vers l'année 1862, sous les yeux stupéfaits de Lewis, immortel spécialisé en littérature et amoureux en secret de Mendoza, qui comprend que tout n'est pas pour le mieux et qui cherche à la prévenir, mais en vain. Lewis, qui sait qu'elle a disparu après l'épisode catastrophique qui clôt le volume trois, contacte Joseph et, d'un commun accord, ils décident de tout faire pour la retrouver et, par la même occasion, d'essayer de savoir ce que deviennent les immortels qui ne sont plus utiles à la Compagnie et dont personne n'entend plus jamais parler. Parmi lesquels il y a Budu, le “père” de Joseph, qui aurait eu une carrière particulièrement peu reluisante avant de disparaître. Bien qu'il n'apparaisse à aucun moment, l'ombre de l'étrange amoureux anglais de Mendoza plane en permanence, car Lewis est devenu obsédé par son histoire qu'il assemble patiemment bribe par bribe, puis qu'il invente complètement en écrivant un roman dans le roman.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ensemble ou séparément, ils vont sillonner le monde pendant plus de deux siècles, ce qui sera l'occasion de retrouver certains personnages vus ou entrevus dans les trois premiers romans et de visiter l'Angleterre, la France, le Maroc, divers endroits de ce qui fut les États-Unis, dont la Californie maintenant indépendante. Tout le roman tourne autour de ces quêtes particulières (qu'est devenue Mendoza, où est Budu, qui est Nicolas Harpole/Edward Elton Bell Fairfax), mais la vraie question concerne les actions et motivations véritables de la Compagnie. Et aussi ce qui va se passer en 2355, date au-delà de laquelle les immortels ne savent plus rien, et qui marque, on le pense, la fin de la mission collective des cyborgs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les énigmes déjà en place ne sont guère élucidées et de nouveaux mystères surgissent, dont l'existence de petits êtres sinistres, peut-être pas tout à fait humains, qui détiennent des secrets technologiques apparemment supérieurs par certains côtés à ceux que possèdent les gens de Dr Zeus eux-mêmes. Des factions se forment parmi les immortels, et on entre dans une période de suspicion et de traîtrise, rendue particulièrement délicate du fait des moyens d'observation et de contrôle dont disposent les uns et les autres. Joseph et Lewis, par leur obstination — mais aussi peut-être parce qu'ils sont manipulés —, découvrent des choses sur l'origine et l'organisation de la Compagnie qui vont les mettre en danger… de mort.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La vision que nous donne l'auteur du monde en 2026, en 2142, puis en 2275 est très fragmentaire, comme si l'extrapolation ne l'intéressait que pour ce qu'elle permet de satire sociale. Certes, il y a eu des guerres, des épidémies, des catastrophes naturelles, et les problèmes d'énergie ont été résolus par la fusion froide et l'antigravité, mais on ne s'attarde guère sur ces choses banales… Ce qui l'amuse plus, c'est de décrire l'évolution des mœurs : dans certains pays, il est interdit de consommer de la viande et des laitages au nom des droits des animaux, et aussi de l'alcool, des sucreries, du chocolat. D'où quelques petits épisodes comiques où les humains “normaux” paraissent, comme précédemment, assez ridicules. Mais en fait, l'avenir dépeint est plutôt noir, surtout pour les cyborgs pour lesquels l'immortalité ne serait finalement pas une si belle affaire que ça.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce quatrième volume n'est absolument pas lisible indépendamment car il repose entièrement sur le contexte et les événements décrits dans ceux qui précédent. Il approfondit certes quelques personnages et présente un certain nombre de péripéties et d'aventures fort habilement racontées mais il fait surtout avancer la métahistoire, celle de l'ensemble de la série, plutôt qu'une intrigue propre au roman. Alors que je l'ai lu avec un intérêt constant, arrivée à la dernière page je n'ai pas du tout eu le sentiment d'avoir terminé quelque chose. D'ailleurs, ce n'est pas terminé…&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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