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velléitaire et fantasque

Un journal à parution kantonpeusuelle, et quelques photos…

samedi 26 janvier 2008

Charles Stross : Aube d'acier (Iron sunrise)

Ce roman n'est pas vraiment une suite à Crépuscule d'acier (Singularity sky), bien qu'il se déroule dans le même univers un peu plus tard et avec quelques-uns des mêmes personnages.

Dans le premier, on a appris l'existence de l'Eschaton, une intelligence artificielle qui est née des systèmes informatiques de la Terre mais qui, en véritable singularité, a atteint une puissance dépassant l'entendement humain. Il pourrait se faire passer pour un dieu mais refuse de tomber si bas. Tout ce qu'il exige c'est que personne ne viole les lois de la causalité — avec le risque d'éliminer la naissance même de l'Eschaton —, ce qui implique en premier de ne pas voyager dans le temps, action qui devient envisageable avec l'arrivée du déplacement supraluminique, ce qui est le cas ici. À part ça, l'Eschaton a dispersé l'humanité sur des centaines de planètes à travers la galaxie et a fourni diverses merveilles technologiques, surtout des machines “cornes d'abondance” qui, grâce à la nanotechnologie, peuvent fabriquer quasiment n'importe quoi, et des traitements qui empêchent le vieillissement.

Martin Springfield et Rachel Mansour, qui se sont rencontrés dans Crépuscule d'acier, sont maintenant mariés et vivraient volontiers tranquillement sur la Terre pour se remettre de leurs aventures précédentes. Ils seront de nouveau ici sur le pont, mais quelque peu en arrière-plan.

Le personnage principal est une adolescente un peu rebelle, Victoria Strowger, qui se fait appeler Wednesday Shadowmist (Mercredi Brumedombre pour les anglophobes). Comme beaucoup de jeunes un peu solitaires, elle a un ami invisible depuis qu'elle est petite… sauf que le sien n'est pas imaginaire. Et il se nomme Herman. Ceux qui ont lu le précédent livre reconnaîtront immédiatement l'avatar de l'Eschaton qui accompagnait déjà Martin. Mercredi habite sur une station spatiale appartenant à une civilisation dont la planète principale, Moscou, a été détruite quand son soleil a explosé quelques années plus tôt. L'onde de choc de cette catastrophe va atteindre la station qui est en cours d'évacuation au début de l'histoire. La jeune fille découvre des papiers compromettants qui pourraient expliquer la destruction de Moscou dont le soleil n'est manifestement pas mort de causes naturelles. Elle se retrouve de ce fait la cible de gros méchants qui la poursuivent à travers la station quasi déserte mais, grâce aux enseignements de Herman pendant son enfance, elle arrive à leur échapper. Ses parents et son frère, par contre, y laissent leur peau, ce qui enflamme le cœur de l'adolescente d'un violent désir de vengeance. Avec l'aide de Herman, elle se trouve embarquée, en classe grand luxe, sur un vaisseau qui fait la tournée des divers mondes de cet univers.

Martin et Rachel, de leur côté, se voient confier une nouvelle mission pour sauver, comme d'habitude, des millions (des milliards ?) d'êtres innocents. En effet, les gens de Moscou, comme ça semble être la coutume, ont prévu un système de représailles au cas où il leur arriverait malheur. Des vaisseaux “lents” — du moins plus lents que la lumière —, porteurs d'armes de destruction massive sont en route pour la planète Nouvelle Dresde, rivale commerciale suspectée d'être à l'origine de l'explosion de leur soleil. Pour les arrêter, il faut que deux (ou trois) diplomates en exil lancent ensemble une commande spéciale. Ces mêmes diplomates peuvent aussi donner une autre commande qui rend la mission fatale définitivement irrévocable. Leur objectif est donc de trouver ces braves gens et de les convaincre de faire le bon choix. Le problème, c'est qu'ils sont en train de disparaître un par un, assassinés par on ne sait qui, une personne qui semble cependant voyager sur le même vaisseau que Mercredi.

Il y a aussi les ReMastered, très explicitement des Nazis à la sauce futuriste. Très très méchants, et même parmi ceux-là il y en a des plus méchants encore. Mais, heureusement pour nos héros, l'un d'entre eux a envie d'en sortir et se rebelle.

