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Quarante-Deux

Philippe Curval : chroniques, entretiens et articles

Alain Dorémieux : Promenades au bord du gouffre

nouvelles fantastiques et de Science-Fiction, 1978

par ailleurs :

Anatomie d'un vertige

Alain Dorémieux approfondit ses thèmes

Alain Dorémieux, qui fut pendant près de vingt ans le rédacteur en chef de la revue Fiction et le directeur littéraire des éditions Opta, a conservé une extraordinaire fraîcheur d'inspiration. Une bonne décennie après son premier recueil de nouvelles, Mondes interdits, il retrouve avec sûreté ses obsessions : l'attrait de la mort, l'incommunicabilité entre l'homme et la femme, la soif d'ailleurs.

Mais ces thèmes se sont approfondis, creusés jusqu'à devenir ce véritable gouffre intérieur au bord duquel se promène l'auteur, dans le désir de s'accoupler avec la mort. Promenades au bord du gouffre traduit ce vertige avec une rare richesse d'écriture. Que ce soit au cœur du silence, sur une Terre proche de son agonie, où les hautes tours des villes englouties affleurent à la surface d'un grand désert de sable, ou dans ce train qui traverse un pays dont il ne reste rien, les héros d'Alain Dorémieux attendent la fin avec une sorte d'impatience gourmande ; pour eux, la mort a de l'imagination. De même, quand ils rencontrent enfin la créature de leurs rêves, vanas à la chevelure de fourrure, plantes de la planète Syrtige qui se transforment en femmes pour vampiriser les premiers colons, femmes-insectes qui s'emparent de l'homme pour le livrer à leur reine, sont-ils persuadés que ce contact ultime les conduira au fond du gouffre.

Car l'autre, la femme en l'occurrence, est une planète que les astronefs les plus subtils ne peuvent atteindre.

Il ne s'agit pas ici d'une quelconque misogynie ; quand ils ne se pénètrent pas, les êtres s'observent, isolés par leur incommunicabilité. Cette apparente froideur d'entomologiste qu'Alain Dorémieux distille au fil de ses nouvelles prend peu à peu l'apparence d'un axiome sur lequel repose son vertige de mourir.

Philippe Curval, le Monde, nº 10554, 5 janvier 1979, p. 13