Aller au contenu|Aller à la navigation générale|Aller au menu|Aller à la recherche

logo

Quarante-Deux

Philippe Curval : chroniques, entretiens et articles

Javier Negrete : le Regard des Furies

(la Mirada de las Furias, 1997)

roman de Science-Fiction

par ailleurs :

la Touche espagnole

À la vue du Regard des Furies de Javier Negrete, j'ai soudain pris conscience que je ne connaissais rien de la Science-Fiction espagnole. Saisi de confusion, j'ai voulu me renseigner dans les ouvrages de référence : aucune allusion dans l'Histoire de la Science-Fiction moderne de Jacques Sadoul, pas plus dans le Science-Fictionnaire de Stan Barets, ni dans la Science-Fiction de Lorris Murail. J'ai consulté les quelques volumes en ma possession où des nouvelles et des romans français avaient été traduits en espagnol : pas trace d'un auteur du cru dans le catalogue. Seul Pierre Versins, dans son Encyclopédie, fait allusion à Antonio Ribera et Domingo Santos, qui défendirent le genre dans les années 60-70. Poursuivant mes recherches dans l'encyclopédie de John Clute et Peter Nicholls, parue en 1993, j'y apprends que revues et collections se développèrent après la mort de Franco. Mais seulement 50 romans d'auteurs autochtones furent publiés sur les 1300 livres de SF parus entre 1955 et 1990, la plupart anglo-saxons.

Mais aucun en France, à ma connaissance. Il s'agissait donc de réparer d'urgence cette omission coupable. Surtout pour sentir s'il existait une “touche espagnole” dans le roman de Negrete.

D'emblée, l'ouverture est séduisante, qui propose une relecture de Thucydide afin de vérifier si, au xxiie siècle, la morale n'a toujours pas d'autre fondement que le pouvoir.

Les sociétés multinationales ont créé des êtres bioniques, les génètes, doués de facultés extrêmes pour des besognes pointues et criminelles. Nous sommes à l'heure du Grand Ralentissement. Sous la pression de l'opinion mondiale, ces dangereux mutants sont mis en hibernation. Or, un vaisseau spatial fait naufrage sur une planète bagne, Rhadamante. Il contient le secret du moteur hyperluminique dont rêvent les Humains. Les Tritons qui le possèdent menacent d'exterminer notre espèce si l'astronef n'est pas immédiatement restitué. C'est pourquoi Érèmos, le génète, est réveillé afin de dénouer la crise au profit de la compagnie qui l'emploie, l'HONYC. Une rude compétition s'annonce entre hyperpuissances.

Érèmos parviendra-t-il à vaincre les Érinyes sur ce Tartare où le conduit sa mission ? Machine humaine plutôt qu'Homme, se libérera-t-il du pouvoir de ses créateurs ?

Ce space opera bien agencé, qui joue sur les rivalités de clans, ne manque ni de surprises sur la physique de l'espace, l'utopie concentrationnaire, ni d'aperçus originaux sur les failles quantiques dans le cerveau des ivrognes. Il souffre néanmoins d'un défaut majeur : le lecteur a constamment l'impression que deux auteurs l'ont écrit. D'une part, celui qui possède une réelle ambition littéraire, sait construire des situations mystérieuses, camper des personnages attachants, mettre en perspective sa réflexion philosophique sur le pouvoir. De l'autre, son propre nègre qui dilue la prose à des fins commerciales, responsable de dialogues insipides, d'épisodes de pure violence empruntés au cinéma américain.

Ce qui me fait regretter ce petit noir bu en compagnie de Javier Negrete au meilleur de sa forme, dans une cantina au bord du Pyriphlégéton, torrent de lave qui sinue dans les cañons de Rhadamante.

Philippe Curval, Magazine littéraire, nº 410, juin 2002

Robert Jordan : la Roue du temps & l'Œil du monde (l'Invasion des ténèbres – 1 & 2)

(the Wheel of time – 1: the Eye of the world, 1990)

roman de Fantasy divisé en deux tomes

par ailleurs :

Rand al'Thor a su démontrer à tous qu'il est le démon réincarné. Mais il n'a pas encore trouvé la stratégie qui le mènera au bout de son destin. Un défi majeur pour un homme qui veut repousser l'ombre qui menace d'engloutir le monde. Je ne savais pas que le programme du leader du Front national était connu jusqu'au sud profond des USA, où naquit Robert Jordan. Ni surtout qu'il comportait 1424 pages.

Philippe Curval, Magazine littéraire, nº 410, juin 2002

Robert Silverberg : le Roi des rêves (le Cycle de Majipoor – 7)

(the King of dreams, 2001)

roman de Science-Fantasy

par ailleurs :

Dernier volume du Cycle de Majipoor, toujours aussi imposant, colossal, éreintant. Il n'a pas fallu moins de vingt ans à son auteur, pourtant fécond, afin de l'achever. Dans une préface au Château de Lord Valentin (1980), republié en Livre de poche, Gérard Klein s'interroge sur le fait de savoir s'il s'agit d'un ouvrage de Fantasy ou de Science-Fiction ? Et de conclure qu'il suffit de croire à l'un ou à l'autre selon son choix pour ne pas en bouder la lecture. Conseil suivi d'un succès de librairie.

Philippe Curval, Magazine littéraire, nº 410, juin 2002

André François Ruaud : Étoiles vives, nº 9, mars 2002

revue de Science-Fiction et de Fantasy

par ailleurs :

Voici que va disparaître la seule revue/anthologie qui explorait avec une remarquable ténacité les territoires les plus secrets de la SF. Bien dommage ! Ce dernier numéro propose un itinéraire féminin, équilibré entre écrivains anglo-saxonnes et françaises. Elizabeth Hand, Léa Silhol, Ellen Klages, Marie-Pierre Najman, Sylvie Lainé, Molly Brown. Justes dieux ! Ouvrez bien les yeux. Car il faut traquer dans ces textes fort littéraires ce qui relève du fantasme et du souvenir rêvé, du réel ordinaire et du réel imaginé. Ici la SF se nourrit de lait maternel et de sueurs nocturnes pour accoucher de ses thèmes les plus intimes. On y découvre le frisson spéculatif.

Philippe Curval, Magazine littéraire, nº 410, juin 2002

Lire aussi la chronique du numéro 3 et du numéro 7