L'intrigue est plus facile à suivre que dans Crépuscule d'acier, mais aussi nettement moins originale. L'ambiance est, par moments, grandiose, galactique, à la Baxter, le ton rappelle parfois Sterling, et l'humour, un peu noir, un peu cynique est tout de Stross. L'histoire est par endroits palpitante, surtout vers la fin (les cinquante dernières pages) et m'a rappelé la “bonne vieille SF”, peut-être même carrément la grande époque des Fleuve noir (ce qu'on peut prendre comme compliment ou critique, selon son point de vue). Pourtant, curieusement, je me suis très largement ennuyée en lisant ce livre. J'ai même plusieurs fois hésité à l'abandonner. Je pense que le problème, c'est que Stross s’amuse, certes, et produit un feu d'artifice de trouvailles parfois ingénieuses — moins que dans le précédent, il faut le dire — mais qu'il ne fait que ça. Il y a peu de réflexion, peu du type de spéculation qui me branche et finalement, ça ne m'a guère intéressée. Maintenant, est-ce que j'étais mal lunée ? Possible. En fait, j'ai l'impression d'avoir une indigestion de space op et d'une SF que je trouve, disons-le, un peu primaire (n'oublions pas que j'ai lu trois Scalzi à la suite, juste avant !). Et ce qui aurait pu sans doute être un divertissement sympathique m'a surtout donné envie de, vite vite, lire autre chose de moins agité et de plus introspectif.

vendredi 4 janvier 2008

Charles Stross : Crépuscule d'acier (Singularity sky)

Si jamais la “singularité” au sens que lui donne Vernor Vinge se produisait vraiment, quelles en seraient les conséquences ? Certains imaginent la disparition pure et simple de l'humanité, d'autres penchent plutôt pour son élévation vers un état transhumain. Stross explore le sujet à sa manière au travers d'un roman complexe et flamboyant qui mélange la satire politique, une vision déjantée de l'avenir, le space opera… et même une histoire d'amour.

On apprend qu'au cours du vingt et unième siècle, il s'est passé quelque chose… l'apparition de l'Eschaton, une intelligence suprahumaine, originaire d'un avenir lointain et qui se dit notre descendant. Il est venu pour interdire toute violation de la causalité — ce qui se passe en pratique si lors d'un voyage vers le passé on modifie un événement qui s'est déjà produit — pour sauvegarder l'intégrité de l'univers et sa propre existence. Manifestement, la règle ne s'applique pas à lui-même car il a bien fallu qu'il l'enfreigne pour venir se mêler des affaires des humains de base. Mais passons. Pendant qu'il y est, il déplace les neuf dixièmes de la population de la Terre vers des planètes lointaines où ils doivent s'installer et se débrouiller. L'histoire se passe quelques milliers d'années dans l'avenir alors que les habitants de la Terre voyagent parmi les étoiles et ont renoué avec plus ou moins de bonheur avec les descendants des émigrés involontaires.

Une de ces sociétés s'appelle la Nouvelle République et a instauré un régime totalitaire apparemment inspiré de la Russie tsariste qui interdit toute technologie avancée (sauf pour raisons militaires). La population est maintenue à un niveau de vie genre fin du dix-neuvième. Ils ont néanmoins quelques colonies sur d'autres planètes, et l'une d'entre elles, Rochard's World, reçoit la visite d'étranges voyageurs, le Festival. Il s'agit d'une civilisation dont les habitants traversent les espaces intersidéraux sous une forme désincarnée, leur substance conservée sous forme d'information sur des supports pouvant voyager loin et longtemps sans inconvénient, et qui ne reprennent “vie” que lorsqu’ils ont trouvé un lieu qui les intéresse. Ils ne veulent qu'une chose : de l'information nouvelle, des histoires, de l'art, n'importe quoi d'original qui peut les distraire. Cette arrivée, pourtant paisible, entraîne un bouleversement absolu à tous les niveaux de la colonie car, en échange d'une bribe qui les amuse, ils exaucent tous les vœux des habitants. Le choc culturel est majeur. Sur la planète impériale, bien qu'on ne sache pas trop ce qui se passe, on considère qu'il s'agit de toute évidence d'une attaque en règle et tout se met en branle pour reconquérir les lieux. L'ennui, c'est que, d'une part, les militaires n'ont pas la moindre idée de la nature du Festival et de ses capacités, et d'autre part, le plan de bataille qu'ils ont concocté risque de produire une violation de la causalité, ce que l'Eschaton a expressément interdit sous menace de représailles plus que sévères.

