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velléitaire et fantasque

Un journal à parution kantonpeusuelle, et quelques photos…

mercredi 25 juillet 2007

Kage Baker : Coyote céleste (Sky coyote)

Après la première aventure de Mendoza qui se passe en l'Angleterre vers 1550 (voir Dans le jardin d'Iden pour comprendre de quoi il s'agit), on se retrouve quelque part dans le Nouveau Monde en 1699, où les cyborgs immortels se prépare à fêter, de manière grandiose, le passage à l'année 1700. Cette fois c'est Joseph qui raconte l'histoire de Coyote céleste (Sky Coyote). On découvre donc, par bribes, d'où il vient, comment il a été recruté par la Compagnie et un peu de ce qu'il y fait depuis plusieurs milliers d'années… Le début du roman se passe dans une sorte de station de villégiature cachée dans la jungle où les immortels se reposent, travaillent et mettent au point leurs diverses missions. On apprend comment ils vivent, comment ils s'amusent, et aussi un certain nombre de choses — plus ou moins mystérieuses — sur la Compagnie elle-même. La "mission" cette fois, va se dérouler dans ce qui deviendra la Californie, peu de temps avant l'arrivée de l'homme blanc et son cortège de catastrophes. Il s'agit de déplacer un village entier d'Indiens Chumash, avec leur accord et leur coopération et sans les traumatiser. Ce pour sauver ce qui peut l'être de leur vie, de leur environnement et de leur culture. Mendoza fait partie du groupe mais restera toujours plus ou moins en retrait. En fait, sa présence et son comportement ne peuvent avoir de sens que si on a d'abord lu le premier volume. Les personnages principaux sont les Indiens. Joseph va devoir être grimé (avec des prothèses élaborées) pour pouvoir passer pour "Sky Coyote", un des dieux, futé, menteur mais pas méchant, de leur mythologie. Mais les Chumash sont loin d'être des sauvages primitifs. Ils ont des syndicats, un système économique évolué avec une monnaie et une vision fort rationnelle du monde. Il n'est donc pas aisé de leur faire prendre des vessies pour des lanternes. Baker réussi à présenter ses Indiens de la (future) Californie précolombienne de façon originale et sans les stéréotypes habituels.

Comme il s'agit d'une mission de grande envergure, les immortels impliqués sont nombreux mais il y a aussi des gens — mortels eux — venus du vingt-quatrième siècle pour, en principe, superviser l'affaire. Ils sont, curieusement, apparemment complètement infantiles et ignorants de beaucoup de choses ; de plus ils sont végétariens, totalement non violents, et ne tolèrent pas que les autres — cyborgs ou indigènes — ne se comportent pas comme eux. Ce qui est fort irréaliste et à l'origine d'un certain nombre de conflits et de situations cocasses.

Ce deuxième volume est plus léger que le premier mais tout aussi plein d'humour et de tendresse. Et, comme dans le premier, les immortels, plus ou moins blasés par leur longue vie et leurs innombrables expériences à travers l'histoire, portent un regard bien cynique et très pertinent sur le monde. Une lecture fort agréable qui m'a fait aussitôt entreprendre le troisième épisode : Mendoza in Hollywood.

Kage Baker : Dans le jardin d'Iden (In the garden of Iden)

