Carnet d'Ellen Herzfeld, catégorie Lectures

Nancy Kress : After the fall, before the fall, during the fall

court roman de Science-Fiction, 2012

traduction française en 2014 : Après la chute

Ellen Herzfeld, billet du 30 mai 2012

par ailleurs :

Ce court roman (189 pages) aurait pu être bien plus long, les idées et la matière ne faisant pas défaut, mais Nancy Kress avoue que la longueur qu'elle préfère, c'est la novella et elle sait parfaitement comment s'y prendre.

Comme indiqué par le titre, il y a trois fils narratifs en parallèle. L'un, en 2035 (after the Fall, après la Chute), nous montre un petit groupe d'humains qui vivent enfermés dans une sorte de coquille géante dans laquelle ils ont été placés plus de vingt ans plus tôt par des entités apparemment extraterrestres dont ils ne savent pas grand-chose. Ils sont convaincus que ce sont ces êtres qui ont dévasté la Terre et tué pratiquement tout ce qui y vivait, puis ont sauvé — on se demande bien pourquoi — une poignée de personnes (vingt-six exactement) qu'ils ont mises dans cet endroit protégé pour qu'ils puissent, peut-être, repeupler la planète. Après vingt ans, il n'y a eu que six naissances viables, et encore, la plupart ont des anomalies liées au haut niveau de radiations subi par leurs parents pendant la grande destruction. Les extraterrestres ont donc mis à leur disposition une étrange machine à voyager dans le temps qui s'active épisodiquement et permet à une personne de retourner, pour quelques minutes seulement, dans le passé, juste avant la fin du monde, pour ramener, selon le lieu où ils arrivent, soit du matériel et des aliments, soit des enfants en bas âge. Le protagoniste principal de cette partie est Pete, quinze ans, un des six nés dans la coquille.

Un deuxième fil narratif se passe en 2013, dans le monde que nous connaissons (before the Fall, avant la Chute). Julie Kahn, brillante mathématicienne, est chargée par le FBI d'aider à élucider des événements récurrents bizarres, soit des vols sans effraction dans divers magasins où les objets pris sont de peu de valeur, soit des enlèvements d'enfants où les témoins racontent des choses peu crédibles. On comprend tout de suite qu'il s'agit des excursions des gens de la coquille de 2035. Elle espère trouver un rythme discernable à ces occurrences, ce qui lui permettrait de calculer le lieu de la prochaine.

Le troisième fil (during the Fall, pendant la Chute) nous montre, par petites touches, les modifications écologiques et géologiques d'abord insignifiantes un peu partout sur la planète, qui s'amplifient progressivement pour aboutir à une véritable apocalypse. On n'en voit de près qu'une infime partie, mais on en connaît les conséquences.

L'intrigue tourne un peu, très peu, autour du mystère des extraterrestres — qui sont-ils, que veulent-ils ? —, mais consiste plutôt à découvrir comment les trois fils finiront par se rejoindre. On suit surtout Julie et Pete, chacun de son côté, et Nancy Kress montre là son talent habituel pour créer des personnages vivants, touchants et crédibles.

La brièveté du texte ne permet pas de construire une vision très globale de la situation et j'ai eu un peu de mal à avaler certains postulats. Comment croire qu'un cataclysme, aussi destructeur soit-il, et même si les Hommes eux-mêmes s'y mettent, puisse tuer l'Humanité entière en si peu de temps, tout en laissant la planète en suffisamment bon état pour que la vie reprenne petit à petit en à peine vingt ans. D'ailleurs, ce sont les quelques rescapés dans la coquille qui affirment être les seuls Humains sur Terre, mais on peut se demander comment ils peuvent bien en être si sûrs. Et, s'ils ont raison, comment croire envisageable de repeupler la Terre avec un pool génétique réduit à quelques individus.

Cela dit, après avoir suspendu sans mal mon incrédulité, j'ai pris grand plaisir à lire cette histoire assez tragique, mais pas triste. J'espère qu'un éditeur français courageux la fera traduire.

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