En fait, l'histoire est compliquée, confuse même, surtout au début et j'ai mis bien cent pages (sur trois cents) à commencer à comprendre ce qui se passait. Les deux principaux protagonistes, Rachel Mansour et Martin Springfield, sont à peu près clairs tout au long, mais de nombreux autres personnages au nom à consonance russe ou allemande sont restés longtemps — pour certains jusqu'à la fin — complètement brouillés dans mon esprit. J'ai dû plusieurs fois retourner en arrière pour saisir qui était qui.

Malgré cela, une fois entrée dans l'histoire, car il y en a une, avec des intrigues, des bagarres, des personnes qui ne sont pas ce qu'elles paraissent… j'ai suivi les aventures de Rachel et Martin avec plaisir. Il faut dire que l'inventivité de Stross est superlative et que certaines scènes sont stupéfiantes. Sans parler de son humour.

En conclusion, un livre avec des imperfections certaines — pardonnables, car il s'agit en fait d'un premier roman, mais dont les qualités sont suffisantes pour que, sans attendre, j'entreprenne la suite, dans Iron Sunrise (Aube d'acier).

P.S. Je compatis d'avance avec le traducteur si un jour il y en a un.

P.P.S. Francis me signale dans le commentaire ci-dessous que ce livre est en fait traduit ! Si j'avais vérifié dans exliibris, je l'aurai su : Crépuscule d'acier. Je compatis donc avec Xavier Spinat a posteriori.

mardi 1 janvier 2008

John Scalzi : the Last colony

Après le Vieil homme et la guerre et les Brigades fantômes, voici le troisième volet de cette série de SF militariste.

Nous retrouvons le personnage principal du premier roman, John Perry, et sa dulcinée, la superhéroïne Jane Sagan. Ils sont tous deux à la retraite depuis quelques années avec un nouveau corps “normal” sans modifications et une fille adoptive adolescente, Zoë. Leur petite vie tranquille est — heureusement pour le roman — perturbée quand un officier du Département de la colonisation les approche avec une offre qu'ils ne peuvent refuser. Il s'agit de diriger un groupe de colons qui vont partir pour une planète habitable, Roanoke.

Certes, le projet est de coloniser un nouveau monde, mais le vrai but est en fait ailleurs, en rapport avec des imbroglios politiques nombreux et des projets militaires hardis. L'Union coloniale (la branche expansionniste de l'Humanité) est en conflit avec le Conclave, groupement de mondes “extraterrestres” qui ont décrété qu'ils étaient les seuls à avoir le droit de coloniser. Il y a donc un anti-Conclave, plus ou moins secret, et des espèces qui se veulent indépendantes, des hommes fidèles à un groupe ou à un autre, ou quelque part entre les deux. Et Roanoke n'est qu'un pion dans un jeu qui la dépasse, avec des joueurs qui n'hésitent pas à mettre la vie de milliers d'innocents en péril.

John Perry et sa femme Jane cherchent à organiser au mieux la colonie — pas commode compte tenu qu'elle est composée de façon très inhabituelle avec des gens venant de dix mondes différents — et à déjouer les manigances des militaires de l'Union coloniale. Dès l'arrivée, ils apprennent qu'ils doivent observer un silence radio total pour ne pas être repérés par le Conclave qui ne manquerait pas de les éliminer sommairement, ce qui implique l'abandon de toute technologie avancée. Heureusement, parmi les colons se trouve un groupe, les Mennonites, qui depuis longtemps ont choisi la vie simple, et qui vont donc pouvoir montrer aux autres comment se débrouiller comme dans le bon vieux temps.

La petite Zoë a une position particulière, car elle est la fille du traître Boutin (vu dans les Brigades fantômes) lequel a permi à une espèce, les Obins, d'accéder à la conscience. De sorte que, pour les Obins, elle est pratiquement une déité, en tant que fille de leur dieu. Et pendant toute l'histoire, elle est accompagnée de deux Obins qui ont pour mission d'éviter qu'il ne lui arrive malheur. Ce joyeux trio est source d'amusement, de surprises et même d'intérêt pendant tout le roman.

Donc, un roman lisible, pas ennuyeux, avec quelques idées. L'auteur avait sans doute, entre autres, le désir d'explorer les conséquences d'une politique impérialiste, où tout se résume finalement à des luttes de pouvoir, mais ça on le savait déjà… Scalzi a un certain humour et écrit de bons dialogues. Mais j'ai trouvé un certain nombre de défauts un peu trop évidents. D'abord un épisode dans la première moitié, avec l'attaque d'indigènes qui ressemblent à des loups-garous, et qui sont peut-être intelligents. Je dis "peut-être" parce qu'on n'en entend plus parler dans la deuxième moitié du roman. Bizarre. Puis quelques deus ex machina vers la fin. Ce n'est pas rare — ni totalement rédhibitoire — en SF, mais c'est quand même souvent un signe de faiblesse de l'intrigue. Enfin, les moments d'introspection des personnages portent souvent sur la problématique de leur “humanité”. Quand on est modifié, que son ADN a été trafiqué, pour être “plus” qu'un humain normal, on est, et on se sent finalement “moins” humain. Ce qui semble leur poser problème… hmmm.

