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Quarante-Deux

Philippe Curval : chroniques, entretiens et articles

Michael Bishop : le Bassin des cœurs indigo

(a Funeral for the eyes of fire, 1975 ; Eyes of fire, 1980)

roman de Science-Fiction

par ailleurs :

une Ethnologie imaginaire

Ces extraterrestres que nous avons tués

Le “ton” nouveau, en littérature, n'est pas un produit de laboratoire ; il ne s'élabore pas suivant des recettes, mais s'impose soudain au hasard d'un roman. Le Bassin des cœurs indigo, de Michael Bishop, en est l'exemple le plus récent. Si le thème des extraterrestres qu'il aborde est aussi vieux que la Science-Fiction, il est d'ordinaire aussi mal traité que prolifique. Rares sont les exemples où l'on peut deviner la différence et, derrière le carton-pâte des silhouettes en forme de monstres, voir autre chose qu'une pâle copie de l'Homme sur laquelle on aurait épinglé quelques gadgets caractériels.

Le Bassin des cœurs indigo est au contraire un roman ethnologique sur des êtres qui n'existent pas à notre connaissance, et il faut toute la subtilité de Michael Bishop pour réinventer une mentalité différente, pour la confronter à la nôtre, pour en déduire des conflits psychologiques qui ne répondent pas à notre comportement habituel. Le dépaysement mental est une des choses les plus délicates et les plus recherchées qui soient en Science-Fiction. Surtout lorsqu'on s'aperçoit que les relations avec l'autre symbolisent, en théorie, l'une des virtualités exponentielles de l'esprit humain. À la lecture de ce roman, on se prend à penser qu'elles pourraient bien être le fait d'une de ces minorités ethniques que notre civilisation a balayées au cours de ses conquêtes et que nous n'avons pas eu le temps de prendre en considération.

Philippe Curval, le Monde, nº 10071, 17 juin 1977, p. 21