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Quarante-Deux

Philippe Curval : chroniques, entretiens et articles

Greg Bear : l'Échelle de Darwin

(Darwin's radio, 1999)

roman de Science-Fiction

par ailleurs :

Messages de l'évolution

On connaissait la fascination qu'exerce l'évolution de l'homo sapiens sur Greg Bear, comme l'intérêt qu'il porte aux interactions entre notre organisme et les virus. Dans la Musique du sang, son chef-d'œuvre initial, Bear avait traité de ses obsessions sur le mode du suspense apocalyptique. Voici que, la maturité venue, il revisite sa thématique à la lumière des dernières avancées de la science en matière de génome. Tout aussi spéculatif que ses premiers romans, l'Échelle de Darwin (Darwin's radio en original, titre qui me semble plus suggestif), montre aussi l'affinement de son écriture que sert tout en subtilité la traduction de Jean-Daniel Brèque. Bear s'affirme en partisan de la tendance fusion. Ce qui nous ramène à la Science-Fiction d'avant qu'on ne la spécifie, telle que H.G. Wells ou Maurice Renard l'avaient imaginée. C'est-à-dire un lieu littéraire où la prospective, l'art de l'extrapolation scientifique, la spéculation ne nuisent ni au style ni à la narration, mais amplifient la jubilation intellectuelle du lecteur. Ce qui est peu courant dans le roman ordinaire.

L'espèce humaine penserait-elle en tant qu'entité ? Les rétrovirus endogènes, qui peuplent notre banque de mémoire génétique, transmettraient-ils par les cellules sexuelles un message compressé, encodé, à travers des centaines, voire des milliers de générations. Jusqu'au jour où, pour des raisons en rapport direct avec notre environnement, ce message serait activé ? Le formidable bond en avant du progrès technologique, l'accroissement de l'information, les effets de la pollution viennent-ils de produire une mutation de l'espèce telle que les partisans du saltationisme n'osaient la prévoir ?

À la lumière de faits incroyables, toutes ces questions se pressent, brûlantes, dans l'esprit des chercheurs. Le charnier de Gordi, en Géorgie, révèle que tous les cadavres sont ceux de femmes enceintes. Dans une grotte des Alpes suisses, trois momies témoignent d'un curieux facteur déviant : SHEVA, rétrovirus fossile inhibé dans leur génome, capable de se transmettre latéralement.

Et voilà que SHEVA frappe aux USA. Les femmes avortent de curieux fœtus. Une épidémie terrifiante va-t-elle ravager l'espèce humaine ou produire l'Homme nouveau ?

Sur ce thème riche et signifiant, Greg Bear construit un récit enchevêtré dont les conséquences en forme de point d'interrogation chatouillent durement le nombril. Toutes les incertitudes, les angoisses de l'espèce humaine s'y trouvent exprimées. Car, devant le surgissement d'une mutation, « la chair est déconcertée ». Mais le plus subtil peut-être tient dans la manière dont Bear évoque la pression du fric, l'absurde attitude des médias, les réactions grotesques du FBI, de la CIA, les pulsions paranoïaques de la foule, l'aveuglement des dirigeants. Il suggère qu'aux USA comme en France, hors du psychorigide et du libéral mimétique, l'homme politique informé/inspiré est en voie de disparition.

Philippe Curval, Magazine littéraire, nº 401, septembre 2001

Jean-Pierre Balpe : la ToilE

roman de Science-Fiction, 1998

par ailleurs :

En 2015, il n'existe plus sur la planète que les Intégrés, connectés au web, et les Désintégrés, qui peuplent les centres urbains en ruine. Dans ce polar anticipatif riche en détails et numérisé, Jean-Pierre Balpe nous fait suivre une enquête aux rebondissements mystiques. Celle qui suit l'assassinat de Kamid Khan Kharamidov, webartiste de réputation mondiale. Dommage que l'écriture soit ici considérée comme de la frappe clavier, car Balpe est passionné par son sujet.

Philippe Curval, Magazine littéraire, nº 401, septembre 2001

Jean-Baptiste Baronian : Panorama de la littérature fantastique de langue française

essai, 1978 & 2000

par ailleurs :

Paru une première fois en 1978, le Panorama de la littérature fantastique de langue française revient, enrichi, rénové. Par l'un des meilleurs connaisseurs du genre, directeur de la défunte et prestigieuse collection chez Marabout, cette version donne à voir en profondeur ce genre si décrié en France, « moyen poétique de la connaissance […] qui agence et structure le chaos […] quête somptueuse d'un essentiel perdu, oublié, sans cesse occulté par la monotonie du quotidien ».

Philippe Curval, Magazine littéraire, nº 401, septembre 2001

Jean-Claude Alizet : l'Année de la fiction 1998

bibliographie commentée, 2001

par ailleurs :

Enfin, l'année 1998 de l'“autre littérature”, dixième volume — que nous attendions tous — du colossal recensement entrepris sous la direction de Jean-Claude Alizet, est disponible. Rien n'échappe à la vigilance de ses quarante collaborateurs, qui traquent le moindre ouvrage de genres paru ou traduit en langue française (1600 pour ce volume), le résument et l'estiment. Que vous soyez amateur, zappeur ou chercheur, ne vous privez pas de ce formidable voyage dans les coulisses de l'imaginaire.

Philippe Curval, Magazine littéraire, nº 401, septembre 2001

Lire aussi la chronique des années 1995 & 1999-2000

Pierre Boulle : Contes et histoires du futur

nouvelles de Science-Fiction réunies par Claude Aziza, 2001

par ailleurs :

L'édition présentée et commentée par Claude Aziza des nouvelles de Science-Fiction de Pierre Boulle est un régal de savoir. Elle nous permet en plus d'apprécier l'une des toutes meilleures nouvelles française du genre, "une Nuit interminable", ébouriffante cavalcade temporelle dont l'effet miroir donne envie de se transformer en pilier de bar.

Philippe Curval, prévu pour Magazine littéraire, nº 401, septembre 2001, mais non publié