jeudi 30 juin 2005
Gastro-flash
Par Philippe Curval :: Général
L’intérêt des vacances, pour l’habitant d’une grande ville où supermarchés et grandes surfaces n’ont pas eu l’occasion de pénétrer, c’est de vérifier in situ l’évolution de la consommation alimentaire européenne. Par exemple, lorsque vous trouvez dans votre boîte aux lettres à la campagne un paquet de prospectus des principaux commerces de la région. Quel plaisir de les décortiquer !
Ainsi, sur cette publicité d’un groupe que je ne nommerais pas pour ne pas lui faire de publicité, je repère tout de suite le KRYO MANZAN ICE OU LIME à 3,85 €. De quoi s’agit-il ? D’un cocktail aromatisé à base de vin (5,5% vol.) dont les quantités sont limitées à 25 000 unités par variété. Quel vin, quel arôme ? La réponse n’est pas fournie. Bouteilles noires de sinistre allure, barrées verticalement d’un KRYO peu alléchant. Très sincèrement, je n’ai jamais rien lu d’aussi atrocement dépaysant dans un roman de S.F.. L’avantage, c’est que si vous en achetez par provocation, ces bouteilles vous sont remboursées intégralement.
Dans quelles conditions ? Cela reste à déterminer. Une fois qu’on les a bues et qu’on vous a emmené à l’hôpital, ou bien quand on les a cassées sur la camionnette du livreur pour marquer l’inauguration d’une aussi belle innovation. Erreur ! le remboursement n’a lieu que le 24 et le 25 juin, puis-je lire sur la première page. Donc il est déjà trop tard.
D’autres surprises délicieuses vous attendent. Ainsi, vous trouvez plus loin la PIZZA SODÉBO à 4,21 €, transformée en France à partir de matières premières. Il s’agirait de choses issues de jambon et de trois fromages. Lesquels ? Ils sont en provenance de l’U.E.. Ah ! le fromage d’U.E., voilà l’avenir pour les adversaires de la traite des chèvres, des vaches et des brebis. L’avantage, c’est que 25 % sont gratuits. Hélas ! 25 % de n’importe quoi, c’est déjà très cher.
Mais il y a aussi les cornichons Christ, ce qui n’est pas loin du blasphématoire pour Jésus. La chair de crabe Nautilus, certainement récoltée dans l’Île mystérieuse, les Fing’os bœuf Riga, deux squelettes de viande desséchée dans un sachet transparent (excusez-moi, c’est pour les chiens). Le caviar de tomates (je ne savais pas que les tomates pondaient des œufs). Le mélange japonais Menguy’s dont la seule apparence de tentacules au formol dans un bocal de verre a de quoi faire frémir (par chance, 30 000 unités seulement).
J’en passe et des moins bons.
Finalement tenté par ce prospectus digne d’un roman gore, je me suis rendu sur place afin de vérifier si je n’étais pas victime d’un fantasme d’aversion de gastronome invétéré. Après avoir flairé çà et là d’autres produits suspects, je me suis décidé pour une livre d’abricots frais, gros comme des pamplemousses.
En rentrant chez moi, j’ai déballé ma marchandise. Oh ! surprise, sur chaque abricot il y avait une superbe étiquette pour prouver l’authenticité du produit. Elle était libellée “ABRICOT”. La Vérité avant-dernière. Quand je les ai goûtés, en effet, ils n’avaient aucune saveur, aucune texture, ils n’avaient que le goût de l’étiquette. Je ne savais pas que Philip K. Dick faisait des adeptes jusque dans les supermarchés.

Commentaires
1. Le jeudi 30 juin 2005 à 19:50, par Nelle
2. Le samedi 15 octobre 2005 à 12:30, par N°6
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