Carnet de Philippe Curval, catégorie Chroniques

James Smythe : le Voyageur

(the Explorer, 2012)

roman de Science-Fiction

Philippe Curval, billet du 23 mai 2014

par ailleurs :
Carnet de voyage

Sous un habillage noir, d'une sobriété digne de la série éponyme, je n'ai pas pensé une seconde que les éditions Bragelonne m'envoyaient le dernier né de leur production, le Voyageur de James Smythe.

Habitué aux couvertures super duper aux contenus époustouflants, space opera ou Fantasy, j'ai douté un instant qu'il s'agissait du même éditeur. Mais si ! Ce roman est le premier volume d'une nouvelle collection, "l'Autre", dont le concept n'est précisé nulle part.

Raison de plus pour tenter l'aventure.

Après des décennies d'inaction envers la conquête spatiale de la part des gouvernements de la planète, un conglomérat de sociétés mondialisées s'apprête à frapper un grand coup.

À moitié pub, à moitié rêve grandiose, celui-ci décide d'envoyer un vaisseau le plus loin possible dans l'espace afin de soulever l'imagination des foules. L'objectif est de faire prendre corps aux vieux fantasmes de la Science-Fiction, en accomplissant une vertigineuse odyssée pour l'honneur de l'Humanité, digne de Christophe Colomb et de Jules Verne, ainsi que le présentent McDonald, Coca Cola, BP, British Airways et News corporation.

Afin de réaliser cet exploit, la dure sélection de quatre hommes et deux femmes pour embarquer sur l'Ishiguro, du nom de son concepteur, va déchaîner la surchauffe des médias.

Mais voilà ! Peu de temps après le départ, le capitaine et les membres de l'équipage meurent les uns après les autres. La mission doit continuer jusqu'au moment du retour, lorsque la moitié du carburant sera épuisée. Ne reste à bord que le journaliste Cormac Easton.

Si vous imaginez que ce dernier va vous parler d'infini, de nébuleuses, d'astres morts, de matière noire, de supernova, détrompez-vous.

Cormac est un homme frappé de remords, atteint d'une peur panique, qui revivra chaque instant de sa préparation à la mission, du décollage, de ses relations sentimentales, de ses rapports avec les autres membres de l'équipage.

Ceci à la suite d'un étrange retournement de situation dont je ne dirai rien pour ne pas compromettre votre éventuelle envie de lire le Voyageur.

Nous voici donc plongés dans un roman d'autoscience-fiction, ou d'autistescience-fiction, comme on voudra, raconté par le (seul ?) Cormac.

Indéniablement, s'il néglige les effets de style, James Smythe a la prose fébrile, sait ménager le suspense, enchevêtrer habilement les épisodes de son récit. Si l'on ne se pose pas trop de questions sur la rigueur de sa spéculation, c'est un roman qui se lit d'une traite, embarqué pour un périple sans fin à l'intérieur d'un crâne.

Une sorte de Gravity à l'envers auquel manque cruellement la sensation du voyage spatial à laquelle j'aspire depuis l'enfance.

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