Voici maintenant quelque chose de totalement différent. Accrochez-vous, parce qu'il y en a pour un moment : la série the Company de Kage Baker comporte pour l'instant douze volumes (huit romans, deux recueils, deux novellas) et je viens d'en lire le premier Dans le jardin d'Iden (In the Garden of Iden). Le premier chapitre pose les fondations, les éléments qu'il va falloir accepter les yeux fermés pour pouvoir apprécier l'histoire. Au vingt-quatrième siècle, un groupe de savants et de marchands qui avaient pour objectif avoué d'améliorer le sort de l'humanité, tout en gagnant quelques sous au passage, a été à l'origine de deux inventions majeures, le voyage dans le temps et l'immortalité. Avec quelques limitations quand même. Le voyageur temporel peut aller vers le passé et revenir dans son présent, mais ne peut jamais partir en direction de son avenir. Le déplacement dans le temps est horriblement coûteux et, en plus, on ne peut rien ramener avec soi. Les traitements, longs, complexes et pénibles, qui permettent de modifier le corps pour le rendre immortel — et le doter de toutes sortes d'améliorations — ne marchent vraiment que sur des enfants en bas âge. D'ailleurs, les immortels sont en fait des cyborgs qui se considèrent eux-mêmes comme plus tout à fait humains. Ce qui est censé expliquer que tout le monde, au XXIVe siècle, ne se précipite pas pour devenir comme eux, ou au moins pour en faire profiter ses enfants. Autre règle incontournable : l'Histoire, celle qui est écrite, ne peut être modifiée. Mais cela laisse une marge de manœuvre suffisante pour agir en douce, dans les zones d'ombre.

Ce groupe, qui se nomme collectivement "Dr Zeus", a donc fondé la Compagnie ("the Company" traduit par "la Société" dans la VF, ce qui ne me plaît pas trop). Celle-ci donne essentiellement dans le commerce d'objets, d'animaux et de plantes rares. Pour ce faire, et compte tenu des impératifs mentionnés plus haut, elle a trouvé une solution simple. Elle a fait un investissement initial en envoyant des agents vers les temps préhistoriques pour transformer quelques enfants soigneusement choisis en immortels convenablement éduqués et endoctrinés, puis les a laissés vivre au rythme normal. Au fil des ans, ceux-ci récupèrent et cachent des objets intéressants (œuvres d'art, animaux et plantes en voie de disparition ou de destruction, etc.) dans des endroits bien à l'abri — où ils pourront être, comme par un heureux hasard, retrouvés des siècles plus tard par ceux qui sont au parfum —, et au passage ils recrutent d'autres enfants dont la disparition passera inaperçue pour étoffer leurs rangs.

Je vois déjà les amateurs de la rigueur scientifique d'un Greg Egan s'arracher les cheveux, ou détourner pudiquement les yeux en pensant que je suis devenue sénile. Ce n'est certes en rien de la hard sf, mais il n'y a pas que ça dans la vie. Cette mise en place en peu hardie va permettre ensuite de raconter une histoire que j'ai trouvée fort agréable et divertissante.

Nous sommes au XVIe siècle en Espagne. L'inquisition. Une enfant de trois ou quatre ans est sur le point d'y passer, aux mains des hommes de dieux. Heureusement, l'un d'entre eux est en fait un immortel dénommé Joseph qui reconnaît dans son attitude farouche la graine d'une recrue de qualité. Notre héroïne, Mendoza, est donc prise en main par les agents de la Compagnie dans un centre situé en Australie où, à cette date, il n'y a pas grand monde. Une fois sa transformation et son éducation terminée — elle a eu une formation de botaniste —, elle est envoyée pour sa première mission en Angleterre, avec quelques autres agents, dont Joseph, qui se font passer pour des Espagnols. L'époque, comme le savent ceux qui ont suivi pendant les cours d'histoire, est fort troublée. Tantôt — sous Henry VIII — il est très mal vu d'être catholique, et carrément dangereux d'être espagnol et catholique, puis, quelque temps plus tard, sous Mary Tudor, ce sont les protestants qui sont honnis. Le petit groupe arrive à un moment où les Espagnols sont mieux reçus, c'est-à-dire pas lynchés sur le champ — le nouveau prince consort c'est Philippe II d'Espagne — et s'installent chez un certain Sir Walter Iden qui est collectionneur de plantes rares. Le but est d'étudier et de récupérer tout ce qui peut être intéressant dans le jardin de ce monsieur, en particulier certaines plantes médicinales aux vertus anticancéreuses.

