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velléitaire et fantasque

Un journal à parution kantonpeusuelle, et quelques photos…

mercredi 16 mai 2007

Ken MacLeod : Engine City

Engine City est le troisième volume de la série Engines of light, après Cosmonaut Keep et Dark light. C'est véritablement un long roman en trois parties et il faut donc les lire à la suite et dans l'ordre. L'auteur propose quand même un prologue qui résume un peu les deux premiers volumes et apporte des informations plus claires sur la situation générale de cet univers

Volkov, Cosmonaut originaire d'une russie uchronique du XXIe siècle, s'intéresse surtout à la façon de fomenter des révolutions et instaurer des systèmes politiques à son goût partout où il passe. Le voilà sur Nova Terra, planète paisible dont l'évolution se fait en grande partie grâce aux marchands humains qui vivent sur les grands vaisseaux luminiques dont le navigateur est un kraken et l'équipage essentiellement des saurs, deux espèces intelligentes venues au départ de notre Terre.

D'autres humains ont aussi réussi à construire des vaisseaux qui voyagent à la vitesse de la lumière ce qui leur permet de créer leurs propres circuits commerciaux et leur propre culture interstellaire, nommée d'après leur premier vaisseau, le Bright star. Les règles à respecter chez eux sont édictées dans un document remis aux nouveaux passagers. On y trouve une liste d'activités permises ou interdites, ainsi que l'énumération des "crimes odieux" passible de la peine de mort. Parmi les choses autorisées on trouve « toutes formes de relations sexuelles entre personnes passé l'âge de la puberté » (la "personne" étant définie comme tout membre d'une espèce intelligente), mais aussi « l'écriture dans la marge des livres ». Parmi les choses interdites il y a le sacrifice humain mais aussi l'inflation… et le théicide.

Tout ça ne nous dit pas ce que veulent vraiment les “dieux”, en réalité des entités tout à fait naturelles qui vivent dans des astéroïdes et des comètes, et qui semblent être à l'origine de la présence de tout ce monde dans la Seconde Sphère, à l'autre bout de la galaxie par rapport à la Terre. D'après ce qu'ils disent, il y a une guerre en vue, contre des êtres venus d'ailleurs, et les “dieux” entendent utiliser la Seconde Sphère pour les contrer. Matt Cairns, ancien collègue de Volkov, est allé rencontrer cette autre espèce mystérieuse, d'origine non terrienne et dont l'aspect évoque des araignées ; elle semble, contrairement à ce qu'ils attendaient, tout à fait paisible et coopérative. Et elle apporte son lot de surprises.

L'intrigue est fortement liée aux effets relativistes du voyage luminique. Aller dans un système qui se trouve à cinquante années lumières ne prend qu'une seconde subjective, mais cinquante ans s'écoulent tant sur la planète de départ que sur celle d'arrivée, ce qui complique singulièrement les interactions entre personnes. Heureusement, certains des protagonistes ont de très longues vies, et les autres ne vieillissent évidemment pas pendant les voyages…

Volkov réussit ses projets politiques, dont un objectif est de contrer l'attaque attendue des extraterrestres mais aussi de prévoir une défense en cas d'action hostile de la part des dieux, et lorsque Matt Cairns et ses copains arrivent dans les environs, au moins un siècle plus tard, ils trouvent du changement. Alors qu'ils sont encore loin dans l'espace, ils reçoivent une émission qu'ils réussissent à déchiffrer. Pour Matt Cairns, qui reconnaît instantanément l'image et ce qu'elle représente, c'est « la chose la plus obscène et dégoûtante que j'ai vue depuis des siècles ». Il s'agit d'une carte du monde artificiellement découpée en fragments avec « des petits rectangles — des insignes honteux — des drapeaux ». Ils ont acquis du nationalisme ! Pour lui, il aurait mieux valu pour les gens de Nova Terra d'attraper une forme virulente de la peste bubonique.

C'est dire que ce troisième volume est tout aussi politique que les deux premiers, mais maintenant que l'ensemble est moins confus, je trouve ça plutôt jubilatoire.

