Aller au contenu|Aller à la navigation générale|Aller au menu|Aller à la recherche

logo

Quarante-Deux

Philippe Curval : chroniques, entretiens et articles

Lois McMaster Bujold : Immunité diplomatique

(Diplomatic immunity, 2002)

roman de Science-Fiction

par ailleurs :

Syndrome immunitaire

Je ne connais rien de plus incertain et parfois de plus injuste que la réputation d'un écrivain. Ainsi, Lois McMaster Bujold apparaît fort rarement en France dans les essais et les dictionnaires de Science-Fiction, ses romans sont négligés des comptes rendus de lecture, chaque fois qu'un amateur prononce son nom, tout le mode se récrie. Pendant ce temps, aux USA, sur la quinzaine d'ouvrages que comporte son cycle, la saga Vorkosigan, trois ont reçu le prix Hugo, dont les titres sont sélectionnés par des milliers de lecteurs. Depuis sa création, des auteurs comme Arthur C. Clarke ou Ursula K. Le Guin, Isaac Asimov ou William Gibson ont été couronnés. Ce qui en fit la réputation.

Dévoué à mon souci d'impartialité subjective, je n'ai pas voulu laisser dans l'ignorance les fidèles de cette chronique, qui se prétend bien informée.

L'intrigue de cette saga se déroule dans un futur indéterminé, après que l'expansion de l'espèce humaine s'est réalisée dans la galaxie. Les voyages spatiaux s'opèrent par sauts à travers des routes interstellaires.

Beaucoup d'ex-colonies terriennes sont devenues indépendantes, des “empires galactiques” ont développé des cultures spécifiques. Relativement isolés culturellement et technologiquement, les Barrayarans ont cultivé une société aristocratique et militariste où règnent les grandes familles. Miles Vorkosigan, fils d'un des lords majeurs de Barrayar, est un être difforme et fragile en même temps qu'un stratège et un manipulateur subtil. Voici qu'il est nommé auditeur impérial pour résoudre un grave incident diplomatique sur un système géré par des humains génétiquement modifiés, les Quaddies, dont les jambes ont été remplacées par des bras pour se déplacer en absence d'apesanteur.

Jusqu'ici, tout s'apparente au classique space opera. Y compris le singulier manque de décalage entre les mœurs des habitants d'un lointain avenir et les nôtres, malgré les profonds bouleversements qui auraient dû résulter de ce colossal déplacement de population dans le temps et l'espace. Ce qui apparente souvent le genre à une simple réduplication des fictions ordinaires. Chez McMaster Bujold en particulier, où les règles sociales relèvent plutôt du xve siècle par leur hiérarchisation féodale et du melting pot à l'américaine par leur esprit typiquement wasp.

Immunité diplomatique ne manque cependant pas d'un réel savoir-faire. Si l'incident diplomatique est banal, certaines péripéties empruntent à la Science-Fiction quelques éléments originaux de son folklore, l'intrigue est correctement nouée, les personnages ont un profil psychologique standard de luxe et les ressorts de l'enquête policière sont bien huilés. On nage ici dans le doux bien-être du roman d'astroport qui permet aux voyageurs sidéraux d'entreprendre de longs déplacements sans s'ennuyer. La question est de savoir pourquoi ce cocktail sans saveur de Star trek, de Derrick et des Feux de l'amour mérite de rejoindre au palmarès du Hugo quelques-uns des meilleurs livres de SF ? Peut-être parce que le public américain est désormais victime d'un syndrome immunitaire envers le genre tout entier.

Philippe Curval, Magazine littéraire, nº 424, octobre 2003

Robert Silverberg : Voile vers Byzance

nouvelles de Science-Fiction au fil du temps, 2003 (1981-1987)

par ailleurs :

Troisième volume de la colossale entreprise de publication des nouvelles de Robert Silverberg entamée avec le Chemin de la nuit, Voile vers Byzance est celui de la plénitude d'un écrivain. Il comporte quelques-uns de ses chefs-d'œuvre, comme "le Pape des chimpanzés". C'est aussi, avec le texte titre, une réflexion globale sur la condition spécifique de l'auteur de SF en regard de son œuvre. Qui permet de saisir comment la pulsion émotionnelle transcende ce qui ne pourrait être qu'un pur exercice de style spéculatif. Ici, les fantasmes, les concepts et les conjectures ne s'appréhendent qu'à travers l'épreuve des sentiments. Pour Silverberg, la Science-Fiction nécessite de subir la brûlure du réel pour s'ancrer dans l'imaginaire collectif.

Philippe Curval, Magazine littéraire, nº 424, octobre 2003

Lionel Davoust : Asphodale, nº 4, août 2003

revue de Fantasy

par ailleurs :

Claire, aérée, Asphodale, qui vient de paraître cette année, se veut délibérément branchée sur le vaste public de la Fantasy. Dossier, critiques, flashes, reportages, rien de nouveau dans le sommaire. La plupart des nouvelles ont été écrites par des auteurs qui pratiquent aussi la SF, George R.R. Martin, Michel Pagel, Brian Stableford. Mais la revue ne plaide pas pour la fusion des genres. Ici les dragons, les magiciens et les chevaliers ne boivent pas à la même table que les robots. Et le passé y joue le rôle du futur.

Philippe Curval, Magazine littéraire, nº 424, octobre 2003