Il y a aussi, sans un volume séparé, the Sagan diary, longue nouvelle qui décrit le dialogue interne de Jane Sagan à travers les deux premiers livres de la série. Totalement illisible si on ne les a pas lu, et encore, même là, d'un intérêt moyen.

J'apprends, après avoir tout fini, que Scalzi s'est laissé aller à écrire un quatrième volet, l'histoire de Zoë. Vais-je succomber ? Pas sûr.

John Scalzi : les Brigades fantômes (the Ghost brigades)

Ce deuxième volume de la série est dans la droite ligne du premier. Sans l'élément de surprise, car l'univers décrit est le même, et l'un des personnages principaux aussi. Les brigades fantômes du titre ont également déjà été introduites. Dans l'armée “régulière”, les recrues sont des volontaires de soixante-quinze ans, mais ici, ce sont des corps créés à partir de l'ADN de ceux qui, bien qu'ayant déclaré qu'ils signeraient à l'âge réglementaire, sont morts avant la date fatidique. Lorsqu'ils ont atteint leur maturité, en seize mois, ces corps sont donc “réveillés” et découvrent le monde sans aucun souvenir d'une vie antérieure. Ils sont aidés par un implant cérébral, le BrainPal, mais leur personnalité reste un tantinet infantile malgré tout. À dix ans, ce sont donc des vétérans… Les soldats “normaux” étaient déjà très améliorés par rapport à la triste condition de leur corps d'origine, mais ceux-ci profitent à fond d'améliorations techniques encore supérieures. Ils sont plus rapides, plus forts et communiquent entre eux de façon quasi télépathique bien plus vite que ce qui est possible pour les autres.

J'avais dit, dans mon billet sur le Vieil homme et la guerre, que toute la construction sociale était un peu difficile à avaler. Curieusement, les explications qui auraient été alors bienvenues sont données ici dès le début, lors du prologue conçu pour ceux qui n'ont pas lu le premier.

On suit un groupe de seize “nouveau-nés” depuis leur réveil, à travers leurs premiers pas et leur entraînement, puis lors de diverses missions où leur nombre chute drastiquement. Un de ces soldats, Jared Dirac, est spécial : il a été créé pour héberger la conscience d'un certain Charles Boutin, génie en matière de transfert de conscience mais qui est passé, on ne sait pourquoi, à l'ennemi. En le mettant dans un corps tout neuf, les militaires de la Force de défense coloniale s'imaginent qu'ils pourront l'interroger et peut-être apprendre pourquoi le Boutin original a trahi et ce qu'il est en train de tramer là où il est, lieu qu'ils espèrent aussi découvrir. Boutin est parti en faisant croire à un suicide mais dans le feu de l'action a omis d'effacer l'enregistrement de sa conscience qui est restée dans une machine. Malheureusement, le transfert de celle-ci ne se passe pas comme prévu et le corps se réveille comme n'importe quel soldat de ce type, sans aucune mémoire. On décide alors de l'intégrer normalement à la Brigade fantôme comme il l'aurait été s'il n'y avait pas eu le projet Boutin, tout en le mettant sous les ordres d'un officier de confiance, Jane Sagan, qu'on a vue dans le précédent volume, pour qu'il soit tout particulièrement surveillé. Bien vu, car la conscience de Boutin se réveille progressivement dans le cerveau de Jared et s'intègre petit à petit à la personnalité naissante et indépendante de celui-ci. C'est là tout l'intérêt — et même le seul — de ce livre, par ailleurs rempli des mêmes clichés et des mêmes aventures militaristes que le premier. La nature de la conscience et de la personnalité, que devient le sentiment d'être “soi” quand une autre conscience est en train de se fondre dans la sienne, voilà des sujets intéressants et explorés de façon assez habile. Pas avec une grande subtilité ni très en profondeur, mais suffisamment pour garder mon intérêt jusqu'à la fin malgré les bagarres et les tueries répétitives qui m'ont rapidement ennuyée. Sans parler des motivations simplistes des divers protagonistes. Et suffisamment pour que je passe au suivant, the Last colony.