Quand un roman se présente franchement comme de la SF militariste, j'ai tendance à passer. Par contre, quand l'aspect va-t-en-guerre ne paraît pas être l'élément unique ou même principal, il arrive que je me laisse tenter. Je viens donc de lire un livre plutôt bizarre : Old man's war. Je lui ai trouvé plein de défauts mais ceux-ci se sont fait oublier tellement l'ensemble était sympa par ailleurs. Et je l'ai lu en quelques jours à peine, alors que d'habitude il me faut de deux à quatre semaines pour un roman. À noter qu'il est sorti en français en janvier 2007 avec un titre bien vu : le Vieil homme et la guerre.

L'histoire est pour l'essentiel tout à fait classique, une aventure militaire dans les étoiles, mais avec quelques particularités. Dans un avenir assez lointain, quelques siècles au moins, les habitants de la Terre ont colonisé de nombreux systèmes où ils sont en compétition féroce avec d'autres espèces intelligentes, toutes plus méchantes les unes que les autres, et toutes, curieusement, à peu près au même niveau technologique que les Terriens. Il faut donc une solide armée pour protéger les colonies : c'est la Force de défense coloniale. On verra surtout l'infanterie qui a un rôle très important — on se demande bien pourquoi, en dehors du fait que c'est bon pour l'histoire que l'auteur veut raconter. Ce qui est particulier, c'est qu'elle est constituée exclusivement de personnes âgées de plus de soixante-quinze ans qui acceptent, pour pouvoir s'engager, de quitter la planète mère définitivement. Celle-ci, pour des raisons pas très claires, est complètement isolée des colonies. Non seulement elle n'a pas accès à la technologie avancée dont dispose la FDC, mais elle n'a aucune information sur ce qui se passe là-bas. Et cette Terre de l'avenir semble curieusement proche de la nôtre. La mention d'une guerre nucléaire contre l'Inde ne suffit pas à créer une impression de différence significative. Bon, il y a bien des vaisseaux interstellaires et un ascenseur orbital mais on apprend vite que ces prouesses technologiques sont la chasse gardée — on ne sait trop pour quelle raison — de la FDC. Les colonies, elles, sont peuplées uniquement d'émigrants venant de pays sous-développés et surpeuplés, et par les anciens de la FDC. Il faut accepter tout ça sans broncher car l'auteur ne cherche pas vraiment à expliquer le pourquoi et le comment de tous ces préalables, certes nécessaires à l'histoire mais souvent difficiles à avaler tout cru.

L'histoire est racontée du point de vue d'un certain John Perry. Elle commence ainsi : « J'ai fait deux choses le jour de mes soixante-quinze ans : je suis allé sur la tombe de ma femme, puis je me suis engagé. » Le ton est donné. On va suivre Perry qui part pour une nouvelle vie dont il ne sait absolument rien. Il pense, comme tous ceux qui font ce choix, que l'armée doit bien disposer de moyens pour les rajeunir car des troupes de vieillards cacochymes ne seraient pas très utiles. C'est d'ailleurs la motivation première de toutes les recrues car, à soixante-quinze ans, même bien conservé, on a sa vie derrière soi et l'avenir n'apparaît souvent que comme une pente fortement descendante. Donc, ils acceptent une sorte de pari : une forte probabilité de se retrouver jeune, même si ce n'est pas pour longtemps — la vie militaire en temps de guerre n'est pas sans danger —, avec la possibilité d'être encore utile à l'humanité, contre une certitude de décrépitude rapide dans l'inutilité sociale. Perry va se faire des amis — tous ces vieux croûtons sont des gens agréables et sociables, ce qui ne correspond pas à ma vision de l'humanité, mais passons —, il va découvrir la vie militaire, présentée d'une façon quasi caricaturale mais pas sans humour. Il va se retrouver affublé d'un uniforme et d'une arme, comme tout bon soldat, mais aussi d'un corps tout neuf de la toute dernière série spécialement adaptée à la guerre et d'une sorte de PDA quasi intelligent implanté dans son cerveau. Il va faire ses classes, partir pour sa première mission et va se découvrir des talents et un goût pour la chose militaire qu'il ne soupçonnait pas du tout. Les extraterrestres sont abominables à souhait — il y en aurait qui ne seraient pas des fous sanguinaires mais on ne les rencontre pas — et certains sont tout à fait intrigants. En particulier une race de toute évidence tellement avancée qu'on se demande bien pour quelle raison elle se bat contre les humains en n'utilisant manifestement pas toutes ses possibilités.

C'est du space op', c'est certain, mais pas vraiment de la hard SF, au sens spéculatif du terme. Peut-être un hommage à l'âge d'or de la SF ? Pourquoi pas. Ce sont surtout des aventures palpitantes avec des personnages bien campés et attachants. Le style est fluide, simple et direct. La structure romanesque est sans complication. Que demande le peuple ?

J'ai finalement eu l'impression d'avoir vu un long épisode d'une très bonne série télé de SF, bien violente, avec plein d'explosions comme je les aime, avec des personnages sympas et parfois même rigolos. Parsemé, certes, d'éléments qui ne tiennent pas trop la route si l'on regarde de près, mais le tout tellement bien emballé qu'il serait dommage de bouder son plaisir.

D'ailleurs, je me suis empressée de commander les deux livres suivants dans le même univers (je ne crois pas qu'il s'agisse de suites directes) : the Ghost brigades et the Last colony. Il y a aussi, en volumes séparés, une longue nouvelle, the Sagan diary (que j'ai) et une nouvelle courte Questions for a Soldier (que je n'ai pas).