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Vous êtes ici : Quarante-Deux Archives stellaires Philippe Curval Chronique du Magazine littéraire

La chronique de Philippe Curval

Magazine littéraire 395, février 2001

Terry Bisson : Voyage vers la planète rouge

Walter Jon Williams : Plasma

La bonne aventure

Nouveau venu sur la scène française, Terry Bisson fit une apparition remarquée au récent festival de Nantes. D'emblée, ce qui n'est pas courant, il s'est déclaré en faveur d'opinions politiques qui lui vaudraient les foudres du maccarthysme. Aussi, la parution de son premier roman m'intriguait-elle. Voyage vers la planète rouge s'avère monté tel un film en séquences brèves, variant travelling, panoramique, champ, contre-champ et, naturellement, plongée vers Mars. Son aspect hard science confine à l'agréable car il fait suivre d'explications claires les avatars technologiques.

Le meilleur se situe dans le concept : depuis la Grande Récession, plus question d'investir le moindre dollar dans un projet spatial. Markson, requin mineur d'Hollywood, échafaude un projet grandiose, embarquer une pléiade de stars sur un vaisseau dissimulé en orbite. La Marie Poppins destinée au vol vers Mars par les Américains et les Soviétiques, abandonnée faute de crédit. Afin de tourner un film sur place. Mais les temps ont changé. Les stars sont devenues héréditaires, les astronautes prévus pour le départ ont mûri, on enregistre les décors et les corps sur Demogorgon, caméra virtuelle qui recrée n'importe quelle dramaturgie. Et surtout, capitalisme sauvage, mondialisation ont conquis notre planète. Disney vient de racheter l'ONU.

Tout pour séduire. Il n'y manque qu'une touche de folie indispensable pour transformer l'essai. Car les situations sont rarement exploitées jusque dans leurs conséquences extrêmes. La mécanique bien huilée de Terry Bisson ne s'emballe jamais, ce qui est dommage. Voyage vers la planète rouge constitue surtout un agréable divertissement.

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Après un parcours hétéroclite, du cyberpunk au polar métaphysique, Walter Jon Williams nous revient avec Plasma, où il démontre une nouvelle fois son talent d'illusionniste. Williams fait partie de ces écrivains jamais à court d'imagination qui savent trousser une histoire sans l'emprunter au voisin. D'où la certitude de découvrir dans chacun de ses romans l'original frisson spéculatif dont nous sommes si friands. Ici, il s'agit d'un élément dont on ne connaît ni la nature ni l'origine, le plasma, « agent de transformation le plus parfait de l'univers, capable d'altérer la matière et la nature fondamentale de la réalité. » Soit, dans un prochain millénaire, l'apparition d'une société élitiste entièrement basée sur les privilèges exorbitants qui résultent de l'usage exclusif du plasma. Des mages, des conspirateurs, des sectateurs, des oligarchies, l'Organisation, l'Office s'attachent à en conserver le secret, s'en réserver la jouissance, donc le pouvoir. Les connaissances sur le sujet sont rares et leur possession, mortelle.

Mais le jour où Ayah, obscure employée de l'Office, verra une femme torche s'embraser dans la cité jaspeeri plongée dans l'ombre du Bouclier, découvrira par déduction un gisement de plasma ignoré, s'abouchera avec Constantin, le puissant métropolite, tout va changer pour son destin.

L'art de Williams tient de la manipulation. D'abord par son évocation subtile de technologies parallèles, appareils de la vie courante qui fonctionnent selon d'autres principes que les nôtres ; par exemple les lecteurs à poulies qui remplacent à la fois nos ordinateurs et nos magnétophones. Dans cette ambiance à la Brazil se trament des marchandages sans nom, d'obscurs complots idéalistes dont le sujet nous échappe, des révolutions de palais qui aboutissent dans le sang. Là n'est pas l'important puisque le roman dépérit à mesure que les événements s'expliquent. La fascination qu'exercent les trois cents premières pages de Plasma réside surtout dans l'écriture sensorielle de Walter Jon Williams qui donne une dimension tactile, odorante, gustative, auditive autant que visuelle au récit. Par ce biais subtil, les auteurs de science-fiction métisse s'autorisent à nous dire la bonne aventure.

Henri Vernes : le Cycle des crapauds

Des cadeaux nostalgie pour terminer. Dans la nouvelle collection, les Maîtres de l'imaginaire, viennent de reparaître les cinq romans du Cycle des crapauds réunis pour la première fois. Bob Morane y affronte l'univers de Jean Ray. Un incunable pour les inconditionnels d'Henri Vernes.

Francis Saint-Martin : les Pulps

Autre remède à la mélancolie, les Pulps, de Francis Saint Martin. Ce scrupuleux itinéraire à travers l'âge d'or de la littérature populaire américaine des années vingt à quarante nous replonge sur la piste de Doc Savage, à la recherche de Zorro, Flash Gordon et consorts. De l'adolescence en conserve.