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Quarante-Deux

Philippe Curval : chroniques, entretiens et articles

Alain Dartevelle : Imago

roman de Science-Fiction, 1993

par ailleurs :

Aventures immobiles

Le dernier roman d'Alain Dartevelle, Imago, possède toutes les vertus et les défauts d'un rêve, sa complication structurelle, ses joyaux d'absurdités et son appétence aux métamorphoses. Il se gonfle et vous enveloppe dans ses replis sensoriels. Avec, au bout du réveil, le sentiment d'avoir approché la révélation, conjoint à celui d'une frustration intense. Sitôt la dernière page refermée, il vous donne envie de s'y replonger afin de comprendre le sens de l'itinéraire onirique traversé.

Qui pousse ainsi Woody Keller, le meilleur des Woody, ou Philéas Lord à emprunter le Beau Trajet ? Qui conduit les champions à suivre ce parcours dangereux, semé d'énigmes, sur les rivages de Quesaco ou dans le désert de Djild ? C'est le désir de plaire au père, le mystérieux docteur Sigmund F. C'est l'envie de le rejoindre à l'Omphale, au cœur d'Imago, de participer à l'élaboration des futurs scénarios avec les membres du Directoire. Enfin, c'est l'approche des plaisirs humides que délivre l'éternelle Wanda. Comme toutes les femmes d'Imago, sa vie sans but est l'objet des passions refoulées.

Cela posé, il ne faut pas croire qu'Alain Dartevelle va se contenter de vous séduire par ce récit métaphorique d'un parcours psychanalytique. L'ombre cruelle du docteur Sigmund, fumant cigare sur cigare malgré son cancer de la bouche et sa mâchoire artificielle, plane sur le sort des candidats. Leur choix oscille entre l'envie de fuir la réalité en se gavant de drogues inventées, le gangin Moreno ou le chewing gum Éclair, et celui d'affronter les monstres automatiques, mis en place pour barrer leur accès au futur.

Face à l'angoisse qui naît de ce dilemme, Sigmund F. leur répond : « Futur est un mot vide de sens, car seul existe le temps que l'on s'invente. Et je travaille dans l'actuel, quel que soit le lieu où ma pensée se manifeste. ».

Ce roman friserait donc par sa complexité le parcours du combattant dans un asile psychiatrique, si l'écriture d'Alain Dartevelle ne lui conférait une belle architecture. Le monde clos, étouffant, où se débattent ses héros inconscients, ressemble terriblement à un univers qui nous serait proche, grâce à la magie des mots, au charme d'un style précis, élaboré.

Philippe Curval, Magazine littéraire, nº 317, janvier 1994

Jacques Mondoloni : Richard Cœur-de-Lièvre

roman de Science-Fiction, 1993

par ailleurs :

Jacques Mondoloni place aussi son Richard Cœur-de-Lièvre sous le signe de l'enfermement universel. Les Humains qui ont construit ce monde parallèle où la mémoire du passé s'est diluée ne savent plus qu'ils sont les propres victimes de leur folie douce. Ils s'efforcent donc de reconquérir une liberté perdue, au nom de la nostalgie. Parallèlement, ils se comportent en gardiens de camp, camp doré de l'oubli. Richard Cœur-de-Lièvre qui déserte sa caserne de Layserberg pour retrouver celle qu'il aime, sait en même temps qu'il s'invente une fiction. Franz Beck, le conservateur du musée des antiquités mensongères, accepte d'acheter les objets authentiques fournis par les passeurs de mémoire, en doutant qu'il existe un autre côté du réel. Tous les personnages de ce monde truqué s'affairent à prouver qu'ils sont sincères, en sachant que la vérité les dérange.

Là aussi, le charme du roman tient dans la subtilité de la manière plutôt que dans la force du propos. Mondoloni sait, par des dialogues en porte-à-faux, nous introduire au cœur d'un désarroi généralisé, voisin de celui que nous entrevoyons à la fin de ce second millénaire. Il tire, dans la description de son monde post-utopique, des effets de style que lui envieraient bien des moralistes.

Philippe Curval, Magazine littéraire, nº 317, janvier 1994

Isaac Asimov : l'Aube de Fondation

(Forward the Foundation, 1993)

roman de Science-Fiction par nouvelles

par ailleurs :

Pour notre rubrique prestige, relevons la parution récente de l'Aube de Fondation, qui est, en France, le dernier né d'Isaac Asimov après sa mort. Comme les amateurs de ce pionnier de la SF sont légion, il serait dommage qu'ils négligent la fondation de Fondation par le génial Hari Seldon, quarante ans après la naissance de ce personnage de légende.

Philippe Curval, Magazine littéraire, nº 317, janvier 1994

Lire aussi la chronique de Prélude à Fondation

Philip K. Dick : Dédales sans fin

romans de Science-Fiction, 1993

par ailleurs :

De même, indispensable de signaler la vente en librairie de Dédales sans fin, le deuxième Omnibus qui comprend sept romans de Philip K. Dick, parmi lesquels la Vérité avant-dernière et les Clans de la Lune Alphane, où l'écrivain atteint les sommets vertigineux de son délire créatif. Dans une longue préface, Jacques Goimard et Steven Schwartz analysent l'écriture de l'auteur. Vade-mecum du travail universitaire, ce texte est un véritable exploit puisque, les préfaciers l'admettent en préambule, chacun sait que le style de Dick est une absence de style.

Philippe Curval, Magazine littéraire, nº 317, janvier 1994

Lire aussi la chronique de Substance rêve