La deuxième partie du livre se passe sur cette “Nouvelle Terre” maintenant découpée en nations aux relations complexes et crédibles — ce qui n'est pas toujours le cas dans les space operas — et aux personnages variés et intéressants. À certains moments, je ne savais pas avec qui tenir, tellement les interactions entre les gens étaient parfois compliquées et les situations pleines de nuances. Entre l'alliance avec les étranges araignées au risque de perdre son humanité et la tentative — peut-être vaine — du maintien envers et contre tout de l'indépendance de la race humaine, le choix n'est pas évident.

Finalement, je suis fort satisfaite d'avoir lu cette série. Ce sont trois volumes relativement courts qui me donnent l'impression d'être resserrés au maximum. Ils auraient aisément pu être rallongés — certains diraient "délayés" — de moitié. En l'état, il n'y a pas un gramme de gras. C'est du space opera intelligent et original, pas toujours facile, mais qui vaut l'effort.

dimanche 6 mai 2007

Ken MacLeod : Dark light

Dark light, deuxième dans la série Engines of light de Ken MacLeod, continue directement l'histoire développée dans le premier, Cosmonaut Keep. Cette fois, à la différence du précédent, il n'y a qu'un seul fil narratif, et je n'ai pas eu besoin de lire cent pages avant de commencer à entrevoir ce qui se passait. Logique, toute la mise en place était faite.

L'histoire se déroule entièrement sur Croatan, planète de la Seconde Sphère, où vivent krakens, saurs et divers humains et humanoïdes, sous l'œil d'êtres mystérieux dénommés "dieux". En fait, il s'agit d'une autre forme de vie intelligente — biologiquement des amas de nanobactéries extrêmophiles qui vivent dans des corps célestes genre astéroïde ou comète entre planètes et étoiles — très supérieure certes, très ancienne aussi, mais ils ont leurs propres problèmes et ne sont pas nécessairement tous d'accord entre eux.

On rencontre Stone qui vit près de la ville de Rawliston, dans une sorte de tribu qui maintient volontairement un mode de vie de l'âge de pierre, leur époque d'origine sur Terre. Cette société a une vision très particulière de la notion de "genre", totalement indépendante du sexe. On est "homme" ou "femme" essentiellement par choix, tout en gardant sans aucun problème son "sexe" physique. Ce qui aboutit à des situations intéressantes et parfois surprenantes.

Les personnages vus dans le volume précédent arrivent sur Croatan, à cinq années lumières de Mingulay, où ils ont l'intention de faire valoir le droit des humains à avoir leurs propres vaisseaux et à établir leurs propres circuits commerciaux, indépendamment des krakens qui, jusque-là, ont le monopole du pilotage des vaisseaux luminiques. On retrouve donc Matt Cairns, ancien habitant d'Edinbourg en République d'Écosse, son lointain descendant, Gregor Cairns, sa copine Elizabeth et leur collègue et ami, le saur Salasso. Ils arrivent dans l'engin bricolé sur Mingulay dans le premier volume, le Bright Star, et ne sont pas du tout les bienvenus. Le vaisseau est confisqué dès l'arrivée. On retrouve aussi le grand vaisseau marchand rencontré sur Mingulay et parti un peu avant, avec les humains de la famille "de Tenebres", dont les femmes, mères et filles, mêlent intrigues romantiques et politiques avec les mêmes galants, sans aucun complexe, et sans que cela ne dérange outre mesure le mari et père.

Donc, comme on pouvait s'y attendre, il y a beaucoup de considérations politiques, avec Volkov, ancien socialiste russe, toujours fidèle aux idées du Parti, qui fomente la révolution, et Matt, plutôt tendance anarchiste, pour ce que j'ai pu discerner, qui a d'autres objectifs. Car, en effet, et heureusement, il y a autre chose. Les informations recueillies auprès du dieu qui avait fourni des instructions pour quitter le système Solaire laisse penser qu'il y a d'autres intérêts, plus cosmiques, en jeux. Et pour en savoir plus, il faut aller interroger un autre dieu, projet dont la réalisation peu simple, techniquement et politiquement, constitue l'essentiel du livre. Ce qu'ils apprennent explique en partie les raisons, peu rassurantes, de la présence de toutes ces espèces originaires de la Terre sur ces planètes à l'autre bout de la galaxie et ne présage rien de bon sur ce que les dieux ont en tête à leur sujet. À l'évidence, ce qui est bien ou mal pour eux n'a strictement rien à voir avec ce qui peut être bon ou mauvais pour les êtres inférieurs mais néanmoins intelligents qui vivent à la surface des planètes.

