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Quarante-Deux

Philippe Curval : chroniques, entretiens et articles

Mike McQuay : Mémoire

(Memories, 1987)

roman de Science-Fiction

par ailleurs :

un Petit goût d'adrénaline

L'adrénaline est un excellent adjuvant à la lecture, sauf en cas de glaucome qui diminue l'acuité visuelle. Elle imprime au mouvement des neurones une surexcitation favorable au décollage mental. C'est pourquoi un livre comme Mémoire de Mike McQuay est recommandable aux amateurs d'exaspérations littéraires. D'ailleurs, l'auteur le confirme : « Dans un monde tenu en cohésion par la routine, la chimie assure l'unique liberté de création. ». À une époque si lointaine de l'avenir qu'il est inutile de l'évoquer ici, Silv a découvert une drogue qui lui permet de voyager dans le temps à travers les consciences. Malheureusement, pour cobaye, elle a choisi un dangereux psychopathe, son contemporain le soldat Hersch, qui s'est installé dans l'esprit de Bonaparte à l'époque des siècles qui vous contemplent du haut de ces pyramides. Silv choisit alors comme hôte provisoire un psychiatre mal dans sa peau, David Wolf, habitant du vingtième siècle, pour analyser sur place son militaire fou et l'empêcher de contrarier l'Histoire.

Tous les ingrédients d'un passionnant suspense de SF névrotique sont réunis dans les cent premières pages pour faire de ce livre une œuvre fortement originale. Suivent 5400 lignes où l'auteur, pris de frénésie historique, nous conte scrupuleusement la vie de Napoléon. La tension artérielle monte à mesure que l'intérêt décroît. Au bord de l'exaspération, je m'apprête à poser le roman sur la pile d'invendus… Heureusement, David Wolf, qui a des problèmes personnels, revient dans son siècle, remonte aux sources de son enfance pour voir son père copuler avec sa mère. Plus tard, il poussera plus loin le vice en s'insérant dans le système nerveux paternel jusqu'au seuil de l'orgasme. Mais je vous laisse découvrir les suites de cet excellent mélo freudien digne des Infortunes de la vertu revu par Eugène Sue.

Car l'exaspération entraîne bientôt l'énergie : à force d'accumuler des pages, Mike McQuay se libère, vole dans toutes les directions du temps où ses héros amoureux s'ingénient à se fuir, s'insurge sur la brièveté des amours, s'interroge sur le sens des passions éternelles. Silv et David cherchent à travers les personnages dont ils investissent l'existence le fil conducteur qui les amènerait à se découvrir vraiment nus, face à face, l'un à l'autre. Mais ils s'usent à se rencontrer derrière des masques jusqu'à perdre la mémoire de leur identité véritable.

« Dieu, qu'on me lobotomise et qu'on mette fin à ce cauchemar. » s'écriera l'un des héros une fois qu'il aura exploré jusqu'à la trame sa tapisserie de Pénélope d'après un carton de Science-Fiction. Bref, dans Mémoire, l'intuition, l'humour et le talent, s'allient au naïf, au conventionnel et au besogneux avec tant de complexité qu'il en ressort un roman qui mène au bord du stress. Mais c'est si bon de temps en temps.

Philippe Curval, Magazine littéraire, nº 260, décembre 1988

Fabien Gruhier : les Délices du futur

essai, 1988

par ailleurs :

Effet secondaire de l'adrénaline, la sécheresse buccale qui mène à la soif et conduit au repas. Du repas à la gastronomie, il n'y a qu'une cuiller à bouche, que franchit allégrement Fabien Gruhier dans les Délices du futur, excitant sa verve décapante sur nos horizons gustatifs d'après l'an 2000. De la SF à l'état brut, nette, sans romanesque. À l'évocation du fromage de brie pané, frit et accompagné d'une purée de myrtille, la viande soumise à l'électrochoc, puis désossée, broyée avec des glaçons, tamisée et reconstituée, le lièvre à arrière-train d'autruche devenu l'idéal de la venaison de boucherie, des frissons extraterrestres agitent nos papilles. Puis, peu à peu, tant d'horreurs accumulées nous font glisser vers un au-delà de la cuisine où le saumon de chez Scanfarm, élevé en pétrolier désaffecté, sera servi dans une algue en papillote de chez Armor & Co., le tout accompagné d'une sauce Cal 0 Fat (0 pour zéro graisse) de chez Procter & Gamble. Alors, on se prend à imaginer les goûts nouveaux que nous mitonnent les industriels de la cuisine du futur. Et nous murmurons : « Pourquoi pas ? », comme Charcot avant le naufrage. Car la paresse est mauvaise conseillère et la ménagère de SF salive devant un poulet cubique prêt-à-mâcher pour l'enfourner dans son micro-onde, nappé de chocolat synthétique à l'aspartame. Essayez d'écrire un article en faisant de la confiture de tomates vertes comme je viens de m'y essayer. Vous risquez de rater les deux.

Philippe Curval, Magazine littéraire, nº 260, décembre 1988

Gérard Klein, Ellen Herzfeld & Dominique Martel : les Mondes francs

anthologie de Science-Fiction française, 1988

par ailleurs :

Qui prouve que si le mot Science-Fiction n'avait pas été inventé, les écrivains français en auraient écrit de la meilleure, sans le savoir, comme monsieur Rosny aîné faisait de l'excellente prose.