Délocalisations
Par Sylvie Denis, vendredi 2 septembre 2005 à 18:13 :: Général :: #6 :: rss
C'est la rentrée. Après la grande dispersion/agitation des vacances, tout le monde rentre chez soi et reprend ses activités.
Je ne suis pas dans la salle des profs du lycée où j'ai travaillé plus de dix ans.
Je suis sur le net et je lis les journaux d'un peu partout mais surtout des États-Unis. Il y a une semaine, j'étais sur le point d'arriver à Liège, pour la convention de SF. Je voulais écrire un billet intitulé "Culture SF", où j'aurais entre autres parlé de l'article de Michaël Swanwick dans Asimov's Science Fiction de Janvier 2005, qui se termine par "La culture SF est toujours ma culture. J'y suis, j'y reste." Ça me convient très bien. Je me suis souvent sentie pas à ma place dans une salle des profs. Dans une convention, presque jamais. Ça sera pour une prochaine fois.
En attendant, je constate que la rentrée fourmille de problèmes de lieu. Nicolas S. en a un, c'est sûr. Des gens vivent dans des bâtiments insalubres et dangereux. Des incendies éclatent. Des gens meurent. Nicolas S. met d'autres gens, qui n'ont rien à voir mais qui vivent dans des conditions aussi lamentables que celle des premiers à la porte. Ça me rapelle Histoires à coucher dehors, une anthologie réalisée par Claude Chaumeil et Nathalie Mège pour le DAL. Y ont participé des gens du mainstream, du polar et de la SF. Lorsqu'elle est sortie, les critiques orientés polar ont parlé des auteurs de polars, les critiques plus branchés littérature blanche ont parlé des auteurs de littérature blanche et il faudrait que je retrouve la chemise où j'ai rangé le tout pour me souvenir de ce qu'on a dit dans les support SF.
Il y a de l'eau partout à la Nouvelle Orléans. Je regarde ça sur le net en ricanant et en me disant que c'est pas bien de ricaner et de se moquer de George B. l'incompétent. Tout ce malheur, c'est cher payé la poilade, mais le mal est fait. Je continue à surfer et à ricaner.
Je me rend compte que la Nouvelle Orléans est franchement mal placée. Entre deux digues et sous le niveau de la mer. Lorsque le cyclone Katrina est arrivé, une bonne partie de la population a suivi les instructions et est partie. Sont restés les pauvres, les sans voitures, les vieux, les malades, les bandes armées, etc. Et Fats Domino, mais ils l'ont retrouvé. Un certain nombre de ces gens sont noirs et leurs ancêtres sont arrivés sur ce continent contre leur gré, mais ça n'a aucun rapport.
Et à Paris, donc, c'est la rentrée. Le Monde fait le papier classique sur les parents d'élèves qui "trichent" avec la carte scolaire pour que leurs gamins soient dans les "bons" lycées. Après avoir résumé avec force chiffres et précautions oratoires la situation, le journaliste conclut en citant un rapport des inspections générales : "Il faudra bien un jour poser clairement la question de savoir pourquoi la sectorisation est à ce point insupportable à certaines familles". Bonne question. On se demande vraiment pourquoi les gens ne veulent pas que leurs mômes fréquentent des établissements qu'ils soupçonnent d'être remplis de sauvageons ignares et violents. Le capital socio-culturel des parents pèse lourd dans la balance de la réussite et ça fait au moins trente ans qu'on leur répète qu'ils sont responsables du développement harmonieux de leur progéniture. Alors, normal, ils se déplacent, et pas qu'à Paris. Ils vont là où l'ambiance est censée être plus calme et l'air culturel et relationnel plus riche pour leurs chères têtes blondes.
C'est vrai quoi, ils ne vont pas rester dans un bout de carte scolaire coincé entre deux digues et sous le niveau de la mer. Où dans un pays ravagé par la corruption et la guerre civile. Où dans un immeuble pourri. Il faut être noir, ou idiot, ou pauvre pour faire ça.
Mais, comme on ne cesse de nous le répéter, le monde est mondial et les solutions sont simples :
La Louisiane, le Mississipi et l'Alabama sont priés de s'unir pour attaquer qui ils veulent, du moment qu'il y a du pétrole. Pendant ce temps, la France et quelques autres pays aideront le gouvernement fédéral des États-Unis à avoir moins l'air moins con jusqu'à la prochaine cata. À la suite de quoi Les Gardes Nationaux de Louisiane présents en Irak se rendront dans le 14ème et le 19ème arrondissement pour prêter main-forte à Nicolas S. dans sa lutte contre les squatters qui, puisque le monde est mondial et qu'il n'y a pas de raison de chouiner après sa famille, ses amis, son pays, ses souvenirs et dieu sait quoi encore quand le travail vous tend les bras, iront aider à recontruire la Nouvelle Orléans.
Les États-Unis dévastés ne ressemblent pas à un pays du Tiers-Monde. Nous pensons cela de notre point de vue d'occidentaux qui regardent trop la télé et nous nous plantons : tout endroit peut être dévasté par la conjonction des forces naturelles et de l'incurie des gouvernements locaux. Les catastrophes révèlent l'état réel des structures d'une société, où quelle soit. Le tiers-monde est partout et le point commun entre les immigrés, les squatters et les pillards de magasins d'alimention de Louisiane n'est pas qu'il viennent de loin et ont la peau de couleur bizarre. Le point commun qui n'a ni lieu ni temps et à qui George B. et Nicolas S. ne veulent certes pas déclarer la guerre est la pauvreté.
Commentaires
1. Le mercredi 7 septembre 2005 à 14:06, par Nao
2. Le mercredi 7 septembre 2005 à 16:36, par anakin_41
3. Le mercredi 7 septembre 2005 à 17:58, par Superbraguette
4. Le jeudi 8 septembre 2005 à 00:35, par pseudo
5. Le jeudi 8 septembre 2005 à 14:22, par Laura
6. Le jeudi 8 septembre 2005 à 23:31, par Gerad
7. Le mercredi 26 octobre 2005 à 16:13, par komalotel
8. Le dimanche 30 octobre 2005 à 09:33, par Didiée
9. Le samedi 19 novembre 2005 à 12:58, par Pedral
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