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Quarante-Deux

Philippe Curval : chroniques, entretiens et articles

Mike Resnick : l'Avant-poste

(the Outpost, 2001)

roman de Science-Fiction

par ailleurs :

Galéjades galactiques

S'il est un auteur politiquement incorrect, Mike Resnick est en même temps un pur yankee, amateur de baseball, de bagarres et de parties de poker, d'hypertrophie mammaire, d'histoires de western et d'escrocs fabuleux. Nourri au lait d'O. Henry, il porte en lui cet humour décalé, cette invention débridée qui donne le meilleur de la Science-Fiction chez Vance ou Sheckley [ 1 ] [ 2 ]. Son cycle de Kirinyaga et en général ses romans sur l'Afrique m'avaient détourné de sa production récente. Car sa méconnaissance instinctive du continent noir (malgré de fréquents séjours), passée à la moulinette d'une philosophie de bazar et d'un humanisme bon marché typiquement américain m'en avait dissuadé.

Retour à ses propres sources, cette fois, avec l'Avant-poste, époustouflante galéjade galactique, bien dans la ligne de Projet miracle qui reste à ce jour son œuvre la plus aboutie.

Les amateurs d'extraterrestres fuligineux, de héros bravaches, de créatures voluptueuses ou cruelles, de paris insensés, de vaisseaux interplanétaires à l'esprit tordu, de faits d'armes quantiques et de paradoxes spatio-temporels ne seront pas déçus de se retrouver à l'Avant-poste. Il s'agit d'un endroit pas facile à trouver, un comptoir sur les franges de la Monarchie, ou viennent s'asseoir les héros familiers du folklore de la SF, pour livrer leurs confidences à Willie le barde, à Einstein, le sourd-muet aveugle prodige de l'ordinateur et à Tomahawk, le patron du bar.

Plutôt qu'une série de contes à la Vatek où les histoires s'emboîtent les unes dans les autres, il s'agit d'une enfilade de récits comme dans les Mille et une nuits, contés par une suite de personnages baroques que ne dénierait pas Schéhérazade. C'est l'Orient vu sous l'angle d'une mythologie cosmique, à laquelle la traduction de Jean-Marc Chambon confère un accent tonique. La guerre interplanétaire approche du Comptoir. Les héros ne sont pas avares de confidences en attendant la grande confrontation. L'Avant-poste se voudrait une déclinaison en trois parties qui mettrait les événements en perspective, afin de dissocier la légende des faits et de l'histoire. Trop léger pour réussir une telle performance, Mike Resnick s'abandonne à son talent naturel pour l'invention, la fable, les paradoxes. Il y a à boire et à manger dans ce roman tiroir, surtout à boire, tant les personnages issus d'une longue lignée de piliers de bar ont la confidence rocambolesque. Que ce soit à travers des histoires salaces entre représentants de races difficilement compatibles, paris sur l'impossible, pirouettes ludiques, surprenants dialogues à propos de Dieu — qui des extraterrestres au physique improbable ou des Humains sont faits à Son image ? —, Resnick excelle dans l'improvisation, la dérision. Le meilleur, peut-être, tient dans ces allusions corrosives sur notre monde contemporain qui, à travers la lorgnette des millénaires, font naître des quiproquos pataphysiques.

Philippe Curval, Magazine littéraire, nº 422, juillet-août 2003

Horatio Lalia : la Couleur tombée du ciel

(el Color que cayó del cielo)

bandes dessinées d'après H.P. Lovecraft

par ailleurs :

Message terrifiant de l'infini, "la Couleur tombée du ciel" hante et hantera pour toujours ceux qui l'ont lu. Quoi de plus subversif pour l'imaginaire qu'une couleur qui n'existe pas, détruit bêtes et gens en ignorant jusqu'à leur présence. Sur ce thème énigmatique jusqu'à l'obsession, Horacio Lalia, artiste argentin, a construit une BD envoûtante. Mais comment suggérer cette nuance de l'invisible que ne révélera jamais aucun arc-en-ciel ? Lalia a pris le parti subtil de l'illustrer en noir et blanc. Dans le même volume, trois autres chefs-d'œuvre de Lovecraft, "l'Abomination de Dunwich", "la Cité sans nom" et "l'Appel de Cthulhu".

Philippe Curval, Magazine littéraire, nº 422, juillet-août 2003

Arthur Bradford : le Chien de ma chienne

(Dogwalker, 2001)

nouvelles

par ailleurs :

Chiens mutants, à trois pattes, fils de chien, minuscule enfant chanteur, limace géante, flocons de neige gros comme des igloos, Arthur Bradford est l'inventeur d'un bestiaire qui n'appartient qu'à lui. Personnages déboussolés, fragiles qui se défendent comme ils peuvent dans un univers qui ne ressortit pas vraiment au quotidien, mais qui ressemble tant à la vérité des pauvres et des déshérités, des handicapés physiques et mentaux. À leur propos, Bradford pratique un humour bête et misérable pour mieux dissimuler sa tendresse envers les monstres craintifs.

Philippe Curval, Magazine littéraire, nº 422, juillet-août 2003

Peter F. Hamilton : Dragon déchu

(Fallen dragon, 2001)

roman de Science-Fiction

par ailleurs :

L'auteur du Roi des étoiles serait sans doute ravi de voir son digne successeur, Peter F. Hamilton, émerger du réel. Nourri comme son père spirituel au lait galactique, cet écrivain anglais “pisse-copie” de gigantesques space operas dont les fans s'arrachent les pages. Après Rupture dans le réel qui paraît en poche après avoir fait les beaux jours d'"Ailleurs et demain", voici Dragon déchu qui démontre qu'un bon tireur de ficelles sait délasser ses lecteurs, même en démêlant des nœuds spatio-temporels.

Philippe Curval, prévu pour Magazine littéraire, nº 422, juillet-août 2003, mais non publié