On suit en parallèle les intrigues de la petite noblesse de province et la vie des immortels qui sont là avec un objectif précis et qui ne doivent surtout par attirer l'attention bien qu'ils fassent et sachent plein de choses que leurs hôtes n'imaginent même pas. Ce qui n'empêche pas Mendoza — elle a 17 ou 18 ans — de tomber amoureuse d'un hérétique protestant malgré les conseils avisés de Joseph, qui en a vu d'autres et qui sait, d'expérience, que les aventures sentimentales avec les mortels, ça ne peut que mal se terminer. Le jeune homme, Nicolas, est très — trop — intelligent, très observateur et comprend que des choses se cachent sous les apparences. Comme prévu par Joseph, ça se passe mal…

L'histoire est racontée à la première personne par Mendoza. Les personnages sont vivants, émouvants, drôles. Tout le monde parle dans un anglais vieilli, ce qui ajoute à l'ambiance mais, entre eux, les agents de la Compagnie causent comme les gens du futur. Leur point de vue permet à l'auteur (qui a par ailleurs enseigné l'anglais élisabéthain comme seconde langue !) de porter un regard intéressant — souvent critique et parfois franchement satirique, mais aussi chaleureux — sur la vie, la politique, les comportements… comme c'est l'usage dans la bonne SF.

Kage Baker est manifestement une conteuse hors pair. Je ne me suis pas ennuyée une seconde. Elle a même réussi à me donner envie d'aller lire quelques articles sur Wikipedia pour me remettre en tête les événements historiques de l'époque car j'avais complètement oublié le peu que j'avais appris à l'école sur cette période. À la fin du roman, on laisse les mortels et l'Angleterre dans les affres de cette époque fort peu sympathique. Les agents de la Compagnie s'en sortent plus ou moins bien — Mendoza plutôt plus mal que les autres, du moins psychologiquement — mais tous sont prêts pour de nouvelles missions en d'autres points de la terre. Forcément, ils ont été conçus pour ça.

La suite dans Coyote céleste

vendredi 6 juillet 2007

John Scalzi : le Vieil homme et la guerre

Quand un roman se présente franchement comme de la SF militariste, j'ai tendance à passer. Par contre, quand l'aspect va-t-en-guerre ne paraît pas être l'élément unique ou même principal, il arrive que je me laisse tenter. Je viens donc de lire un livre plutôt bizarre : Old man's war. Je lui ai trouvé plein de défauts mais ceux-ci se sont fait oublier tellement l'ensemble était sympa par ailleurs. Et je l'ai lu en quelques jours à peine, alors que d'habitude il me faut de deux à quatre semaines pour un roman. À noter qu'il est sorti en français en janvier 2007 avec un titre bien vu : le Vieil homme et la guerre.

L'histoire est pour l'essentiel tout à fait classique, une aventure militaire dans les étoiles, mais avec quelques particularités. Dans un avenir assez lointain, quelques siècles au moins, les habitants de la Terre ont colonisé de nombreux systèmes où ils sont en compétition féroce avec d'autres espèces intelligentes, toutes plus méchantes les unes que les autres, et toutes, curieusement, à peu près au même niveau technologique que les Terriens. Il faut donc une solide armée pour protéger les colonies : c'est la Force de défense coloniale. On verra surtout l'infanterie qui a un rôle très important — on se demande bien pourquoi, en dehors du fait que c'est bon pour l'histoire que l'auteur veut raconter. Ce qui est particulier, c'est qu'elle est constituée exclusivement de personnes âgées de plus de soixante-quinze ans qui acceptent, pour pouvoir s'engager, de quitter la planète mère définitivement. Celle-ci, pour des raisons pas très claires, est complètement isolée des colonies. Non seulement elle n'a pas accès à la technologie avancée dont dispose la FDC, mais elle n'a aucune information sur ce qui se passe là-bas. Et cette Terre de l'avenir semble curieusement proche de la nôtre. La mention d'une guerre nucléaire contre l'Inde ne suffit pas à créer une impression de différence significative. Bon, il y a bien des vaisseaux interstellaires et un ascenseur orbital mais on apprend vite que ces prouesses technologiques sont la chasse gardée — on ne sait trop pour quelle raison — de la FDC. Les colonies, elles, sont peuplées uniquement d'émigrants venant de pays sous-développés et surpeuplés, et par les anciens de la FDC. Il faut accepter tout ça sans broncher car l'auteur ne cherche pas vraiment à expliquer le pourquoi et le comment de tous ces préalables, certes nécessaires à l'histoire mais souvent difficiles à avaler tout cru.