Il y a de l'humour, des retournements divers, des aventures et même des batailles. Par rapport au premier volume, il y a nettement plus de violence, mais sans que l'auteur ne s'y complaise jamais.

Les quelques chapitres de la fin m'ont paru plutôt confus, mais c'est peut-être voulu. À l'occasion d'une fête avec un défilé, diverses factions finissent par s'affronter et, dans certains endroits au moins, ça tourne à l'émeute, et même à la guérilla… plus ou moins. Je n'ai pas tout suivi et j'ai eu l'impression que les protagonistes étaient dans le même état. Le livre se termine avec le départ des un et des autres, dans des directions différentes, et quelques-uns qui restent, involontairement, sur place, sans que quoi que soit ne soit vraiment résolu. Il n'y a plus qu'à passer au troisième et dernier volume, Engine City.

mardi 1 mai 2007

Ken MacLeod : Cosmonaut Keep

Je ne sais pourquoi, mais ça fait longtemps que j'ai envie d'aimer les romans de Ken MacLeod. Un premier essai il y a quelques années avec the Star fraction s'est soldé par un échec : j'ai abandonné le livre après une centaine de pages. Après avoir lu sa nouvelle "a Case of consilience" dans le Year's Best SF 11 de Hartwell et Cramer, j'ai senti que le moment était venu de refaire une tentative, mais avec une autre série. J'ai donc entrepris Engines of light, série non traduite en français, dont le premier volume Cosmonaut Keep date de 2000.

Les chapitres alternent entre deux histoires qui au début paraissent complètement indépendantes. Dans l'une, nous sommes sur Terre quelques dizaines d'années dans notre futur. En fait, je l'ai ressentie plutôt comme une uchronie : les Russes ont envahi l'Europe, Grande Bretagne incluse, et l'Union Européenne est une sorte de société écolo-socialiste, plutôt que communiste à la Soviétique, alors que les États-Unis sont toujours franchement capitalistes.

Matt Cairns vit dans la République d'Écosse. Sa profession consiste à travailler avec des "agents" et des IA purement informatiques, mais aussi avec les “vieux geeks” qui connaissent encore MS-DOS, Oracle, etc., dont personne ne se sert plus depuis fort longtemps, mais qui persistent, cachés sous des couches d'émulations diverses, au fond de multiples systèmes. Il se considère plus comme un artiste que comme un technicien. L'UE a un programme spatial dont le but avoué est d'utiliser les astéroïdes proches de la Terre à des fins minières. L'histoire commence alors que l'UE annonce qu'elle a établi un contact avec une intelligence extraterrestre et que Matt se retrouve en possession d'un disque contenant des instructions pour la construction d'une véritable soucoupe volante avec une technologie inconnue.

Les chapitres impairs se passent sur la planète Mingulay, où vivent humains, saurs, krakens (genre de pieuvres géantes et super intelligentes), ainsi que quelques autres espèces. Tous ces gens proviennent apparemment de la Terre mais de diverses époques, et ont ensuite évolué sur place. Il ont été amenés là soit par les saurs soit par les krakens, soit par… autre chose. Les derniers arrivés, cependant, des humains, sont apparemment venus par leurs propres moyens — ce qui fait l'admiration de tous — deux siècles plus tôt, et ont gardé, à travers plusieurs générations, la tradition des “Cosmonautes” malgré leur évidente régression technologique. Ici, les choses démarrent avec l'arrivée d'un vaisseau marchand interstellaire, événement peu fréquent mais normal. On apprend que dans tous les vaisseaux de ce type, qui voyagent à la vitesse de la lumière — ce qui entraîne forcément des effets relativistes intéressants — le navigateur est un kraken mais les passagers sont variés, saurs et humains. Nous suivons Gregor Cairns, jeune biologiste spécialisé dans la faune marine, et ses deux collègues et amis, une humaine, Elizabeth, et un saur, Salasso. Gregor est un descendant direct des “Cosmonautes” et se voit rapidement confié une mission qui consiste à essayer de retrouver au moins une partie de la technologie perdue.

