Philippe Curval : Carnet particulier

mercredi 23 mars 2005

Cafard n'a homme

Je viens d'avoir des nouvelles fraîches de la guerre, celle que l'homme mène séculairement contre les insectes. Déjà, depuis plus d'une vingtaine d'années nous possédons l'arme relative contre les moustiques, un produit stérilisant qui neutralise toute expansion de la population dans les zones lagunaires ou sous les climats moites. Le mâle fatigué ne féconde plus les femelles suceuses et, peu à peu, l'espèce s'éteint. Beaucoup mieux que les tonnes de DDT déversées au détriment de la faune, en particulier des gobeurs d'élytres et d'antennes que sont les oiseaux. Moustique domestique demi-stock en baisse. Sauf dans les pays où souffle le paludisme. Mais là le problème est différent : en Afrique, en Asie du Sud Est et en Amérique du Sud, les pauvres n'ont pas d'argent pour s'offrir une démoustication efficace. Néanmoins ce premier combat ne saurait dissimuler la fulgurante découverte qui nous vient des États Unis. Je ne parle pas d'une nouvelle Marie-rose destinée à la mort parfumée des poux de nos chers enfants, puisqu'il y a, paraît-il, une recrudescence de ces parasites dans les écoles publiques et privées. Car les poux n'ayant jamais défilé ni pour la laïque ni pour la confessionnelle, ravagent indifféremment de leurs crocs noueux les cuirs chevelus de toute opinion, même sous le voile. Mais je digresse. Donc, une découverte fondamentale : l'aphrodisiaque à tuer les cafards. C'est en prélevant ce produit sur de jeunes blattes américaines, puis en le synthétisant que le professeur Schreiber a découvert l'arme définitive. En effet, les mâles grisés par cette odeur charnelle de la femelle en rut, se précipitent sur le leurre, simple plaquette de bois enduite de periplanum B, c'est le nom du poison voluptueux, et y déversent leur désir jusqu'à la consomption. Il est remarquable de constater que cette affolante odeur est celle des vierges. C'est une victoire importante quand on connaît l'énormité de la population des blattes dans le monde. Rien que dans un restaurant new yorkais ou parisien, il peut s'en trouver des milliers. Dans les pays du Tiers-monde, c'est encore plus tragique. Le cafard s'y chiffre par milliards de milliards. Et cet animal dévore tout, surtout les provisions de bouche, sauf dans les bacs à douche des hôtels louches où il se nourrit de savon. Il faut dire que c'est le plus vieil habitant de la Terre. D'après les estimations les plus sérieuses, son existence remonterait à plus d'un milliard d'années. Heureusement que les blattes ont eu l'occasion de s'aimer durant tout ce temps, avant que ce scientifique ne découvre le moyen de photocopier leur sexualité, sinon, quel cafard. Et l'avenir, me direz-vous, que vient-il faire dans ce de profundis ? C'est très simple, je me demande si cette idée ne pourrait pas être étendue à l'armement humain. Imaginez qu'après les bombes nucléaires, à neutron, bactériologiques, chimiques, les stratèges du Pentagone décident de fabriquer des armes aphrodisiaques contre les terroristes. Des houris gonflables enduites d'un produit de synthèse qui les feraient mourir d'amour. Il suffirait d'en parachuter des centaines de milliers un peu partout sur le territoire irakien. Les fous de dieu oublieraient de se faire sauter. Ils sauteraient sur les vierges leurres affamées de désir.

Commentaires

1. Jean-Marc Desperrier — à 15:05, le lundi 30 mai 2005

Mais le Pentagone a déjà effleuré cette idée en 1994 :
msnbc.msn.com/id/6833083/

2. mia — à 17:25, le jeudi 1 février 2007

jaimerais en savoir plus sur les croquerelles

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