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Quarante-Deux

Philippe Curval : chroniques, entretiens et articles

William Gibson : Tomorrow's parties

(All tomorrow's parties, 1999)

roman de Science-Fiction

par ailleurs :

la Vie fantôme

Nous voici revenus dans l'univers informatisé de demain, que William Gibson avait déjà évoqué à sa manière chatoyante dans Idoru. Soit un monde où le digital et le virtuel ont pris le pas sur le réel. Dans Tomorrow's parties, il n'est plus besoin de chercher à savoir comment fonctionnent les logiciels à partir de la douloureuse complicité d'un manuel abstrus : ceux-ci fonctionnent à votre place ou presque. D'ailleurs, l'électronique innerve votre vie.

Ce qui permet, aujourd'hui déjà, d'entendre parler Philippe Sollers à la télévision. Il dit tout sur la littérature du passé et du présent, il est disert, brillant, provocant, mais il n'écrira jamais le moindre mot pertinent sur l'avenir qui nous attend. Gibson, si. C'est sans doute l'un des écrivains les plus aptes à vous y introduire. La différence essentielle avec le Gibson première manière, celui de Neuromancien, c'est qu'auparavant l'auteur cherchait à vous éclater les neurones par des idées décapantes, une prose agressive, alors qu'aujourd'hui, il vous caresse l'hypothalamus par de subtiles visions de l'enfer postmoderne.

Dans celui-ci, la géographie a perdu son sens ; la paranoïa règne en maître ; des tueurs sans présence physique assassinent qui bon leur semble ; le “dancer” vous incite à l'accouplement. Mais la rigidité phallique qu'il procure se termine parfois en rigidité cadavérique ; les tags sont intelligents et se déplacent sur les murs pour fuir les vernis qui les absorbent ; la prohibition tabagique fait rage. Pour retrouver un semblant d'équilibre, les marginaux se réfugient dans les communautés interstitielles, les bohémies, sur un pont de NoCal (North California) où transitent les marchandises les plus diverses. Les nantis s'installent sur un site dans la copie virtuelle d'une cité. C'est la vie fantôme.

Depuis qu'il a absorbé du 5-SB, un produit expérimental, Laney a vu tout ce qu'on peut faire avec les bases de données et le mal qu'elles vous apportent en retour. Il commence à ressentir l'effet-traque. Réfugié dans une cité de carton pourrie, du côté de Shinjuku, il se demande si le trou ressenti au cœur de sa personne, cette omission parallèle à sa vie, ne serait pas « une absence dans son être au monde plus qu'une déficience ».

Parce qu'il sait déterminer les points nodaux, nouveaux dessins émergeant dans la texture de l'Histoire, ou changement total annoncé depuis 1911, l'instant est venu de retrouver Rei Toei, l'Idoru, premier hologramme réel.

Dans Tomorrow's parties, il faut bien l'avouer, la spéculation laisse plutôt la place à l'écriture. Mais la fluidité du récit, véritable leçon de style composée de courts chapitres poétiquement titrés où alternent les personnages, nous permet de pénétrer par les sens à l'intérieur de ce grouillement interactif qu'est devenue la vie sur la planète. De dérapages en glissements, de surprises en découvertes, l'esprit s'insinue dans le futur. Comme de toutes choses fortes, il ne faut pas en abuser. Cette drogue dure peut s'avérer mortelle. Trop tard, j'y suis devenu “accro”.

Philippe Curval, Magazine littéraire, nº 399, juin 2001

Laurent Genefort : Omale

roman de Science-Fiction, 2001

par ailleurs :

Omale démontre à l'évidence que l'acquis prend le pas sur l'inné quand on progresse en écrivant. À force de polir ses phrases sur la meule du space opera, Laurent Genefort est parvenu à égaler les meilleurs écrivains de l'âge d'or pour la construction d'une histoire et sa narration. À base de mots inventés et de concepts décalés, il opère un léger glissement par rapport au réel qui offre le sentiment qu'on l'a quitté. Ce roman au dépaysement savamment orchestré, au rythme scottcardien fera plaisir à tous les amateurs de soqs (space opera de qualité supérieure). Il ne reste à Genefort qu'un dernier effort à accomplir pour s'arracher à la nostalgie et produire un livre où chaque page ne dira plus : « regardez comme je suis épris des maîtres du passé », mais : « voyez comment j'invente la Science-Fiction de l'avenir ».

Philippe Curval, Magazine littéraire, nº 399, juin 2001

Olivier Girard : Bifrost, nº 22, avril 2001, spécial Clifford D. Simak

revue de Science-Fiction et de Fantasy

par ailleurs :

Je ne saurais terminer cette chronique sans rendre hommage au numéro 22 de Bifrost, qui lui-même rend hommage à Clifford D. Simak. Quand on sait qu'il n'existe dans le monde qu'une douzaine d'études sur l'auteur de Demain les chiens, ce déficit méritait bien qu'on le réparât. Préface de Silverberg pour le roman susnommé, entretien, bibliographie, études, guide de lecture, nouvelles peu connues font de ce corpus un vrai régal. Loin de se nourrir de spleen, ceux qui l'ont conçu tentent de redonner à l'un des écrivains de SF majeurs du siècle dernier sa vraie place parmi ceux qu'il a influencés. La première.

Philippe Curval, Magazine littéraire, nº 399, juin 2001

Lire aussi la chronique des numéros 25 & 36