L'histoire est racontée du point de vue d'un certain John Perry. Elle commence ainsi : « J'ai fait deux choses le jour de mes soixante-quinze ans : je suis allé sur la tombe de ma femme, puis je me suis engagé. » Le ton est donné. On va suivre Perry qui part pour une nouvelle vie dont il ne sait absolument rien. Il pense, comme tous ceux qui font ce choix, que l'armée doit bien disposer de moyens pour les rajeunir car des troupes de vieillards cacochymes ne seraient pas très utiles. C'est d'ailleurs la motivation première de toutes les recrues car, à soixante-quinze ans, même bien conservé, on a sa vie derrière soi et l'avenir n'apparaît souvent que comme une pente fortement descendante. Donc, ils acceptent une sorte de pari : une forte probabilité de se retrouver jeune, même si ce n'est pas pour longtemps — la vie militaire en temps de guerre n'est pas sans danger —, avec la possibilité d'être encore utile à l'humanité, contre une certitude de décrépitude rapide dans l'inutilité sociale. Perry va se faire des amis — tous ces vieux croûtons sont des gens agréables et sociables, ce qui ne correspond pas à ma vision de l'humanité, mais passons —, il va découvrir la vie militaire, présentée d'une façon quasi caricaturale mais pas sans humour. Il va se retrouver affublé d'un uniforme et d'une arme, comme tout bon soldat, mais aussi d'un corps tout neuf de la toute dernière série spécialement adaptée à la guerre et d'une sorte de PDA quasi intelligent implanté dans son cerveau. Il va faire ses classes, partir pour sa première mission et va se découvrir des talents et un goût pour la chose militaire qu'il ne soupçonnait pas du tout. Les extraterrestres sont abominables à souhait — il y en aurait qui ne seraient pas des fous sanguinaires mais on ne les rencontre pas — et certains sont tout à fait intrigants. En particulier une race de toute évidence tellement avancée qu'on se demande bien pour quelle raison elle se bat contre les humains en n'utilisant manifestement pas toutes ses possibilités.

C'est du space op', c'est certain, mais pas vraiment de la hard SF, au sens spéculatif du terme. Peut-être un hommage à l'âge d'or de la SF ? Pourquoi pas. Ce sont surtout des aventures palpitantes avec des personnages bien campés et attachants. Le style est fluide, simple et direct. La structure romanesque est sans complication. Que demande le peuple ?

J'ai finalement eu l'impression d'avoir vu un long épisode d'une très bonne série télé de SF, bien violente, avec plein d'explosions comme je les aime, avec des personnages sympas et parfois même rigolos. Parsemé, certes, d'éléments qui ne tiennent pas trop la route si l'on regarde de près, mais le tout tellement bien emballé qu'il serait dommage de bouder son plaisir.

D'ailleurs, je me suis empressée de commander les deux livres suivants dans le même univers (je ne crois pas qu'il s'agisse de suites directes) : the Ghost brigades et the Last colony. Il y a aussi, en volumes séparés, une longue nouvelle, the Sagan diary (que j'ai) et une nouvelle courte Questions for a Soldier (que je n'ai pas).