Les deux fils narratifs semblent au début complètement indépendants, mais progressivement, on comprend où se situe le lien. La partie qui se passe sur Terre est très “politique”, ce qui n'est pas un problème en soi, sauf qu'elle est remplie de sigles que j'ai eu bien du mal à déchiffrer et surtout à retenir. J'ai aussi peiné à suivre et à m'intéresser aux intrigues politiques avec espions, intelligence et contre-intelligence… Ce n'est pas particulier à ce livre : j'ai toujours des difficultés avec ce genre de choses, sans doute parce que ça ne me passionne guère.

Les personnages sont assez sympas et suffisamment bien campés pour que je ne m'y perde pas. Dans les deux histoires, on retrouve le personnage principal (Matt sur Terre et Gregor sur Mingulay) pris dans un triangle amoureux avec deux femmes, mais leurs aventures sentimentales m'ont laissée plutôt indifférente.

Un élément m'a frappé, peut-être en contraste avec les romans de Baxter que j'ai lus et commentés récemment : il n'y a quasiment pas de violence. Un seul meurtre sur lequel l'auteur ne s'attarde pas longuement avec des détails sanglants, pas de bagarres, et même peu de violence verbale. D'une manière générale, il est entendu que les gens ne s'étripent pas et, bien évidemment, il n'est pas question de peine de mort. Il y a des désaccords, nombreux d'ailleurs, et la prison existe mais on y est, apparemment, bien traité. J'ai trouvé ça rafraichissant.

Des éléments intéressants sont introduits mais à peine développés : sur Terre, vers 2040, il existe manifestement des technologies médicales de prolongation de la vie, apparemment utilisées couramment par tout le monde, mais sans qu'on sache à ce moment si ça marche vraiment et pour combien de temps. Les Cosmonautes originels arrivés sur Mingulay sont encore en vie et toujours jeunes deux siècles plus tard… ce qui montre que le traitement était efficace, mais personne n'a les connaissances nécessaires pour en faire profiter d'autres. On entrevoit aussi les dieux (vraisemblablement athées, nous dit l'auteur !), espèce vivante omniprésente dans l'espace et qui, pour ce que j'en ai compris, surveille tout sans trop se mêler. Tout ce qu'ils demandent c'est qu'on ne dérange pas la beauté de l'univers dont la contemplation béate constitue leur occupation principale. Apparemment, tant qu'ils sont contents, les autres espèces peuvent vaquer à leurs activités plus ou moins minables, mais si on leur déplaît, attention…

MacLeod semble s'amuser à ne pas trop en dire, ni même parfois assez au lecteur. Après avoir lu près de cent pages (sur trois cents), je n'avais toujours pas de vision très nette de ce qui se passait au niveau de l'intrigue politique dans la partie sur Terre. À tel point que je suis allée chercher des critiques du livre sur l'internet pour voir si j'étais débile ou quoi. Mais non, il semble bien que je ne sois pas la seule à avoir eu du mal. Ou à être débile…

Il y a aussi la structure du roman, avec deux fils narratifs alternant un chapitre sur deux, mode que je n'aime pas trop. Je trouve que ça m'empêche d'entrer vraiment dans l'histoire. C'est comme si je lisais deux livres en même temps en passant de l'un à l'autre un jour sur deux, ce que j'évite soigneusement de faire. Malheureusement, il paraît que c'est habituel chez MacLeod. Son copain Iain M. Banks a déjà utilisé cette méthode et, justement, parmi tous ses livres, c'est bien ceux-là qui m'ont plu le moins.

Donc, mon impression reste mitigée pour le moment. Trop de politique, à laquelle j'ai eu du mal à m'intéresser, des intrigues amoureuses insipides, mais quand même suffisamment de substance et de promesse pour que j'entreprenne sans hésitation le volume deux, Dark light.